Maux d’artistes, tous malades?
Art et science. «Maux d’artistes», que publie un neuropsychologue de l’EPFL, nous propose une plongée dans le cerveau perturbé de grands créateurs. Fascinant.
Proust était neurasthénique et se bourrait de psychotropes, De Chirico souffrait de sévères migraines et Ravel d’une maladie neurologique qui avait rompu les connexions entre les zones cérébrales de l’imagination et celles de l’écriture. Quant à Werner Herzog et son acteur fétiche Klaus Kinski, ils étaient mégalomanes. Sans vouloir réduire ou expliquer l’art ou le «génie» par la maladie, force est de reconnaître que les troubles neurologiques ou psychiatriques dont ces artistes étaient atteints ont grandement influencé leurs romans, leurs tableaux ou leurs films. Si Dostoïevski n’avait pas lui-même subi le «grand mal», il n’aurait pas pu créer le personnage central de L’idiot, le prince Mychkine, «l’épileptique le plus célèbre de la littérature», comme le souligne Sebastian Dieguez dans Maux d’artistes. Ce que cachent les œuvres Belin). Un livre qui rassemble les chroniques que l’auteur a publiées dans la revue Cerveau & Psycho.
Neuropsychologue et doctorant au Brain Mind Institute de l’EPFL, Sebastian Dieguez s’interroge sur les liens cachés entre une œuvre et la maladie de l’esprit dont souffre son créateur. Scientifique et amoureux de l’art – tout particulièrement de littérature – il s’est plongé dans les journaux, correspondances et autobiographies des hommes et femmes dont il dresse le portrait, mais aussi dans les nombreux articles savants consacrés à leur cas. Sans prétendre apporter de grandes révélations, il a travaillé, explique-t-il, sur des sources à la fois «solides, surprenantes et peu connues». Cela l’a conduit à battre en brèche quelques idées reçues et à défendre l’idée que Van Gogh n’était pas épileptique et que le déclin de Nietzsche n’avait rien à voir avec une supposée syphilis.
Toutefois, contrairement au philosophe allemand qui prétendait «qu’il n’est pas possible d’être artiste et de n’être pas malade», Sebastian Dieguez estime que tous les artistes ne sont pas atteints de troubles mentaux ou du comportement. Mais plutôt qu’ils ont «la particularité de repousser les limites de l’anormal, de la folie ou de l’inhabituel».
Ecrit d’une plume alerte, ce livre replonge le lecteur dans la biographie, la création et les affres de quelques créateurs célèbres. Il apporte la preuve que «l’imaginaire des artistes peut aussi être éclairé par les sciences du cerveau et, inversement, que la fiction peut nourrir la réflexion clinique et scientifique aussi bien que la réalité».
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Tags: Maux d'artistes, EPFL, Sebastien Dieguez, Claude Monet, Don Quichotte, Kafka, Michael Jackson,
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