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Marc Barbezat «J’ai créé une cellule d’intelligence économique sur l’internet»

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 04.12.2008 à 06:00

Information. Le site internet www.b3b.ch offre une vision globale de l’évolution du secteur bancaire. Son initiateur l’a conçu pour répondre à ses propres besoins.

Créateur en mars 2005 du site B3B*, Marc Barbezat est un passionné. Il a développé en solo une plateforme d’information sur la finance où gratuité rime avec qualité.

Comment définiriez-vous B3B?
Une cellule d’intelligence économique sur l’internet proposant une information synthétique sur le domaine bancaire: actualité générale, nouveautés réglementaires, évolutions technologiques, nouvelles menaces en matière de sécurité.

PROFIL

Marc Barbezat

Créateur de B3B.

1990-1994 Ingénieur en télécoms, HES.
1994-1996 Ingénieur à la TSR.
1996-2000 Task Force Manager, Ascom.
1998-2000 Executive Master Postgrad en économie d’entreprise
(en allemand) à Berne.
2000-2004 Auditeur Manager, Ernst & Young.
depuis 2004 Auditeur Manager, BCV.
Vous avez conçu cette plateforme pour combler vos propres besoins…
De nombreuses informations sont disponibles dans une banque, mais elles sont généralement ciblées sur l’actualité concernant l’établissement: initiatives commerciales, feed-back de la presse et informations générales du secteur. Le service juridique, de compliance ou d’informatique dispose également des informations relatives à son domaine d’activité. En tant que spécialiste des risques opérationnels, j’estimais avoir besoin d’une vision plus globale de l’actualité du secteur bancaire.

Avez-vous lancé B3B dans votre cadre professionnel?
Pas du tout. Ce projet –connu de mon employeur– a été réalisé sur mon temps libre et reste privé.

Comment avez-vous procédé?
J’ai recensé les informations dont j’estimais avoir besoin parmi les nombreuses données accessibles sur l’internet; ayant décidé de n’exploiter sur B3B que l’information gratuite et «blanche», celle qui est disponible sans développer une activité illégale pour l’obtenir. Il fallait ensuite repérer les outils permettant de recueillir les données. Ce site a été conçu pour offrir une vision globale. Si un thème semble prendre de l’importance, je peux ensuite exploiter des ressources payantes.

L’information proposée est gratuite. Signe qu’elle a peu de valeur à vos yeux?
L’objectif de B3B n’était pas de gagner de l’argent. J’avais un besoin d’information et j’ai essayé de le combler…

Décryptages
On a égaré le rendement à long terme...
A long terme, nous serons tous morts, disait Keynes. A très long terme, parce que – à un horizon de dix à vingt ans – les baby-boomers seront d’abord très nombreux à être vieux; avant, pour une bonne part d’entre eux, de devenir de grands vieillards. Ça tombe mal: les tranquilles certitudes fondant la gestion de leurs fonds de pension – sur le mode «les actions rapportent plus sur une dizaine d’années que les obligations, et ces dernières plus que le cash, car le marché rémunère la prise de risque» – vacillent méchamment. Depuis des mois, le facétieux marché ne rémunère que les stratégies de très court terme! La patience n’a plus la cote à la corbeille. Pire: être bloqué sur des titres considérés pendant des années comme des placements sûrs peut coûter très cher. Et, pour nos retraites, qu’est-ce qu’on va faire? La question ne va pas tarder à résonner dans de nombreux pays. Structurer des produits de prévoyance adaptés aux besoins de quinquagénaires et sexagénaires n’ayant pas encore pris toute la mesure du changement de donne devrait devenir sous peu un must pour les financiers. Certains s’angoissent déjà à l’idée des maigrelets taux de rendement qu’ils devront annoncer à de futurs retraités insouciants. Difficile de leur avouer qu’on a égaré le rendement à long terme et qu’on n’est pas tout à fait sûr de le retrouver de leur vivant.
Avez-vous acheté de coûteux logiciels pour capter l’information et la trier?
Une partie de l’information proposée sur B3B est captée de manière automatique avec des flux RSS. Le reste est recueilli sur des sites présélectionnés, avec un système scannant les pages intéressantes. Je rédige les articles de synthèse et la newsletter adressée aux abonnés. Ma formation de base d’ingénieur télécoms me permet d’utiliser efficacement les logiciels libres d’analyse de l’information disponibles sur l’internet.

Vous entretenez ce site depuis trois ans: une activité chronophage?
Je suis passionné par la possibilité de capter des informations pertinentes sur l’internet. Mais le site ne me prend pas énormément de temps: quatre à cinq heures par semaine. Cette activité m’a permis de faire évoluer mes connaissances: les outils de veille sur l’internet sont régulièrement perfectionnés, et les possibilités offertes par le web invisible sont très riches.

Le web invisible…
Des informations sont accessibles sur certains sites, mais ne sont pas référencées par les moteurs de recherche: il faut aller les chercher soi-même. Parfois, parce que leur principe d’indexation n’est pas reconnu par les autres moteurs, parfois, parce que l’émetteur ne cherche pas à les diffuser. Le site du Louvre propose des informations sur les œuvres, ignorées par une recherche standard…

Combien avez-vous investi dans B3B?
Le coût global est modeste grâce aux outils open source: quelque 200 francs annuels de frais d’hébergement, une trentaine de francs pour le nom du site et deux logiciels à 200 ou 300 francs. Le graphisme du site a été épuré pour réduire le temps nécessaire aux mises à jour et répondre aux souhaits des utilisateurs. La synthèse des nouvelles est désormais réalisée dans un article. Mettre le site à jour me permet de disposer des informations dont j’ai besoin pour bien commencer ma semaine de travail.

Connaissez-vous vos lecteurs?
Parmi les abonnés à la newsletter que j’ai identifiés, il y a des membres de conseils d’administration ou de directions de banques, des responsables opérationnels, des spécialistes de la gestion des risques et des employés du secteur bancaire. Le site étant référencé sur l’internet, je sais qu’il est consulté en Suisse romande, en France et dans les pays du Maghreb.

Pourquoi avoir créé un site gratuit plutôt que de vendre cette information?
J’exploite de l’information gratuite. La placer sur un site ouvert à tous était aussi un bon moyen d’avoir moi-même accès à cette information facilement à tout moment, y compris depuis mon lieu de travail.

Auparavant, l’intelligence économique coûtait cher. L’internet transforme-t-il toute information en bien gratuit?
Une analyse ou un point de vue indépendant garderont toujours de la valeur. B3B va chercher de l’information sur l’internet et la synthétise. Tout un travail d’analyse peut ensuite être réalisé à partir des informations mises à disposition.

Prévoyez-vous des développements?
L’offre évoluera peut-être par le biais de collaborations avec d’autres sites liés à la finance, en gardant le niveau de qualité de cet outil de travail.




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