L'Hebdo;
2006-07-13 Menuhin: sur les traces d'une légende
Gstaad Le festival rend hommage à son fondateur en programmant des interprètes hors pair dont les styles
variés racontent, à eux seuls, la passion sans limite
du maestro pour son instrument.
1957, Yehudi Menuhin a 41 ans, une épouse et de jeunes enfants. Il n'est plus le jeune prodige qui stupéfiait les foules par son jeu dense, comme venu d'ailleurs, alliant jeunesse, technique irréprochable et conscience musicale digne d'un vieux maître. Il n'est plus l'adolescent de 13 ans qui, par la seule grâce de son archet, persuadait Albert Einstein de l'existence de Dieu. Ni le jeune homme de 20 ans, épuisé par une carrière folle et nomade, qui souffre, se rebelle et cherche un sens à sa vie.
Lorsqu'il découvre Saanen et ses montagnes - tout à la fois carrefour de cultures et lieu de solitude -, Menuhin s'est définitivement affranchi du doute. L'extermination de son peuple, la guerre, les luttes et la haine ont transformé ce soliste adulé en musicien combattant. La musique, langage d'homme à homme, est devenue langage de peuple à peuple. L'artiste a joué pour les soldats, pour la réconciliation, pour le pardon, pour la paix. Il a découvert la méditation, son violon est devenu instrument d'humanisme. Et il entame, à Saanen, un nouveau chapitre de son histoire.
Il commence par inviter Benjamin Britten, le ténor Peter Pears ainsi que Maurice Gendron, violoncelliste, à partager avec lui deux concerts dans l'église du village bernois. Etonnants programmes qui mêlent Purcell, Telemann, Schubert, Mozart, Britten et des anonymes du XIIe siècle! Et dès l'année suivante, il génère des événements collectifs. Ce sera une série de concerts auxquels s'ajoutent des cours, une académie, la fondation d'un orchestre de jeunes musiciens. Et la promotion des musiques d'ailleurs aux côtés de Ravi Shankar, de Stéphane Grappelli. Menuhin commande des oeuvres, il découvre des talents, programme, dirige, écoute. Entre ses mains, avec les années, le violon devient un instrument faillible, l'intonation est moins sûre, la virtuosité connaît quelques brèches, mais la musique demeure plus convaincue et convain-cante que jamais.
Le Festival Menuhin a 50 ans et rend hommage à son fondateur, mort à Berlin en 1999, en programmant de fortes personnalités du violon - Vengerov, Repin, Hope -, mais aussi Didier Lockwood, le violon tsigane de Titi Winterstein, le violon indien de Subramaniam et de jeunes artistes. Il invite les chanteuses Nina Corti ou Jessye Norman chantant Duke Ellington. Sans cesse à la recherche de formules inédites entre fête, découvertes et gratitude à un homme hors du commun. |
Dominique Rosset
Saanen. Concerts «in memoriam» reprenant les programmes des deux concerts de 1957. Eglise. Lu 24 et ma 25, 20 h.
Menuhin Festival Gstaad. Du 21 juillet au 2 septembre. Rens. 033 748 83 33. www.menuhinfestivalgstaad.ch
maxim Vengerov
Daniel Hope
Didier lockwood
VADIM repin
YEHUDI MENUHIN
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