Espace
Mars, un nouveau monde accessible

Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 21.09.2011 à 14:53

Des hommes pourraient fouler le sol de la planète rouge durant cette décennie, selon la Mars Society Switzerland, qui tiendra congrès à la fin du mois à Neuchâtel.

«La Terre est le berceau de l’humanité. Mais peuton passer sa vie entière dans un berceau?» Cette phrase, prononcée au début du XXe siècle par le professeur russe Constantin Tsiolkovski qui est considéré comme le père de l’astronautique moderne, les partisans de l’exploration martienne la reprennent aujourd’hui à leur compte.

Militant pour l’envoi de Terriens sur la planète rouge, des ingénieurs, scientifiques et passionnés de l’espace vont en débattre lors de la onzième Convention européenne sur Mars, organisée par la Mars Society Switzerland à Neuchâtel, du 30 septembre au 2 octobre*.

Les petits hommes verts qui hantent notre imaginaire, tout comme l’espoir d’y trouver des traces de vie, expliquent en partie l’engouement que suscite la planète rouge. Mais si celle-ci éveille toujours autant de convoitise, c’est aussi parce qu’elle «n’est pas une planète ordinaire, souligne Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland.

Il faut la voir comme “une presque Terre”.» Une sœur presque jumelle qui aurait cessé de grandir et qui serait pour nous le témoin vivant de ce que nous étions dans notre enfance.

Depuis sa formation, la Terre n’a cessé d’évoluer et, en bousculant ses continents, la tectonique des plaques a fait disparaître nombre de ses archives géologiques. Mars, elle, s’est refroidie et figée il y a quelque 3,5 milliards d’années. Elle est aujourd’hui un reflet de ce qu’était notre planète à cette époque.

Armada d’engins spatiaux. Accessible aux vaisseaux spatiaux – elle ne se trouve «qu’à» 55 millions de kilomètres, lorsque son orbite la rapproche de la nôtre – elle a déjà reçu dans sa banlieue ou sur son sol la visite d’une quarantaine de sondes, d’orbiteurs et d’engins fixes ou mobiles.

En novembre prochain, cette exploration connaîtra d’ailleurs un nouveau rebond. Dans le cadre de la mission Mars Science Laboratory, la NASA devrait déposer un astromobile dans le cratère Gale et espère y trouver la trace d’organismes vivants. Quant à l’agence spatiale russe RosCosmos, elle compte profiter de la même fenêtre de tir pour lancer Phobos-Grunt qui explorera Phobos, un des deux satellites de Mars.

Grâce à toutes ces observations, Mars est devenue la planète la mieux connue du système solaire, après la nôtre. Alors, pourquoi vouloir imposer à des êtres humains un voyage de 400 millions de kilomètres (car le parcours ne peut pas se faire en ligne droite), qui durera de six à neuf mois?

Pourquoi les exposer au rayonnement cosmique, aux éruptions solaires et aux difficultés psychologiques de l’isolement? «Parce que les hommes sont les meilleures de nos machines», répond Pierre Brisson. Eux seuls sont capables de réagir en cas d’imprévu.

Les amoureux de la planète rouge caressent aussi l’idée d’installer une base habitée permanente sur cette terre lointaine. «Mars renferme toutes les ressources nécessaires au développement d’une civilisation technologique», a écrit récemment Robert Zubrin, le président de la Mars Society américaine, dans le Washington Times.

L’Américain, qui sera présent à Neuchâtel, est d’ailleurs persuadé qu’il sera possible d’envoyer des humains sur Mars au cours de cette décennie. «Bien que la distance soit plus grande, nous sommes mieux préparés à le faire que nous ne l’étions en 1961, lorsque le président Kennedy a décidé d’envoyer des astronautes sur la Lune.»

Et Pierre Brisson de renchérir: «Il ne faut pas plus d’énergie pour atteindre Mars que pour aller sur la Lune car, une fois sortis de l’atmosphère et de l’attraction terrestre, les engins spatiaux ne sont plus freinés.»

Reste la question financière, particulièrement cruciale en ces temps de rigueur budgétaire; d’autant que l’intérêt des opinions publiques pour l’exploration spatiale n’est plus ce qu’il était. Le président de la Mars Society Switzerland est conscient de ces écueils, mais il estime que le coût d’une mission habitée sur Mars est «raisonnable.

Il faudrait y consacrer entre 50 et 70 milliards de dollars sur dix ans, ce qui n’est pas énorme comparé aux 19 milliards du budget annuel de la NASA.» Pour Pierre Brisson, tout est question de volonté politique, donc populaire. «On n’ira sur Mars que si l’on veut vraiment y aller», conclut-il.

*Conférence ouverte à tous sur inscription (www.planete-mars-suisse.com).

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