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IMPERTURBABLE Le ministre iranien des Affaires étrangères se montre persuadé du bien-fondé de la politique de son pays.
Heinz-Peter Bader / Reuters

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Iran
Manouchehr Mottaki : L’Occident manque de maturité

Par Dieter Bednarz - Mis en ligne le 01.09.2010 à 15:23

Le ministre iranien des Affaires étrangères, 57 ans, parle à un journaliste allemand de la lapidation des personnes adultères, des conséquences des sanctions occidentales et du risque d’une action militaire contre son pays.

Vous êtes le plus haut diplomate de la République islamique d’Iran. Vous représentez une nation qui se prévaut d’une culture vieille de plus de 2500 ans. Cela ne vous fait-il pas honte que votre pays lapide des gens?

L’Allemagne, pendant une guerre tyrannique, a exterminé des millions de gens et vous voulez discuter avec moi de droits de l’homme? Quant à moi, nous pouvons volontiers disserter autour de la législation de différents pays et bien entendu débattre – dans une atmosphère pacifique – des différents principes de droit.

Il ne s’agit pas de détails juridiques. La lapidation est une violation manifeste des droits de l’homme universels. C’est un acte barbare.

Les sanctions, dans l’islam, on un cadre précis. En Iran, nous traitons les délinquants condamnés à mort avec une sensibilité particulière, car l’Islam accorde une importance particulière à la vie humaine. Le Coran dit que «lorsque quelqu’un tue un être humain, c’est comme s’il tuait l’humanité. Lorsque quelqu’un préserve la vie d’un être humain, c’est comme s’il préservait la vie de l’humanité entière».

Nous ne parlons pas d’un meurtre, qui est sanctionné en Iran par la peine de mort, mais de la lapidation de personnes adultères. Des organisations internationales de droits de l’homme rapportent les cas de sept personnes rien que ces cinq dernières années.

Je ne peux pas confirmer votre chiffre. Mais il montre bien que cette sanction n’est exécutée que très rarement.

On connaît les noms de quatorze personnes supplémentaires qui sont de potentielles victimes de la lapidation. Avec cela, l’Iran se place au même niveau que des pays comme l’Afghanistan, dominé par les talibans, ou la Somalie.

Certains cercles émettent de tels reproches et l’Occident doit prendre garde à ne pas se laisser tromper par des gens qui ont pour objectif de nuire à notre image. Tout ce qui a été dit au sujet du cas le plus récent…

… la menace de lapidation à l’encontre de Sakineh Mohammadi Ashtiani…

… est soit totalement faux, soit contradictoire. Ces dossiers existent depuis plusieurs années et c’est volontairement que rien n’a été entrepris pendant tout ce temps. Derrière cette campagne, on trouve des personnes qui mènent un jeu dont les dés sont pipés, avec l’aide de quelques politiciens européens et des médias.

Nous dévoilerons prochainement de nouvelles informations sur l’arrière-plan de ce jeu. Et puisque vous parlez d’Afghanistan, pourquoi ne mentionnez-vous pas les victimes des forces étrangères? D’innombrables hommes sont morts des suites de l’action militaire, mais vous ne me parlez que de ce cas unique et vous nous comparez à l’Afghanistan.

Vous engagerez-vous pour qu’Ashtiani ne soit pas lapidée?

Je ne suis pas juge. Ce cas nécessite de plus amples vérifications juridiques. Aucune décision définitive n’a été prise.

Ce cas n’est qu’un exemple du mépris pour les droits de l’homme en Iran. Sur la liste des pays qui pratiquent encore la peine de mort, votre pays figure en deuxième place l’année dernière, avec 400 exécutions. Juste derrière la Chine, qui est vingt fois plus peuplée.

Vous devez comprendre notre situation. L’Iran se trouve dans une région où beaucoup d’argent est gagné dans le trafic de drogue. La plupart des délits sont liés à ce trafic et nous devons agir de manière déterminée en la matière. Dans notre pays, 4000 policiers et soldats sont morts dans la lutte contre les dealers.

Nous jugeons en fonction des lois en vigueur chez nous et les délinquants sont traités de manière juste. N’oubliez pas que nous sommes le premier rempart contre les drogues. L’Iran défend aussi les jeunes et la population de l’Allemagne, qui est l’une des destinations du trafic de drogue.

Mais il n’y a pas que les criminels qui soient exécutés. Des condamnations à mort sont aussi prononcées à l’encontre de prisonniers politiques.

Personne en Iran n’est exécuté pour des raisons politiques. Vous n’avez pas de preuve du contraire.

Pourtant, la grande vague d’arrestations qui a eu lieu en juin l’année dernière, après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad montre que votre justice est politique. Depuis lors, des milliers des personnes ont été arrêtées. Les tribunaux révolutionnaires ont prononcé de longues peines de prison à l’encontre de gens dont le seul chef d’accusation était l’opposition au chef de l’Etat.

Cette élection était triomphale. Nous avons eu la plus haute participation à une élection présidentielle depuis la Révolution de 1979. Sur 40 millions d’électeurs (soit une participation de 85%), 25 millions ont voté pour Monsieur Ahmadinejad.

Mais comme lors de sa première élection en 2005, l’Occident attendait une autre issue à la sortie des urnes. Nous pensons que les pays occidentaux manquent de maturité politique.

Pour l’Occident, mais aussi pour des millions de gens en Iran, cette dernière élection était une fraude magistrale.

On peut parler partout de manipulation électorale. Pensez aux différends qu’il y a eu à ce sujet aux Etats-Unis. Là-bas, c’est finalement un tribunal qui a dû trancher pour mettre fin à la bagarre sur la validité des voix. Chez nous aussi, sous la pression de l’opposition et de notre direction, nous avons examiné les reproches émis. Les voix ont été recomptées et le résultat est désormais définitif.

On compte parmi les victimes de votre justice des personnalités tenues en haute considération, comme Mohammad-Ali Abtahi, vice-président sous le pouvoir de Mohammad Khatami, l’ancien président réformateur, ou Mohammad Atrianfar, conseiller du prédécesseur de Khatami, Ali-Akbar Rafsandjani, ou encore le célèbre journaliste Issa Saharkhiz, qui a été arrêté à la suite d’une interview accordée au Spiegel...

Les accusés ont admis leurs fautes.

Mais les aveux ont été obtenus sous la pression!

Comment pouvez-vous affirmer cela? Ils ont avoué dans une atmosphère libre, en présence de représentants des médias. Leurs aveux ont été répétés devant d’autres témoins.

Le contact avec l’Occident a fait partie des chefs d’accusation. Qu’est-ce qui était si grave?

En principe, ce n’est pas grave. Nous avons des contacts avec l’Occident depuis 150 ans et nous entretenons la collaboration. Mais dans ce cas, il s’agissait d’instructions concrètes que ces accusés ont obtenues. Quelques services de renseignement occidentaux ont embrigadé ces personnes.

L’intervention brutale de l’appareil de sécurité n’est-il pas un signe que le gouvernement d’Ahmadinejad se trouve adossé au mur et n’a plus que la répression pour se sauver?

Ce gouvernement est déjà au pouvoir depuis une année et le sera encore trois ans, soit la totalité des quatre ans pour lesquels il a été élu. Mais ce qui est bel et bien terminé, c’est le jeu honteux qui était censé altérer notre victoire électorale. Le peuple iranien est un peuple cultivé et intelligent. Personne ne peut le manipuler.

Ahmadinejad est arrivé au pouvoir il y a cinq ans pour lutter contre la mauvaise gestion et la corruption. Pourtant, sous sa direction, la situation s’est encore péjorée: le taux d’inflation est estimé au minimum à 25%, la moitié des Iraniens vit en dessous ou juste au niveau du minimum vital.

Ce genre de propagande ne fait que montrer que les sanctions ont un effet. Regardez notre croissance économique, particulièrement dans le secteur industriel. Voyez la baisse du taux d’inflation, le boom du marché, l’augmentation des relations commerciales avec de nombreux pays, même avec ceux qui ont approuvé les résolutions.

Les sanctions nous ont rendus indépendants de la crise économique qui a frappé les autres pays, aussi en Europe. Nous sommes devenus capables d’autarcie. L’Iran exporte pour la première fois du blé. En dépit des sanctions, nous avons envoyé un satellite dans l’espace. Et nous maîtrisons l’enrichissement d’uranium.

Outre les sanctions prises par le Conseil de sécurité, les USA et particulièrement l’UE ont adopté de plus amples mesures de boycott, qui touchent maintenant aussi l’importante industrie pétrolière, de même que l’importation d’essence. La dureté des Européens vous a-t-elle surpris?

L’Europe souffrira très certainement plus que nous de ces nouvelles sanctions. Elle sera le grand perdant de cette politique. Déjà ces dernières années, nous avons fortement réduit nos relations industrielles avec l’Europe. Pour une partie des marchandises, nous produisons maintenant nousmêmes. Pour l’autre partie, nous avons trouvé des fournisseurs. Nous ne nous faisons pas de souci quant à notre approvisionnement en essence ou toute autre forme d’énergie.

La Turquie et la Chine ont-elle pris le relais?

Vous ne vous attendez tout de même pas à ce que je vous révèle les détails des accords passés?

Dans le conflit autour de l’enrichissement d’uranium, ferez-vous des concessions?

Nous voulons discuter, mais avant cela la structure du groupe, qui est composée des cinq membres permanents du conseil de sécurité et de l’Allemagne, doit être modifiée. D’autres pays doivent intégrer ce groupe. Lorsqu’une nouvelle forme aura été mise en place, les pourparlers pourront reprendre.

Et indépendamment de cela, votre président souhaite discuter directement avec les USA?

Monsieur Ahmadinejad s’est déclaré prêt à mener un débat public avec Monsieur Obama. C’est tout autre chose que des pourparlers officiels entre les Etats-Unis et l’Iran, contre lesquels le chef de la révolution s’est prononcé.

Donc l’Iran continue d’essayer de gagner du temps. Vous êtes conscient que le danger d’une action militaire contre vos installations nucléaires est très grand?

Vous ne pouvez pas ignorer les droits d’un pays, ni le forcer à des compromis. Nous sommes fermement décidés à défendre notre droit. Celui qui s’attaque à l’Iran le regrettera.

En Israël, on assiste à une multiplication des voix qui demandent une action militaire contre les installations nucléaires iraniennes, avec ou sans l’assentiment de Washington. Des voix à prendre au sérieux.

Israël en parle depuis des années. Le régime sioniste connaît les conséquences d’une telle attaque. Il met sa propre existence en jeu.

Dans ce cas, vous attaquerez Israël?

Je viens de vous dire ce qui se passera.

Le 26 septembre, à Bouchehr, votre premier réacteur doit être mis en service après 30 ans de construction. Voulez-vous vraiment prendre le risque de le voir réduit à néant par les Israéliens?

Avez-vous des indications permettant de dire que Bouchehr sera attaquée? Quelles probabilités accordez-vous à une attaque?

On dit que la probabilité est élevée.

Nous ne voyons pas de probabilité.

Refusez-vous de voir la réalité? Ne voyez-vous pas la menace militaire? N’êtes-vous pas conscient de la protestation mondiale contre la potentielle lapidation de Sakineh Ashtiani?

Que signifient ces questions? Vous feriez mieux de nous écouter. Ce sont nos interprétations de la situation dans cette région qui se sont révélées justes. Nous avons prédit que les Etats-Unis capituleraient en Irak – c’est arrivé. Au lieu de cela, vous jouez le jeu des droits de l’homme.

Vous me posez des questions sur le potentiel homicide d’une personne. Mais vous ne montrez aucune sensibilité pour les très nombreuses personnes qui meurent en Irak et en Afghanistan. Combien de temps l’Occident veut-il vivre avec cette contradiction?

Lors de deux interviews, le «Spiegel» vous a demandé quelle était votre évaluation de la région et vos réponses ont été remarquables. Mais aujourd’hui, le cas Ashtiani émeut le public occidental. Et la communauté internationale s’inquiète beaucoup des activités nucléaires de l’Iran. Il est minuit moins une, semble-t-il.

Non, à ma montre, il est une heure et c’est justement le moment où la centrale nucléaire de Bouchehr, que les Allemands devaient au départ construire, est chargée de barreaux de combustible russe.v

DER SPIEGEL, ADAPTATION VÉRONIQUE PUHLMANN-MORET


Profil

Manouchehr Mottaki

57 ans, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad depuis 2005. Il a une maîtrise en relations internationales de l’Université de Téhéran ainsi qu’un bachelor de sciences sociales de l’Université de Bangalore, en Inde. Il a été ambassadeur en Turquie (1985) et au Japon (1994).




Tags: Manouchehr Mottaki, Iran, lapidation personnes adultères,

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Réaction de berni
le 07.09.2010 à 22:39
Pas mal les réponse de ce monsieur et, meme si...
 
Réaction de lovsmeralda
le 07.09.2010 à 15:20
peu connaissent vraiment la mentalité arabe,et moins on les chatouillera...
 



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