Manuel Jetzer. Il faudra peut-être créer des produits garantissant l'émetteur

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 10.06.2009 à 16:08

Offensif. Fort de son retour aux bénéfices au premier trimestre, le Credit Suisse affiche une volonté de croître pour toutes ses activités dans la région Genève.

PROFIL
MANUEL JETZER, 50 ANS
- Responsable de la région Genève au Credit Suisse depuis janvier 2009, responsable du Private Banking onshore à Genève depuis juin 2006. Avril 2003-mai 2005
-Responsable du recouvrement de crédits pour la Suisse. Auparavant, différents postes à responsabilités comme spécialiste des crédits. Travaille au Credit Suisse depuis novembre 1992.
 

Déjà responsable du Private Banking on-shore (gestion de fortune pour la clientèle domiciliée en Suisse, ndlr) à Genève, Manuel Jetzer a pris en charge, le 1er janvier, la région Genève; une des huit régions que compte le Credit Suisse dans le pays. Les autres cantons romands sont regroupés dans la région Suisse romande.

Combien de personnes le Credit Suisse emploie-t-il à Genève?
Le groupe Credit Suisse - en incluant la Banque Clariden Leu, la Banque Now et le CSA - emploie environ 1350 personnes dans la région Genève. La banque intégrée Credit Suisse compte, elle, quelque 1200 employés dans la région Genève, dont je coordonne les activités. Il s'agit de l'effectif cumulé du Private Banking onshore -que je dirige - et offshore, de la clientèle privée, du négoce, du Corporate Banking et d'une partie du back office.

Le Private Banking offshore (gestion de fortune privée en Suisse pour une clientèle domiciliée à l'étranger) est affaibli par les pressions sur le secret bancaire. Cette activité va-t-elle être redimensionnée à Genève et dans le reste de la Suisse?
Pour notre banque, cette activité n'est pas en diminution.

Vous n'avez pas licencié à Genève dans ce domaine?
Le Credit Suisse a annoncé en décembre dernier une réduction globale de ses effectifs de 6500 personnes - en majorité dans l'Investment Bank -, dont 650 suppressions de postes en Suisse. Les employés dont le poste est supprimé sont encouragés à chercher un emploi et à se réinsérer au sein de la banque.

A Genève, combien de personnes sont-elles concernées par ces «mises à disposition» à l'interne, qui peuvent déboucher sur un licenciement si aucune nouvelle activité n'est trouvée dans un délai de six mois?
Pour toute la région Genève, moins d'une trentaine. Il s'agit essentiellement de suppression de postes administratifs ou de fonctions de back office. Nous n'avons licencié personne à Genève à ce jour, dans le cadre de cette opération. En ce qui concerne le Private Banking onshore, par exemple, toutes les personnes concernées ont retrouvé un emploi au sein de la banque ou à l'extérieur.

Avez-vous fait appel au chômage partiel?
Non.

Et aux réductions de temps de travail?
Si quelqu'un souhaite une réduction du temps de travail, il peut l'obtenir; mais nous n'en avons pas proposé pour diminuer les postes de travail. La réorganisation de nos activités a été pensée pour répondre aux objectifs de qualité des conseils et services que nous voulons offrir, pas dans une volonté de réduire les coûts.

Quels sont vos objectifs pour le Private Banking onshore?
Nous avons clairement des objectifs de développement. Le fait que le Credit Suisse affiche à nouveau des bénéfices et soit une banque très bien capitalisée est de nature à attirer des clients pour la gestion de fortune; cette clientèle étant particulièrement sensible à la sécurité. Si la place financière suisse négocie des accords qui la placent sur un pied d'égalité avec ses concurrents, elle gardera l'atout clé de la qualité de sa gestion financière et celui de la protection de la sphère privée du client.

Inquiets des pressions fiscales dans leurs pays, de riches étrangers sont-ils en train de s'installer en Suisse, développant ainsi le potentiel du Private Banking onshore?

On ne peut pas encore dire que l'on constate une telle tendance, mais on peut estimer, par exemple, que la pression que le Royaume-Uni exerce sur certains de ses citoyens pourrait les inciter à transférer leurs affaires en Suisse, notamment les gestionnaires de hedge funds. Un manager de hedge funds, ou de toute autre société, est potentiellement un client du Private Banking.

Dans son Masterplan pour la place financière suisse de septembre 2007, l'ASB visait justement à attirer en Suisse des gestionnaires de hedge funds. Cette intention a-t-elle a été suivie d'effets?
Il y a eu quelques cas. Mais, compte tenu de la crise financière, il est trop tôt pour donner un vrai pronostic. La Suisse est reconnue pour sa qualité de gestion et sa stabilité. Ce sont des atouts qui pourraient inciter des entrepreneurs, ou des individus fortunés à la retraite, à s'installer dans le pays. La délocalisation est d'ailleurs un métier lié à la gestion de fortune que nous pratiquons dans les différents cantons, qu'il s'agisse d'entrepreneurs ou de personnes n'ayant pas l'intention d'être actives professionnellement en Suisse.

A partir de quel montant sous gestion un client relève-t-il du Private Banking?
Le Credit Suisse, en tant que banque intégrée, peut fournir tous les services répondant aux besoins du client. En principe, les services du Private Banking sont proposés à partir de 1 million de francs sous dépôt. Mais ce n'est pas le seul critère retenu; nous tenons également compte du potentiel du client ou de l'activité développée. Parallèlement, pour la clientèle privée disposant d'avoirs jusqu'au million de francs nous offrons désormais des services adaptés dans 180 succursales de notre réseau suisse, contre 60 auparavant. Cette organisation nous permet d'être très proches de nos clients et d'accroître la qualité du service proposé. Le processus de conseil structuré, mis en place depuis plusieurs années, permet de bien cerner les besoins d'un client durant son cycle de vie.

Vous pratiquez ainsi depuis plusieurs années: des produits structurés à capital garanti Lehman Brothers ont pourtant été vendus à des clients qui avaient un profil de petits épargnants...
Au moment où ces produits ont été émis, Lehman Brothers était une société dont personne n'envisageait qu'elle pourrait faire faillite. Les produits à capital protégé visent à maîtriser les fluctuations du marché, mais ne garantissent pas que l'établissement émetteur sera toujours là - ou encore solvable - dans quelques années. Nous savons que certains de nos clients déclarent aujourd'hui n'avoir pas compris que ces produits étaient garantis par Lehman Brothers et non par le Credit Suisse. La leçon qu'on peut en tirer est qu'il faudra encore davantage diversifier les produits de placement en fonction des émetteurs et des profils de risque des clients. Cela dit, même un petit épargnant doit pouvoir continuer à avoir accès à des produits d'épargne offrant une bonne performance. Peut-être sera-t-on amené à l'avenir à concevoir des produits permettant de garantir l'émetteur, en sus des fluctuations du marché... Compte tenu du coût que cela représenterait, de tels produits pourraient cependant être moins attractifs.

Toutes les banques affirment que leurs critères pour l'attribution des crédits n'ont pas changé. Mais la situation économique des entreprises emprunteuses s'est dégradée; quels sont les secteurs les plus menacés à Genève?
Notre politique de crédits est effectivement restée inchangée, mais la solvabilité d'une entreprise et notre analyse de ses perspectives ont évidemment une influence sur l'octroi de crédits et le rating que nous attribuons. On constate qu'à Genève les entreprises les plus affectées par la crise sont actives dans les industries d'exportation, notamment l'horlogerie et ses sous-traitants. Les banques ont été les premières touchées par la crise: elles seront les premières à en sortir, alors que la situation continue à se dégrader pour d'autres secteurs.

Avez-vous constaté une baisse de la demande en crédits commerciaux ou hypothécaires?
Pour le premier trimestre 2009, tant la demande de crédits hypothécaires que celle de crédits commerciaux sont restées stables par rapport à la même période de l'an dernier. Elles n'ont pas augmenté, alors qu'on aurait pu penser que les entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie auraient tendance à plus tirer sur leurs lignes de crédits. Mais les entreprises cherchent à diminuer leurs dettes, et les banques réduisent les limites de crédits lorsque la solvabilité se détériore.

Etes-vous de ceux qui prévoient une consolidation dans la gestion de fortune privée, en raison de la crise financière et des pressions sur le secret bancaire?
Quel que soit le moment d'un cycle économique, certaines entreprises ont avantage à envisager une fusion pour réduire leurs coûts ou offrir de meilleurs services. Les actifs sous gestion ayant baissé dans le Private Banking, la plupart des banques cherchent à optimiser leurs coûts. En ce qui nous concerne, notre stratégie de croissance nous conduit à préserver notre potentiel pour le futur. Nous cherchons à développer nos parts de marché aussi bien dans le Private Banking que dans nos autres secteurs d'activité et avons enregistré un afflux net d'argent (Net new money) très encourageant au premier trimestre.

 

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