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Matthias Finger: «La Poste et Swisscom pourraient fusionner»

Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 27.01.2010 à 16:55

Aux yeux du professeur de management à l’EPFL, la modernisation de la Poste suisse, en conjuguant les mondes physique et électronique, est indispensable pour assurer sa pérennité.

Le départ brutal de Claude Béglé immédiatement remplacé par Peter Hasler à la présidence de la Poste n’a rien réglé. Tout reste à imaginer pour assurer un avenir à la régie fédérale. Professeur de management des industries de réseau à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Matthias Finger, dont la chaire est en partie financée par la Poste, suggère quelques solutions. Certaines d’entre elles, plutôt surprenantes, devraient nourrir un débat qui promet d’être très animé.

Comment voyez-vous l’avenir de la Poste après le départ de Claude Béglé?

Le nouveau président du conseil d’administration de la Poste, Peter Hasler, est confronté aux mêmes défis que son prédécesseur. Le volume des lettres n’en finit pas de décliner, surtout les lettres dites «de qualité» distribuées le lendemain. Quant au financement du service public, il est réellement en danger.

Comment relever ces défis?

Précisément, en modernisant ce service public. C’est une priorité.

Cela passe nécessairement par une suppression massive des bureaux de poste?

En 2004, la Suisse comptait encore quelque 2900 offices postaux. Fin 2009, il n’en restait plus que 2348 dont 283 agences. En six ans, plus de 500 contacts avec la clientèle ont donc été supprimés. Si on ne change pas d’approche, ce processus va continuer. Quelque 100 offices sont examinés tous les ans dont une minorité est maintenue, une grande partie transformée en agences et le reste fermé.

Au détriment de tous les usagers?

Non car cette disparition des offices pourrait être compensée par une sensible augmentation des agences. Située dans un supermarché, un petit magasin ou dans une station à essence, une agence peut offrir à la clientèle des horaires d’ouverture nettement plus souples qu’un office de poste. En Irlande ou en Angleterre qui ont réformé la poste, on compte davantage de points de contact dont la grande majorité sont des agences.

Dans une simple agence, la qualité des services offerts n’est-elle pas bien moindre?

Aller jusqu’à supprimer quasiment tous les offices postaux, comme en Irlande ou en Suède, ce serait une erreur. Il faut garder ceux qui sont rentables et qui proposent une large gamme de services. Quant aux agences, elles ne pourront se développer que lorsque la nouvelle loi postale en discussion ne les obligera plus à proposer des services financiers qui nécessitent des locaux sécurisés et un personnel très qualifié. Cette contrainte dissuade notamment Migros ou Coop d’accueillir des agences dans leurs murs.

Comment devrait évoluer la distribution?

Qu’il y ait ou non des lettres à distribuer, le facteur passe, même dans les endroits les plus reculés de Suisse. Cette pratique entraîne des coûts fixes qui ne changent pas, malgré la diminution du volume du courrier. Une distribution plus flexible, étalée dans la journée, serait une première source d’économies. Ensuite, la Poste pourrait transmettre certaines informations importantes par voie électronique. Informé par celle-ci de l’arrivée de tel courrier, l’usager pourrait par exemple choisir de recevoir par e-mail son contenu, lequel aurait été scanné de manière totalement sécurisée. S’il souhaite une réception dans sa boîte aux lettres physique, il devrait peut-être attendre un ou deux jours ou alors s’acquitter d’une taxe supplémentaire s’il souhaite une distribution immédiate.

Que faites-vous des personnes âgées ou handicapées pour qui le facteur demeure un précieux contact?

On ne peut pas demander à la Poste d’être rentable, compétitive et en plus de faire du social et du développement régional. En revanche, le monde politique pourrait très bien lui confier la mission d’entretenir des relations privilégiées avec les personnes âgées ou handicapées. Encore faudrait-il la financer.

Pourquoi n’êtes-vous pas favorable à un financement du service universel par des activités de la Poste à l’étranger?

Payer un service universel de 400 millions, ou même de 200 millions selon certaines estimations, avec des marges bénéficiaires à l’étranger proches de 2%, c’est illusoire. Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi les Indiens devraient financer le service public de la Suisse, l’un des pays les plus riches du monde. Enfin, face à une très forte concurrence à l’étranger qui n’a pas de service public à financer, la Poste serait handicapée.

PostFinance pourrait-elle encore augmenter son soutien au service public?

Contrairement à PostMails et PostLogistics, PostFinance dont le succès est remarquable n’a jamais bénéficié d’un monopole. Elle est en forte concurrence avec les autres banques. On ne peut donc pas attendre d’elle qu’elle devienne la vache à lait du service postal universel.

Idéalement, que devrait être la Poste suisse?

Je vois deux scénarios possibles. Si l’initiative syndicale pour un moratoire sur la fermeture des bureaux passe la rampe, le réseau postal, entièrement figé, pourrait être séparé de la Poste et transféré à l’Etat où il fonctionnerait à perte. La Poste suisse et tous ses concurrents l’utiliseraient comme plateforme pour avoir accès à toutes sortes de services.

Apparemment, ce n’est pas votre tasse de thé...

Je préfère la perspective d’une modernisation du service universel. Regardez la France. L’office de poste y est devenu un guichet de service public de l’Etat où certaines opérations comme la délivrance d’un permis de conduire peuvent être réalisées. Mais cela reste à mon sens un peu vieillot. La poste sud-coréenne est allée plus loin. Elle a installé des bornes électroniques qui permettent d’opérer une foule de prestations.

Un modèle à suivre?

En effet. Les Suisses pourraient confier à la Poste le traitement de leurs impôts, de leur carte de santé, des opérations de vote, de recensement, bref de toutes leurs interactions avec les autorités publiques nationales, cantonales et locales. La Poste deviendrait le service public moderne de l’Etat. Elle est déjà bien positionnée pour cela puisqu’elle jouit d’une crédibilité et d’une aura de confiance supérieures à celles de tout autre acteur privé ou public. Dans cette perspective, on pourrait même envisager un jour que la Poste fusionne avec Swisscom pour offrir le service public de la communication physique et électronique du XXIe siècle.

«EN SE MODERNISANT, LA POSTE SUISSE DEVRAIT S’INSPIRER DE L’EXEMPLE SUD-CORÉEN.»
Matthias Finger, professeur à l’EPFL

 

MATTHIAS FINGER

1955 Naissance, de nationalités suisse et française.
1986 et 1988 Docteur en sciences de l’éducation et en sciences politiques (Université de Genève).
1995-2002 Professeur ordinaire à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Lausanne.
Depuis 2002 Professeur de management des industries de réseau à l’EPFL.





Tags: Matthias Finger, Poste, Swisscom, Claude Béglé, Peter Hasler,

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