L'Hebdo;
2006-04-27 Merci, Monsieur Ospel!
C'est comme s'ils n'en avaient rien à cirer: la controverse sur le salaire de Marcel Ospel, président d'UBS, n'en finit pas d'enfler, pas une semaine ne passe sans que les mégarevenus de Daniel Vasella ne suscitent des réactions, et voilà le Credit Suisse qui annonce à son tour un système de bonus qui pourrait rapporter à chaque membre de sa direction générale jusqu'à 280 millions de francs. Toujours plus haut, toujours plus dingue! Il se trouve même, parmi ces top-managers, des voix pour accuser de «populisme» ceux qui pensent important de provoquer le débat.
Populiste, l'industriel et conseiller national radical Johann Schneider-Ammann, qui affirme que cette minorité met en danger la paix sociale? Populiste, le patron des patrons Peter Hasler, quand il invite les Ospel et autres Grübel à répondre aux questions des actionnaires et des citoyens? Populiste, le commentateur du journal NZZ am Sonntag lorsqu'il explique comment les excès des grands banquiers nuisent à la place financière et aux autres banques suisses? Populiste, le créateur du groupe Swatch, Nicolas Hayek, qui s'indigne qu'on ne fasse plus la différence entre un manager et un «entrepreneur-artiste» (lire son interview en page 60)?
Ce n'est pas saper l'économie de marché que d'en appeler au bon sens. Pourquoi un président de banque gagnerait-il soixante fois plus qu'un conseiller fédéral ou un directeur de grosse PME? Aucune justification valable. Ce n'est pas commettre non plus un péché d'antilibéralisme que de demander la transparence. Qui, d'ailleurs, ose encore prétendre, à part les principaux intéressés, que les salaires de cette aristocratie transnationale sont fixés par la loi de l'offre et de la demande? Personne.
Le patronat est désormais profondément divisé. Au-delà des individus, ce sont deux conceptions du capitalisme qui s'affrontent. Importée des Etats-Unis, la première repose sur une croyance totale à la logique financière, un système qui repose sur la valeur actionnariale des entreprises et la recherche du profit à court terme comme seul étalon. Les délocalisations ne sont pas seulement l'exception, mais la règle. Elles obéissent aux lois prétendument naturelles de l'économie globalisée.
Le capitalisme d'inspiration européenne veut regarder plus loin et postule, notamment, l'importance vitale de la production industrielle, même pour des pays comme la Suisse. Car tous ne pourront pas travailler, à l'avenir, dans la gestion de fortune ou la banque d'affaires. La diversité du tissu économique est gage de stabilité sociale, mais aussi de prospérité. Quitte à complètement repenser les branches les moins immédiatement rémunératrices.
Les excès des top-managers ont au moins cela de positif qu'ils donnent une nouvelle actualité au débat. Ils ne stimulent pas seulement une légitime interrogation sur les raisons de leur insatiable voracité et de leur soif de puissance. Ils obligent aussi à s'interroger sur de nouvelles règles du jeu et, in fine, sur les emplois dont nous voulons vivre demain. |
L'insatiable voracité des top-managers divise les milieux patronaux.
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