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MARIE LABERGE Une mèche noire comme une signature pour une écrivaine populaire de qualité
Michel Cloutier

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Livre
Marie Laberge, Miss Emotions

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 31.08.2011 à 14:27

La star des lettres québécoises mène la délégation de la Belle Province qui investit Le livre sur les quais à Morges.

Personne ne la croit, mais cette mèche noire qui jaillit tel un diablotin hors de sa boîte au milieu de sa tignasse blanche comme la neige est l’œuvre de la nature. Marie Laberge a laissé agir au point d’en faire sa marque de fabrique. Romancière, poétesse, dramaturge, actrice, metteuse en scène, peintre, elle s’active depuis quatre décennies sur la scène culturelle québécoise avec un allant, une chaleur et un talent qui ont fait d’elle la star incontestée de la culture de son pays.

Après une dizaine d’années consacrées à l’écriture de pièces de théâtre jouées avec un grand succès dans toute la francophonie, elle se lance en 1989 dans le roman et publie depuis avec régularité des romans que l’on pourrait résumer d’une seule phrase: ils n’ont pas peur des émotions de leurs personnages.

En 1994, Le poids des ombres confrontait une femme à la mort de sa mère et aux mystères qu’elle laisse derrière elle. En 1999, La cérémonie des anges racontait à deux voix comment un couple survit à la mort d’un enfant. En 2007, Sans rien ni personne voyait le père d’une Française assassinée à Montréal retourner sur les lieux trente-cinq ans après les faits.

Trilogie. Fervente, opiniâtre, intelligente et rayonnante, Marie Laberge, née à Québec il y a soixante et un ans mais habitant Montréal depuis trente ans, s’est imposée comme la figure littéraire la plus populaire de son coin de francophonie. D’autant plus qu’au tournant des années 2000, sa carrière s’est envolée avec une Trilogie du bonheur (Gabrielle, Adélaïde et Florent) vendue à un demi-million d’exemplaires en une seule année.

Revenir de loin, son dixième roman en vingt ans, raconte comment Yolande, souffrant d’amnésie après avoir été plongée dans le coma lors d’un accident d’auto, reconstruit peu à peu ses souvenirs et sa vie, faisant le tri parmi ses proches et part sur les traces d’un passé qu’elle avait tout fait pour enfouir.

Beau et vaste (600 pages) roman, il décline les obsessions que Marie Laberge cultive depuis toujours: les liens affectifs et familiaux, les secrets de famille, la culpabilité, la mémoire et ce qu’il reste quand on a tout oublié, les choix de vie et la construction de notre identité, le deuil d’un enfant. Musicale et souple, vibrante et impudique, son écriture fonce dans un grand vent d’émotions vraies et intenses.

«A travers Yolande, je me suis demandé comment, si nous avions le choix, nous reconstruirions chacun notre cercle d’amis et de proches. Son coma et son amnésie mettent tout le monde sur pied d’égalité à ses yeux, son mari, les médecins, les inconnus de l’hôpital.

Yolande, qui est correctrice alors qu’elle voudrait être poète, a construit sa vie sur des oblitérations, comme celle de son fils décédé, comme beaucoup d’entre nous. J’ai eu énormément de réactions de lecteurs qui me disent qu’ils s’étaient rendu compte qu’ils vivaient dans une prison. Cela m’a personnellement pris des années à comprendre qu’il fallait laisser les morts avec les morts... Le deuil est le plus grand défi que la vie nous apporte.»

Revenir de loin chevauche la publication de la 3e et dernière saison de Martha, le roman épistolaire lancé de manière très originale par Marie Laberge en 2009, qui tous les quinze jours envoie à ses lecteurs de par le monde une lettre signée Martha, fleuriste divorcée et jeune grand-mère montréalaise. Plus de 100 000 abonnés, et un lien original indéfectible lié avec le destinataire.

Matinale. Tous les deux ans, la belle Québécoise s’isole complètement durant six mois, dans une maison au bord de l’océan près de Boston. Ecriture dès 3 h 45, «quand les défenses ne sont pas encore construites». L’après-midi, skype avec sa sœur, qui travaille avec elle, son amoureux, son éditeur. Elle est sortie de sa dernière retraite en mars, a mis le manuscrit dans un coffre à la banque et le sortira lorsqu’elle se languira de lui.

Elle ne sait jamais où une histoire va la mener. «Je mourrais d’ennui si je connaissais la fin! Chaque livre m’emmène dans des endroits où ma propre violence m’étonne, où le désespoir m’habite, ce que je découvre parfois avec surprise, moi qui suis souriante et bonne vivante...»

Depuis des années, elle s’évade dès qu’elle le peut dans les paysages sublimes des Cantons-de-l’Est. Elle vient de jeter son dévolu sur une maison au bord du lac Bowker, à une heure de route de Montréal. «Je ne m’appelle pas Laberge pour rien. Je suis dans le même quartier depuis trente ans! J’aime bouger mais revenir au même endroit.»

«Revenir de loin». De Marie Laberge. Boréal, 600 p. Disponible dans les librairies Payot et au Livre sur les quais, à Morges, dès le 2 septembre.

Rencontre. Dimanche 4 septembre, 16 h 30, Casino de Morges. Le livre sur les quais. Morges, du 2 au 4 septembre. www.lelivresurlesquais.ch


Ils seront aussi au livre sur les quais

Mélanie Vincelette. Editrice aussi, elle regarde vers le Nord

A 35 ans, la captivante Mélanie Vincelette a publié une centaine de livres à l’enseigne de sa propre maison d’édition, Marchands de feuilles, consacrée aux nouveaux auteurs de la littérature francophone d’Amérique du Nord, et quelque 35 numéros de Zinc, la revue de création littéraire qu’elle dirige – un «terrain de jeux» qui la met trois fois l’an en contact avec les auteurs débutants.

Par ailleurs romancière, résidant à Montréal où elle a étudié et enseigné, elle a écrit quatre livres dont Crimes horticoles en 2006 (Laffont) et Polynie ce printemps. Enquête sur les traces de l’assassin du frère du narrateur, ce dernier beau roman fait exister le Grand Nord comme eldorado mythique des Canadiens.

«Au Canada, il y a encore des lacs sans nom! J’ai encore l’impression de défricher un monde, c’est excitant. Je veux inscrire notre pays dans la littérature. Le Nord, la forêt sont des personnages pour moi.»

Elise Turcotte. La poétesse qui pose des questions d'enfants

Discrète et prolifique, Elise Turcotte se revendique comme «une Nord-Américaine qui parle français» sous prétexte qu’«on écrit depuis un territoire». Née en 1957, poète et romancière, professeure de français à Montréal, elle a publié plusieurs recueils de poésie et de nouvelles, des livres pour enfants et des romans.

Parmi ses plus récents: Pourquoifaire une maison avec ses morts (Leméac), une série de récits autour dela mort, né de la frustration de voir tout ce qui concerne le sujet évacué de notre vie, et Rose, derrière le rideau de la folie, récit d’une pré-adolescente sensible envoyée dans un asile psychiatrique après avoir été harcelée à l’école.

Fin septembre, elle publie Guyana (Leméac), qui revient sur le massacre de la secte de Jim Jones. L’écrivaine adore les listes et se mettre dans la peau d’enfants ou d’adolescents: «Cela permet de poser les questions les plus simples mais aussi les plus taboues, qu’une fois adulte plus personne n’ose poser!»

Jean-Jacques Pelletier.  Mister Parano annonce l'apocalypse en souriant

Jovial et disert, souriant et gourmand, professeur de philosophie durant trente ans près de Québec, passionné d’actualité politique, économique, scientifique et de géopolitique, Jean-Jacques Pelletier est l’auteur d’une série de cinq volumes intitulée Les gestionnaires de l’apocalypse (Editions Alire).

A mi-chemin entre fantastique, thriller et vulgarisation de l’actualité mondiale, l’auteur met le doigt sur les corruptions, les complots et les manipulations à l’œuvre dans le monde via les mafias, les politiciens corrompus, les idéologues de tous poils et les terroristes.

Vaste entreprise, qu’il juge lui-même «pessimiste», mais qu’il considère fructueuse si ses lecteurs changent leur manière de regarder le téléjournal. «Le complot est un effet narratif pour rendre visibles les effets du système. L’apocalypse n’est pas un événement mais un processus: c’est logique, les inégalités augmentent. Je ne suis pas parano mais il est impossible d’évacuer la question des intérêts.»





Tags: Marie Laberge, "Revenir de loin", Mélanie Vincelette, Elise Turcotte, Jean-Jacques Pelletier,

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