En matière militaire, les dirigeants de l’UDC défendent des positions pour le moins contradictoires: eux qui veulent à tout prix conserver une armée de milice classique, avec fantassins, obusiers et blindés, ont imposé – ces dernières années, – des coupes budgétaires qui la mettent quasi hors service; et cela avec la complicité de la gauche.
Autre signe d’incohérence: ceux-là même qui se posent en chantres de la sécurité et qui jouent sur la peur de l’étranger ignorent éhontément les nouvelles menaces. Les attentats islamistes se multiplient partout dans le monde, les mafias infiltrent les circuits économiques... Qu’importe, on fait comme si nous étions miraculeusement protégés.
Du coup, le doute s’installe. Ça n’est pas que les Suisses aimeraient supprimer l’armée, non. Le problème, c’est qu’ils ne comprennent plus son fonctionnement, son utilité, ses priorités... Le résultat de notre sondage s’explique par ce désarroi: plus d’une personne sur deux souhaite la fin de l’obligation de servir. Quelque 40% de la population soutient même l’idée d’une armée professionnelle. Une révolution au pays du citoyen soldat? (Lire l'article Sondage exclusif: les Suisses lâchent leur armée, par Patrick Vallélian.)
Sans doute serait-il grand temps de lancer un débat honnête sur notre système de sécurité. Un débat qui viserait à clarifier le sens de nos efforts de défense et qui poserait la question du partage des tâches entre l’armée et la police. Un débat qui permettrait de mieux expliquer au public les nouvelles dimensions de la guerre contemporaine, par exemple ces cyberattaques qui, potentiellement, paralysent des pays entiers et face auxquelles la Suisse reste bien mal préparée.
La menace terroriste? C’est ce qui, enfin, préoccupe le plus les Suisses, comme le révèle également notre sondage. Pourtant, aucune réponse probante n’est donnée dans le nouveau rapport sur la politique de sécurité concocté par Ueli Maurer. Le conseiller fédéral semble même s’en moquer. Ou alors, serait-ce qu’il sous-estime le danger?
Depuis qu’il a pris la tête du Département de la défense, Ueli Maurer cherche surtout à miner le principe même d’Armée XXI, pourtant plébiscité par le peuple en 2003. Il se plaît même à ironiser, comme la semaine passée devant l’assemblée de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), sur ce qui constitue son fondement même, «la sécurité par la coopération».
En douce, Ueli Maurer impose aux postes importants des cadres acquis à son dessein. Chaque fois qu’il le peut, il remplace un «internationaliste» par un «traditionnaliste». Son combat est idéologique. Et tant pis pour l’efficacité et le respect de la volonté populaire.
Car tous les hommes de terrain le disent: on ne se protège pas contre le crime organisé, l’extrémisme islamique, l’espionnage économique, le piratage informatique à grande échelle... par une stratégie du Réduit. Les menaces, comme les armes pour les contrer, ont changé de nature. Décidément, la sécurité est quelque chose de trop sérieux pour être abandonnée aux idéalistes de l’UDC.
Le terrorisme islamiste, voilà ce que les Suisses redoutent le plus.
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