L'Hebdo;
2006-11-09 Marc Furrer Le galérien des ondes
Ce mois-ci, l'Union internationale des télécommunications (UIT) élit son Secrétaire général, un poste que vise le Suisse Marc Furrer. Face aux favoris, le vice-secrétaire général de l'UIT, Roberto Blois, et Matthias Kurth, le candidat allemand soutenu par les Etats-Unis, Marc Furrer joue les outsiders.
Agé aujourd'hui de 55 ans, cet avocat commence sa carrière à la DRS comme journaliste. En 1984, il devient correspondant parlementaire à Berne. Adolf Ogi le remarque et en fait en 1988 son collaborateur personnel au Département fédéral des transports. Quatre ans après, le même Ogi le place à la tête de l'Office fédéral de la communication (OFCOM), un office qu'il surveille depuis 2004 en tant que président de la Commission fédérale de la communication (ComCom). Sa stature internationale, Marc Furrer la doit à son active implication dans le Sommet mondial sur la société de l'information, une manifestation de l'UIT organisée à Genève en 2003, puis à Tunis en 2005.
C'est dire si le secrétariat général de l'UIT, sise à Genève, tient de la suite logique dans la carrière d'un Marc Furrer qui gravite dans les réseaux des télécoms depuis maintenant plus de 15 ans. Enthousiaste un brin bourru, l'homme passe pour quelqu'un d'ouvert et direct. Un peu trop direct parfois lorsque ses élans tranchent avec la quiétude du monde des diplomates. C'est que le biotope naturel de Marc Furrer est autre, c'est celui du sport. Ancien cadre national d'aviron, soudé aux milieux dirigeants du sport d'élite, c'est aujourd'hui dans une UIT rongée par des finances difficiles qu'il veut jouer avec ses rames. |
«Parfois, ses élans tranchent avec la quiétude des diplomates.»
Par Yves Steiner
Président de la ComCom et outsider dans la course à la tête de l'Union internationale des télécommunications.
Les refuges
Famille
A 91 ans, son père Otto Furrer, un ancien juge cantonal soleurois, reste pour lui une grande autorité morale. En 1979, Marc Furrer se marie avec Liz Clark, une Anglaise férue de théâtre qui enseignera par la suite à l'International School de Berne. Ils adoptent deux enfants, tous deux d'origine mexicaine (Angelica en 1981, Marco en 1983). Pour se ressourcer en famille, Marc Furrer se balade en forêt avec ses deux chiens. Il y a peu, lui et sa femme se rendaient souvent au Maroc, près de Marrakech, pour y faire du cheval.
Esprits fédéraux
Deux conseillers fédéraux ont marqué Marc Furrer. Le premier est le socialiste soleurois Willi Ritschard. Il l'a connu et a apprécié chez lui «sa sincérité, sa façon d'exprimer ses sentiments». Quant au second, Adolf Ogi, Marc Furrer lui doit beaucoup. Il a été son chef pendant quatre ans, période durant laquelle Marc Furrer adhère à l'UDC bernoise. Adolf Ogi reste pour lui un soutien important. Mardi 7 novembre, le premier est venu présenter la candidature du second au poste de secrétaire général de l'UIT à la réunion d'Antalya en Turquie.
Loisirs
On le croise parfois au Stadttheater à Berne. Pour la musique, Verdi est la référence. En cuisine, il bricole avec des amis amateurs de bonne chère. Membre depuis trois ans du Lions Club, il est secrétaire de la section de Berne-Bantiger.
Les proches
Hans-Rudolf Schurter
Marc Furrer compte beaucoup de ses proches chez les rameurs dont Hans-Rudolf Schurter, un entrepreneur lucernois avec qui il a étudié le droit à l'Université de Berne. A la fin des années 90, les deux amis ne se quittent plus: Marc Furrer est à l'OFCOM, Hans-Rudolf Schurter est membre de la ComCom. En 2004, Marc Furrer accède à la présidence de cette commission, tandis que Hans-Rudolf Schurter lui succède à la tête de la Fédération suisse des sociétés d'aviron.
Jakob Kellenberger
Parmi ses ex-collègues, Marc Furrer conserve des attaches avec Jakob Kellenberger, alors chef du Bureau de l'intégration et
actuel président du CICR. Au début des années 90, tous deux se sont côtoyés à skis de fond et surtout lors des négociations de l'Accord de transit avec l'Union européenne. Aujourd'hui encore, les deux hommes s'écrivent «des petits mots».
Le SPORT
Fédération suisse des sociétés d'aviron
En 1996, Marc Furrer prend les rênes de la Fédération suisse des sociétés d'aviron, une fédération de 8000 rameurs et d'une septantaine de clubs. C'est le début des heures fastes de l'aviron suisse, notamment avec les médailles d'or olympiques à répétition de Xeno Müller. Dans la fédération, Marc Furrer professionnalise les structures et introduit le sponsoring. Tout cela, se rappelle un homme du sérail, «grâce à un formidable carnet d'adresses qui l'autorise à peser sur le montant des subventions attribuées aux rameurs» par Swiss Olympic, l'association faîtière du sport suisse. Mais ces années sont marquées par des polémiques dans la presse, comme avec Xeno Müller en 2001, où quelques-uns critiquent le «management à l'arraché» de Marc Furrer. En 2004, son ami Hans-Rudolf Schurter reprend la présidence de la fédération.
Fédération internationale des sociétés d'aviron
Marc Furrer accède en 1996 à l'instance internationale de l'aviron comme délégué suisse. Il y défend plusieurs fois la reconduction du Neuchâtelois Denis Oswald à la présidence de l'organisation. Le second appréciera souvent le sérieux et l'engagement du premier. Avec l'aide d'un ami commun, Adolf Ogi, ils collaborent pour que la Suisse organise les Championnats du monde d'aviron en 2001 au Rotsee, près de Lucerne.
Ligue nationale de hockey sur glace
Malgré sa non-élection à la présidence de Swiss Olympic, Marc Furrer reste présent dans les instances dirigeantes du sport d'élite en Suisse. En février dernier, Ueli Schwarz (HC Bâle) et Marc Lüthi (CP Berne) proposent Marc Furrer comme président de la Ligue nationale suisse de hockey sur glace. Son élection est une formalité. Au premier rang des défis à venir, les lourds soupçons de fraude fiscale du HC Lugano.
Les télécoms
OFCOM
Marc Furrer dirige cet office dès sa création en 1992. Sous les ordres du socialiste Moritz Leuenberger, il amorce l'ouverture du marché des télécoms et les modifications de la Loi sur la radio et la télévision (LRTV). Avec son départ en 2004, les traces de son règne s'estompent, mais il y conserve des contacts sûrs comme avec son successeur Martin Dumermuth - un rameur ex-entraîneur de Xeno Müller -, ou Roberto Rivola, le chef de presse de l'OFCOM chargé de la communication du candidat Marc Furrer à l'UIT.
ComCom
En 2004, le Conseil fédéral nomme Marc Furrer à la tête de cette commission alors dirigée par Fulvio Caccia. Il y retrouve son ami Hans-Rudolf Schurter. Aussi membre de la ComCom, le professeur de droit Christian Bovet voit en lui «un homme qui ne veut pas le consensus à tout prix, qui n'est pas l'homme du consensus mou». Prochaine échéance: l'attribution de la concession de service universel dans les télécommunications en juin 2007.
Groupe des Régulateurs Indépendants (IRG)
Créée en 1997, cette instance réunit les autorités de régulation indépendantes des télécoms en Europe. La Suisse, sous l'impulsion de Marc Furrer, a fait partie des initiateurs de cette démarche qui permettait ainsi à des pays non membres de l'Union européenne de parler libéralisation des télécoms. Dans ce groupe, le directeur de l'OFCOM y a construit un important réseau de relations au niveau international. Il y a aussi croisé l'un de ses concurrents au poste de secrétaire général de l'UIT, l'Allemand Matthias Kurth.
Sommet Mondial sur la Société de l'Information
Depuis l'OFCOM, Marc Furrer a bataillé pour que la Suisse accueille à Genève son premier raout onusien, le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI). Non sans arrière-pensées. Le SMSI étant co-organisé par l'UIT, Marc Furrer y voyait déjà un tremplin dans sa course au secrétariat général de l'organisation. Au final, les voix divergent sur les résultats concrets du SMSI de Genève. Beaucoup pensent cependant que Marc Furrer, avec l'appui de la diplomatie suisse, a joué les pompiers dans un Sommet alors bien mal engagé.
les adversaires
SsR
Lors des révisions de la loi sur la radio et la télévision, le directeur de l'OFCOM a croisé le fer avec la SSR et en particulier avec son directeur général, Armin Walpen. Ils se connaissent depuis des années, du temps où Armin Walpen oeuvrait au service radio et télévision du Département fédéral de l'environnement, des transports de l'énergie et de la communication dans les années 1980. Cela n'a pourtant pas contribué à réchauffer les relations entre eux. Et la tension entre ces deux «amis de trente ans» est toujours palpable.
Roger Schawinski
Directeur de la chaîne allemande SAT1, ce pionner de la télévision privée a été un adversaire de la politique audio-visuelle de la Confédération. L'échec de sa télévision, Tele24, a encore un goût amer pour cet homme qui pense que l'OFCOM et Marc Furrer ont enterré la télévision privée en Suisse. En 2003, les deux hommes s'envoyaient des e-mails plutôt secs dans la Weltwoche . Marc Furrer se dit pourtant toujours partant pour «une petite bière».
Swisscom
Avec l'opérateur historique, cela n'a jamais été simple. A l'époque directeur de l'OFCOM, Marc Furrer a peu apprécié une défense des intérêts de Swisscom qui s'est muée parfois en attaques personnelles, notamment de la part de Jens Alder. «Il lui arrivait de s'emporter lorsqu'il avait un micro». Le récent passage de Jens Alder chez TDC, le propriétaire de Sunrise, intrigue un Marc Furrer qui se réjouit déjà de «savoir comment Jens Alder pourra garder sa crédibilité sur les questions de régulation après avoir ainsi changé de camp».
Genève
Pendant l'organisation du SMSI à Genève en 2003, Marc Furrer et son style parfois rentre-dedans ont fait des étincelles au bout du lac. Depuis, un climat de méfiance réciproque règne entre lui et des personnalités comme l'ancien conseiller d'Etat Guy-Olivier Segond, alors ambassadeur du SMSI, ou l'actuel chancelier Robert Hensler. Dernier exemple en date: la polémique lue dans la Tribune de Genève sur la menace que serait l'arrivée de Marc Furrer à l'UIT quant au maintien de la manifestation Télécom à Genève.
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