L’origine de l’engagement de Manon Schick, porte-parole de la section suisse d’Amnesty International? La prison du Bois-Mermet, tout près de laquelle l’enfant vivait? La Révolution iranienne que l’oncle de la fillette a fuie et source de discussions sans fin à la maison? Ou ce mur de Berlin déchirant pour la famille de son grand-père et que la double-nationale avait franchi plusieurs fois avant d’apprendre sa chute en live à la radio? Difficile de le dire. Manon Schick, 35 ans, a été imprégnée de tout cela forcément. Mais aussi de valeurs familiales fortes: défense de la liberté, lutte contre l’injustice, droit de la femme – «Est-ce que tu te rends compte que nous vivions dans une société où je n’avais pas le droit de vote?», lui répétait sa mère. «Une éducation exceptionnelle», juge Jean-Marc Richard, qui connaît Manon de longue date. Mais les années ont passé depuis l’action «autocollants antiapartheid» menée à la Migros sur des boîtes d’ananas sud-africaines par une adolescente sidérée d’apprendre «qu’il existe encore un régime comme celui-là». Devenue journaliste, elle a rejoint Amnesty comme bénévole, est partie en Colombie comme volontaire pour les Brigades internationales de la paix, avant de devenir porte-parole et de se marier avec un confrère.
CEUX QUI LUI ONT DONNÉ UNE CHANCE
JEAN-MARC RICHARD La rencontre entre l’animateur et la fillette a eu lieu au théâtre pour enfants de Lausanne. A 14 ans, il propose à Manon une émission sur Radio Acidule. «Une confiance incroyable», juge-t-elle, «un tremplin» pour le futur métier qu’elle va bientôt entamer. L’altruiste découvre alors l’exceptionnelle «écoute et capacité à dire» de Manon.
DENIS MAILLEFER A 17 ans, Manon Schick et ses camarades contactent le «talentueux» metteur en scène pour monter un spectacle. Il dit oui! Et elle? Se lancera-t-elle dans le théâtre professionnel – «les femmes y ont souvent un rôle de potiche» – ou dans le journalisme?
JACQUES POGET A 18 ans, bac en poche, elle se présente à L’illustré. Le rédacteur en chef l’encourage à faire l’uni puis, devant «sa détermination et sa ténacité», finit par dire oui. Il fait bien. Manon est «crocheuse», «lucide sur ses forces et ses faiblesses» et «très joyeusement persifleuse».
SES AMIS
KARIM SLAMA Ils se sont rencontrés au théâtre d’impro et «lui a continué parce qu’il avait du talent». Elle a ensuite confié une chronique à Karim dans son émission. Pour Slama, elle est avant tout une amie «d’une intelligence et d’une ouverture incroyables», de celles «qu’on est très fier d’avoir». D’ailleurs, «si on pouvait faire des cartes d’amis genre Pokémon, sûr que sa carte ferait gagner plein de points!»
PHILIPPE BECK Avec son ancien collègue des Brigades de paix internationales, aujourd’hui formateur à la résolution non violente des conflits, les discussions sont «toujours des discussions intéressantes». Enrichissant aussi «de travailler avec quelqu’un qui a un parcours lié au mouvement non violent, postgandhien, alors qu’Amnesty n’est pas une organisation pacifiste».
SES RELAIS POUR LA DÉFENSE DES DROITS HUMAINS
DANIEL BOLOMEY Son chef. Le secrétaire général de la section suisse d’Amnesty et le père de sa copine Céline. «Quelqu’un qui a une vision sur la politique de la Suisse en matière de droits humains.» Un ami au «sens de l’humour» aiguisé qui lui a appris à ne pas prendre ce métier «trop au sérieux».
DICK MARTY Le conseiller aux Etats radical tessinois a parfois participé à des débats à ses côtés mais c’est surtout son engagement en tant que rapporteur spécial sur les détentions secrètes pour le Conseil de l’Europe et l’enquête «incroyable» qu’il a menée qui «impressionnent» la porte-parole. Pour lui, «Manon Schick est le meilleur visage, la meilleure voix et le plus bel exemple que l’on peut donner à la défense des droits de l’homme.»
FABIENNE BUGNON La directrice de l’Office des droits humains à Genève a notamment lancé une initiative pionnière en réunissant les gens qui travaillent sur la traite des femmes.
CEUX POUR QUI ELLE S’EST ENGAGÉE
EMRUSH HAKAJ Un Kosovar menacé de renvoi. L’un de ceux pour lesquels le mouvement «En 4 ans, on prend racine» s’est créé; 344 personnes ont été régularisées, et «quelques belles amitiés nouées», dont Emrush, «un modèle d’intégration» qui va avoir un enfant avec une amie de Manon. «Depuis neuf ans que dure leur histoire, il aurait pu se régulariser en se mariant, mais non! Il a toujours dit: “Je me marierai le jour où la Suisse m’aura donné un statut légal.” C’est fait.
JOAQUIN SALAZAR L’éducateur colombien, qui travaillait pour une ONG à Medellín, est arrivé en Suisse comme réfugié politique en 2003 sans connaître personne. «On est assez vite devenus amis», dit Manon, qui revient alors de huit mois en Colombie avec les Brigades de paix internationales de la Paix.
RACHID MESLI L’avocat algérien qui travaillait en lien avec Amnesty est arrêté en 1996 et condamné à trois ans de prison. Réfugié en Suisse depuis 1999, Manon Schick a beaucoup revu cet homme «passionnant». Il a créé une association sur les droits humains dans le monde arabe.
SES ADVERSAIRES
LE CONSEIL FÉDÉRAL Elle regrette son «manque de courage politique pour défendre les valeurs». Exemples? «La non-invalidation de l’initiative antiminarets contraire au droit international» ou le frileux «projet-pilote» au lieu d’une véritable «institution nationale sur les droits humains». «Mais il y a parfois de bonnes surprises», comme l’accueil de l’Ouzbek et des Ouïgours de Guantanamo.
KADHAFI «Une bête noire» à la tête d’un Etat depuis quarante ans qui «terrorise les opposants». «Avec la question des deux Suisses en Libye, la population suisse a pris conscience de ce que ce nom signifie.»
AHMADINEJAD Avec son oncle iranien, Manon et sa famille «discutaient tout le temps de Khomeiny à la maison». Aujourd’hui, c’est Ahmadinejad qui s’accroche au pouvoir alors qu’il y a un «mouvement incroyable». Jamais elle n’avait vu ça: «En Iran, les gens vous arrêtent dans la rue pour vous dire que leur gouvernement est un gouvernement de merde!»
HU JINTAO Elle n’a rien contre ce président chinois là en particulier mais ne voit «pas de mieux» par rapport à ses prédécesseurs: peine de mort, répression contre les dissidents, les écrivains, les journalistes...
LA JUNTE AU POUVOIR AU MYANMAR Déplacer une capitale vers la jungle, refuser l’accès et l’aide alimentaire aux victimes d’un cyclone… du «délire». Mais «tout n’est pas perdu», Amnesty y obtient parfois des succès.
SES REFUGES
VOYAGES Iran, Syrie, Géorgie, Azerbaïdjan, Ethiopie… «Quand on est totalement dépaysé, quand on se demande comment on va trouver de l’eau sans parler un mot de la langue et que personne ne comprend les gestes qu’on fait», Manon trouve ça «génial!».
CHOEUR DE CALLIOPE Après des années de piano, de violon et de solfège, Manon chante avec bonheur une fois par semaine du Rossini, du baroque, comme soprano. «Chanter oblige à ne penser à rien.»
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