L’affaire des Gripen tourne à la pantalonnade. Avec, dans le rôle du guignol en chef, le conseiller fédéral Ueli Maurer. Voilà des semaines que l’achat des 22 jets de combat suédois occupe l’actualité. Comment le Conseil fédéral a-t-il pu porter son choix sur le moins bon des avions? Pourquoi le ministre de la Défense a-t-il si mal piloté l’évaluation des armements en concurrence? Il tente aujourd’hui de s’expliquer. Mais sa crédibilité est partie en vrille.
Même chez les siens, Ueli Maurer trouve peu de soutien: «Je ne donne pas cher du Gripen», résume l’UDC neuchâtelois Yvan Perrin, membre de la commission d’enquête censée faire la lumière sur ce micmac. L’ancien inspecteur se prépare d’ailleurs psychologiquement à faire des trouvailles qui pourraient coûter la peau du ministre. «Je ne comprends pas ce cafouillage», ajoute-t-il (lire en page 18).
Il est vrai que la position d’Ueli Maurer désarçonne. A son arrivée au gouvernement, il avait repoussé à plus tard le remplacement des vieux Tiger arguant qu’il n’y avait pas le feu. Avant d’être contraint par le Parlement de revenir sur sa décision. Changement de discours, il semble alors d’emblée pencher pour le Gripen. Parce que l’avion suédois passe pour meilleur marché que le Rafale ou l’Eurofighter. Mais aussi parce qu’il est fabriqué par un pays neutre, la Suède. Les critères d’achat des avions ont de tout temps été plus politiques, voire idéologiques, que techniques ou militaires. Maurer ressent une profonde détestation pour l’Union européenne, la France, l’Allemagne. Et a fortiori pour toute collaboration militaire plus poussée avec nos voisins.
Ce psychodrame est aussi révélateur du manque de leadership et de l’incompétence du conseiller fédéral. Plus grave encore, elle témoigne de sa vision dépassée des questions militaires. Son idéal proclamé haut et fort de doter la Suisse de la «meilleure armée du monde» a quelque chose de risible, presque enfantin. Voilà bien le fond du problème: malgré d’épais rapports, on ne sait toujours pas clairement à quoi serviraient ces nouveaux jets. Quoi qu’il en soit, avec les chaussures comme avec les avions de combat, le bon marché est toujours trop cher.
Circonstance aggravante, on sait qu’il faudrait réaliser 800 millions de francs d’économies dans la formation, les transports, le social pour se payer ces nouveaux armements. Des coupes plus indéfendables encore suite aux contorsions et aux bobards d’Ueli Maurer. Une majorité semble d’ailleurs se dessiner au Parlement pour abattre le Gripen. L’occasion, enfin, de prendre les questions de politique de sécurité au sérieux.
Président de parti efficace, le conseiller fédéral Maurer est rapidement apparu comme un ministre médiocre. Une inadéquation doublée d’une vraie souffrance, lui qui n’en manque pas une pour répéter qu’il se dévoue à son poste et qu’il n’y trouve, au fond, aucun plaisir. Pour votre bien et pour le nôtre, cher Ueli, profitez du printemps: dégagez!
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