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Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 17.10.2012 à 13:11 |
N’en déplaise à la plupart des Suisses, Peer Steinbrück, le candidat du Parti socialiste allemand (SPD) à la chancellerie, l’homme de la cavalerie, l’ennemi de l’évasion fiscale, plaît aux Allemands. On a beau dire, dans les salons de coiffure bernois en feuilletant les gazettes: «Celui-là, je ne le supporte pas.» On a beau faire, dans les cafés zurichois: «C’est pas bon pour la Suisse.» L’homme au verbe tranchant et au rire de requin inspire confiance dans son pays. Depuis l’annonce de sa candidature officielle fin septembre et malgré les reproches formulés quant aux fiers honoraires qu’il a encaissés pour prononcer des discours devant des parterres de banquiers, Peer Steinbrück entraîne son parti dans une courbe ascendante. Alors que le SPD avait mordu la poussière aux dernières élections, tombant à 23% de l’électorat, les sondages de l’institut allemand Forsa donnent désormais 30% pour le SPD – on n’avait plus vu cela depuis 1996. L’écart se comble avec le parti d’Angela Merkel, la CDU, qui enregistre 36%. Et si 46% des sondés souhaitent que la chancelière reste en place, ils sont désormais 35% à préférer son adversaire. Ces deux-là devront donc se battre, un an durant. Un duel qui devrait vraiment commencer ce jeudi 18 octobre devant le Parlement allemand, puisque Peer Steinbrück, dans sa nouvelle fonction de candidat du SPD, devra donner la réplique à la chancelière après sa déclaration sur la politique européenne. Jusqu’ici, Angela Merkel a soigneusement évité de prononcer le nom de son adversaire, son entourage insistant sur le fait qu’elle a beaucoup à faire, parce que, justement, elle est aux affaires, elle. De toute façon, la chancelière n’était pas dans les cordes. Steinbrück a beau jouir d’une sacrée force de frappe, il n’a jamais agressé Angela Merkel et parle d’elle avec respect. Au célèbre talk-show de Günther Jauch, sur la chaîne de télévision ARD, il lui a bien reproché de manquer de sens de la cohésion sociale et de constance dans sa politique européenne, mais rien de bien méchant. Le candidat sachant pertinemment que trop brusquer la chancelière passerait mal auprès de la population, il a même proposé un code de conduite pour un combat électoral «fair». Un cœur - une âme. Alors ils vont s’affronter, bien sûr: chacun veut gagner, en bêtes de pouvoir qu’ils sont, ambitieux, brillants. Mais ils devront un peu se forcer. Parce que si Angela Merkel semble avoir apprécié quelqu’un au sein du SPD, c’est bien Peer Steinbrück, le ministre des Finances de la grande coalition qu’elle a dirigée entre 2005 et 2009. Dans un livre consacré à Angela Merkel et à sa première législature, le reporter du Spiegel et écrivain Dirk Kurbjuweit raconte à quel point ces deux politiciens ont bien collaboré. Alors que les spin doctors du ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier crachaient régulièrement un peu de venin dans les oreilles des journalistes contre la chancelière, rien de tel avec Peer Steinbrück. Jamais l’un ou l’autre ne se frappait dans le dos, pas l’ombre d’une intrigue ne sortait de leur entourage respectif. «Au contraire, écrit Dirk Kurbjuweit, Merkel et Steinbrück se louaient l’un l’autre dans les termes les plus doux.» D’ailleurs, personne n’a oublié ce jour d’octobre 2008. Alors que la crise financière battait son plein, la chancelière et son ministre des Finances déclarèrent, ensemble, que l’Etat garantirait l’épargne, évitant que la panique ne gagne la population allemande. Ces deux-là, c’est du béton, des politiciens qui supportent la pression, ne ploient pas sous les responsabilités, résistent dans la tempête. Seulement voilà, après le duo, le duel. L’automne prochain, les Allemands devront choisir entre leurs deux politiciens préférés. |









