A l’heure où le Conseil fédéral doit prendre d’importantes décisions pour lutter contre le réchauffement climatique, le professeur genevois Martin Beniston sort un nouveau livre1. Ce climatologue à la triple nationalité – suisse, britannique et française – a contribué à rédiger le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), organisme qui a partagé le prix Nobel de la paix avec Al Gore en 2007. Interview.
«Changements climatiques et impacts»: pourquoi avez-vous choisi un titre aussi neutre, alors qu’il est urgent d’agir?
En tant que scientifique, je me dois d’éviter de tomber dans le sensationnalisme. Mon rôle est de faire l’état de la question et d’évoquer des pistes possibles. Mais c’est vrai qu’il est urgent d’agir. Plus on attendra, plus le climat va se réchauffer et plus il sera difficile d’en contrôler les effets.
Vous avez beaucoup étudié la situation dans les Alpes suisses. A combien chiffrez-vous le réchauffement d’ici à 2050?
Dans une fourchette de 2 à 4 degrés en hiver et de 3 à 6 degrés en été, même si on prend des mesures, car il faut beaucoup de temps pour inverser la tendance.
C’est énorme!
Oui, on n’a jamais enregistré un réchauffement aussi rapide.
Craignez-vous que la crise retarde encore la prise de mesures efficaces contre le réchauffement?
Je suis plutôt pessimiste à cet égard. La crise est au centre de toutes les priorités des politiciens, qui songent d’abord à leurs banques et leur industrie automobile. Mais c’est une erreur de penser que la question climatique est moins urgente.
En décembre 2009 se tiendra la Conférence de Copenhague, qui doit décider de mesures concrètes pour la période 2012-2020. Redoutez-vous un échec?
Les risques sont tout de mêmes assez grands, surtout si la crise se prolonge. Je note pourtant des signes encourageants. Le retour des Etats-Unis à la table des négociations est très positif et engendre une nouvelle dynamique.
Justement, Barack Obama a promis d’injecter 150 milliards de dollars sur dix ans pour les énergies propres. La Suisse rate-t-elle l’occasion d’investir dans les «clean tech»?
Si la Suisse ne bouge pas plus vite, elle va effectivement rater cette chance. Alors que les Etats-Unis deviendront les leaders mondiaux en matière d’énergies propres, la Suisse est beaucoup moins proactive. Dans sa politique, le Conseil fédéral semble se soucier beaucoup plus de la production d’énergie que des diverses solutions pour l’économiser.
Le Conseil fédéral a décidé d’une réduction de 20% des émissions de CO2 d’ici à 2020. Suffisant?
C’est encourageant que de s’aligner sur l’Union européenne pour atteindre cette baisse de 20%. Mais cela ne suffit pas. Il faudrait une réduction d’au moins 50% pour stabiliser le dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Par conséquent, le climat va continuer à se réchauffer, certes à un rythme moins soutenu si on atteint l’objectif de 20%.
Etes-vous favorable à une taxe CO2 sur les carburants?
Oui, à condition que cette taxe soit dissuasive, soit substantielle. Ce n’est qu’aux environs de 2 francs le litre que les gens commenceront peut-être à changer de comportement. Cela dit, il faut que le produit de cette taxe soit réinvesti dans des fonds pour promouvoir les économies d’énergie et les transports publics.
1 Changements climatiques et impacts. De Martin Beniston. PPUR, 256 p.
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