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Marie Laberge vous écrit de Montréal
L’écrivain star du Québec, auteur de la trilogie «Le goût du bonheur», invente le roman épistolaire personnalisé. «Martha» cartonne dans la Belle Province et débarque en Europe.
Marie Laberge a trouvé le plus court chemin entre elle et ses lecteurs: la lettre. Toutes les deux semaines depuis début 2009, elle leur écrit chez eux une lettre papier, timbrée à la main, signée Martha. Elle leur donne des nouvelles d’une sexagénaire drôle, sensible et généreuse. Tout comme elle. Sauf que Martha est un personnage de fiction, une jeune grand-mère fleuriste du quartier du Plateau à Montréal, mère divorcée de trois grands enfants qui se retrouve seule au moment où sa dernière fille quitte la maison.
Plutôt que de raconter son histoire dans un roman classique, Marie Laberge, femme de théâtre et romancière star dans son pays depuis qu’elle a vendu presque un million d’exemplaires de sa trilogie Le goût du bonheur, a inventé un genre inédit dans le monde de l’édition contemporaine. «J’écris beaucoup de lettres, des vraies, à l’encre violette. Il ne me reste ni père, ni mère, mais des oncles et tantes trop vieux pour voyager. Alors je leur écris. A un oncle qui aime le bordeaux, je décris un bon repas que je fais à Paris. A une tante, mes voyages. Je ne me rendais pas compte à quel point ces lettres étaient importantes jusqu’à ce qu’ils me disent que j’étais la seule à le faire et qu’ils attendaient mes missives avec plus d’impatience que n’importe quoi d’autre.»
Hommes et femmes. En 2005, lorsque sa mère meurt, elle trouve chez elle une grande boîte avec toute la correspondance que Marie lui avait écrite en vingt-cinq ans. C’est le déclic. En 2008, elle s’isole au bord de l’océan près de Boston et écrit les fondations de Martha, une centaine de lettres égrenant, chaque quinzaine, la vie de son héroïne. En 2009, les premiers envois partent. Des milliers lui reviennent – un avocat lui écrit même de France pour lui signaler peu aimablement que les lettres anonymes sont punissables. Mais l’initiative fait mouche et quelque 45 000 destinataires reçoivent désormais toutes les deux semaines les quatre pages de la lettre de Martha pour la première «saison», en train de s’achever. Au Québec bien sûr, mais aussi dans toute la francophonie, Singapour et Suisse y compris. Une version différente suivant que vous êtes homme ou femme. «J’utilise davantage l’humour pour les hommes, j’essaie de les faire rire. Aux femmes, je leur parle de manière plus intime, plus personnelle.»
Elle retravaille chaque texte avant de l’envoyer, tenant compte des événements du monde et de Montréal, du temps qu’il fait. Une véritable PME a été mise sur pied pour la logistique. «C’est moins pratique qu’un courriel, mais recevoir une vraie lettre, avec son nom au début, change tout.» Pour des dizaines de milliers de lecteurs, Martha est devenue une amie qui pense à eux. Marie Laberge, qui pensait toucher surtout un public de gens esseulés, voire féminin, a gagné des lecteurs de tous âges et toutes catégories. «Les adolescentes adorent Martha! Les gens lisent les lettres en famille, comparent leur vie à celle de Martha. Les retours que j’ai sont extraordinaires.» Certains l’identifient à Marie Laberge. «Bien sûr, j’y mets beaucoup de moi. Comme moi, elle a une grande capacité de bonheur. Ce n’est pas une amère. Mais sa vie ne ressemble pas à la mienne. Elle est plus simple. Et je n’ai pas d’enfant.»
Fin en 2011. L’écrivain a déjà annoncé que Martha durerait trois saisons, pas une de plus, pour s’arrêter à la fin de 2011 sans donner lieu à une publication. «J’aime l’idée que Martha soit éphémère. Et je veux pouvoir passer à autre chose après. Je ne veux pas essuyer trop de larmes. Déjà à la fin de la trilogie Le goût du bonheur, les gens me reprochaient d’arrêter. Martha continuera sa vie sans moi pour la raconter!»
Et les libraires seront contents de retrouver une grosse vendeuse qui, avec Martha, les zappe totalement. «C’est vrai que Martha échappe aux éditeurs et aux libraires. Je voulais trouver un contact direct avec mes lecteurs. Certains libraires râlent, mais mon éditeur au Québec a trouvé l’idée excellente, reconnaissant que je forçais la profession à revoir ses bases. Le succès de Martha est pour moi encore meilleur qu’un prix littéraire. La reconnaissance des lecteurs, leur amour, et ce qu’il y a de plus précieux.»
Martha. Feuilleton épistolaire bi-hebdomadaire. Première saison en cours. Saison 2010: abonnement sur www.marielaberge.com
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