Marée noire: La planète, cette vieille habituée
La nappe de pétrole sur les côtes américaines s’annonce comme une catastrophe écologique. Mais la Terre en a connu bien avant l’apparition de l’homme et sait s’en défaire.
On entend déjà la consternation populaire. British Petroleum, les voitures, la pollution, les oiseaux englués, l’homme destructeur de sa planète bleue. Et la marée noire de s’ériger en symbole de la mainmise humaine sur le globe. Or, ce raisonnement s’appuie sur une mémoire courte, qui fait de l’humain le nombril de l’univers. Car le pétrole est un produit de la Terre, issu de son cycle. Il n’a pas attendu les bipèdes pour se déverser dans les océans. Contre toute attente, les marées noires naturelles sont presque aussi importantes que celles provoquées par l’exploitation humaine. Selon un article de la revue scientifique Geo-Marine Letters de 2003, 47% du brut qui s’échappe dans la mer provient de suintements naturels, contre 53% de fuites et autres accidents durant l’extraction, le transport, le raffinage et son utilisation.
Milliards de barils en Afrique du Sud. Dans ce cas, pourquoi ne remarque-ton que les nappes de pétroliers échoués et de plateformes anéanties? C’est le faible débit qui caractérise souvent les fuites naturelles, qui s’échelonnent sur des dizaines, centaines, voire milliers d’années. «Le réservoir est bloqué sous l’eau par une couche imperméable, de sel ou d’argile, explique Laurent Spring, géologue suisse en prospection au Gabon. Il y a un effet de cuisson, la pression monte et, lorsque la couche est trop faible, elle lâche.» Ces fuites peuvent se résumer à une couche d’huile qui suinte à la surface de l’eau. «Au XIXe siècle, c’est ainsi que les explorateurs traquaient les gisements», explique le scientifique.
La nature fait donc moins de dégâts que l’homme? Pas toujours. Laurent Spring a étudié le cas d’une nappe emprisonnée durant des millions d’années en Afrique du Sud. «L'épisode remonte à environ 80 millions d'années, au large de ce qui est maintenant Port Elizabeth. La roche imperméable sus-jacente a été érodée par une rivière majeure, libérant lentement des millions de barils de pétrole et le gaz accumulés dans le réservoir. Ces suintements sont courants de part le monde, comme par exemple en Azerbaïdjan ou en Birmanie, provoqués par des failles ou par érosion.» Ainsi, à l’échelle géologique de notre vieille planète, les marées noires ne sont que des «sales moments», comme les qualifie Laurent Spring. Et, quand ni BP ni les autorités américaines ne s’échinent à évacuer l’or noir de l’eau, la Terre s’en charge toute seule. Plus lentement, il est vrai.
Tags: Marée noire, plateforme petrolière,
|