|
Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 31.10.2012 à 11:03 |
Il y a des monstres qui, bambins, étaient si charmants. Puis leur destin s’emballe et en fait les acteurs de desseins grinçants. Ainsi les fondateurs de Google, dans leur garage de Californie, avaient tout pour plaire. Ils étaient inventifs, joyeux, nullement intimidés d’affronter la concurrence des géants de l’époque. Faut-il craindre les indiscrétions de ce «nuage» boulimique? Pas sûr. Mais quelle fragilité! A quand la mégapanne qui mettra hors d’usage telle partie de ce cerveau planétaire? A quand l’attaque terroriste ciblée sur nos milliards de petits secrets? Quant au cœur de l’édifice, le moteur de recherche, il est utilisé par neuf internautes sur dix dans le monde. Une puissance inouïe. Et opaque. Les critères qui mettent en évidence tel ou tel site et rejettent les autres dans les oubliettes sont peu connus. La machine privilégie-t-elle ses favoris? On l’en accuse. Et sa police? Impossible de savoir au juste comment elle exerce sa censure. On n’y voit guère plus clair quant à ses complicités avec les flics des régimes totalitaires. Les plaintes s’accumulent à l’encontre de cette nébuleuse. Google n’en a cure. Le géant est si riche. Et jamais là où l’attendent les juges. Sa structure mondiale le met à l’abri. La trouvaille qui a fait la fortune des talentueux pionniers est ailleurs. Ils ont révolutionné le marché de la publicité en dirigeant celle-ci selon les désirs des consommateurs, en mesurant son efficacité par le nombre de clics. Pour les journaux et magazines traditionnels, le coup est dur. On comprend dès lors que les éditeurs et les journalistes s’indignent de voir leur travail pompé à l’œil par Google Actualités qui, sans leurs articles, n’aurait aucun intérêt. Avec un seul argument: on vous amène des lecteurs. Mais la révolte monte. Les éditeurs français, allemands et italiens, bientôt les suisses, unissent leurs efforts pour exiger une rétribution. Pour demander aussi que le texte en accès immédiat soit restreint et amène le lecteur à passer au site original. Les dirigeants de Google n’en veulent rien savoir. Fâchés de l’obstination des éditeurs belges, ils ont décidé, tout simplement, de ne plus les référencer. De bonnes infos, un journalisme de qualité, cela coûte cher à produire. Or ce pique-assiette mondial n’investit pas un kopeck pour ces contenus… qui lui attirent pourtant ses visiteurs. Cherchez l’erreur. Dès lors, en attendant une législation européenne, les Etats mettent la pression. Le PDG de Google reçu lundi à l’Elysée sait pourquoi il a fait le voyage: les nuages, politiques ceux-ci, deviennent menaçants. L’association de la presse brésilienne vient de recommander à ses membres de boycotter l’enseigne. Ils n’apparaîtront plus dans le fameux menu universel et disent s’en accommoder très bien. Ils perdront, estiment-ils, environ 5% des lecteurs, mais se libérer de l’emprise du maître chanteur vaut ce prix. Si les sites présents seulement sur internet et les titres peu connus ont un besoin vital de cette passerelle, les journaux bien établis peuvent mieux s’en passer: leurs fidèles vont directement à eux. L’autre talon d’Achille de Google, c’est l’impôt. Virtuose de l’«optimisation fiscale», jonglant d’un paradis à l’autre, cette entreprise (chiffre d’affaires: 14 milliards de dollars) paie des clopinettes aux fiscs. De l’ordre de 3% de ses bénéfices. En clair, cela veut dire que le profit réalisé avec les annonceurs suisses est à peine imposé, parce que enregistré aux Bahamas ou ailleurs, alors que les régies et les éditeurs helvétiques, eux, sont taxés plein pot. Concurrence déloyale. Jusqu’à quand les Etats toléreront-ils ces pratiques? La France prend les devants. Elle exige d’imposer les affaires réalisées chez elle. D’autres suivront. Il arrive un moment où les mastodontes trop arrogants finissent par se faire taper sur les doigts. Prélude à un autre mal qui en a frappé plus d’un: l’apoplexie mégalomaniaque. |









