CLAUDE NOBS
Mes confessions

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 13.06.2012 à 11:46

En 2012, le maître du Montreux Jazz fête 46 ans de festival et 50 ans d’organisation de concerts. A 76 ans, celui qui a changé la musique raconte, dans un texte exclusif, ce qui a fait sa vie, l’enfance et l’avenir, et ses vérités du cœur.

«Il y a cette photo. Elle est à la page 1514 du quadruple volume sorti en 2007 à propos des 40 ans du festival. L’éditeur est décédé et ensuite, on a récupéré les livres qui restaient. Je les offre à ceux que j’aime, ou qui aiment le festival. Je m’étonne encore de constater le poids de tous ces concerts, de ces musiciens, de toutes ces aventures.

Sur ce cliché de la page 1514, je regarde comme on salue, parce que je sais que je peux mourir. La veille de l’opération au cœur que j’attendais de subir il y a six ans, je suis parti en promenade avec mon chien, exactement comme sur l’image. Ce n’est pas grand-chose, seulement une petite balade à flanc de montagne, à Caux, en sortant du chalet, elle fait pile deux kilomètres.

Au milieu, il y a un banc dans la forêt. S’y asseyant, on observe une sorte de grand V à travers les arbres, et s’y ouvre en percée le lac en bas et le paysage magnifique alentour, aucune maison, une paix totale et bouleversante, quelque chose de parfait. J’aime tellement cet endroit. Ce jour-là, je me suis dit: «Regarde bien, Claude. Regarde bien. C’est peut-être la dernière fois.»

Je n’ai pas peur de mourir, non. Je vais bien et j’aime le bon vin rouge. J’aimerais seulement ne pas revivre des difficultés de santé lourdes, comme alors. J’ai pris ma carte d’Exit il y a plus de vingt ans et je souhaite que l’on me laisse partir, l’heure venue. Bien sûr que j’aimerais durer encore autant d’années que possible, tant que j’ai l’énergie, le plaisir, la passion, l’envie de partage qui me fait avancer tous les jours. Je ne suis pas pressé. Mais je n’ai pas le moindre regret, je n’ai le temps pour aucune amertume. Tout ne s’est pas trop mal passé, en cette existence, j’aurais si mauvaise part à me plaindre, pas vrai? Mais si cela pouvait arriver d’un coup, ce serait mieux, quand même: m’étendre sur le lit, fermer les yeux, terminé, entrer à nouveau dans la chambre de l’enfance.

L'enfance

La mienne était sous un toit, dans un petit chalet de Liboson, où nous montions régulièrement. Avec mon grand frère et ma petite sœur, on appelait l’endroit la Sibérie, parce qu’il y faisait froid. Il n’y avait ni eau chaude, ni chauffage. Ma mère travaillait comme infirmière, papa était le boulanger de Territet. Je l’ai racontée souvent sûrement, mais l’histoire a ce romantisme qui me fait la dire encore: il l’avait rencontrée en montant avec sa Douglas pétaradante le pain à la clinique de Florimont. Et pour l’épouser, elle avait exigé qu’il laisse tomber la moto: dans son métier, elle avait vu trop d’accidentés, d’amochés à vie. C’était un homme impressionnant, mon père. Baraqué et impatient, et je le craignais pour ses grosses colères. A cause d’une maladie, il parlait d’une voix toute cassée, comme un souffle brisé: un peu celle de Miles, quand j’y repense. Je me souviens des nuits à Territet, dans la chambre que je partageais avec ma sœur au-dessus du laboratoire. Par le système de ventilation, on percevait tous les bruits et discussions en dessous. J’ai dans l’oreille encore le son violent des plaques à pain qu’il poussait si fort au fond du four.

Je les ai peu connus, papa et maman. Parce qu’ils travaillaient dur, avec des horaires infernaux. Papa fabriquait entre 2000 et 3000 petits pains et croissants par jour, il livrait tous les hôtels du coin: l’Excelsior, le Bristol ou le Grand Hôtel de Territet. Le souvenir le plus ancien, c’est avec ma tante, en 1939, lors de l’Exposition nationale à Zurich, la rivière magique, les petits bateaux qui s’en vont avec le courant, j’avais 3 ans. Nous avons aussi tous un genre de madeleine de Proust, j’imagine. La mienne, c’est la sauce à salade de ma grand-mère. J’allais souvent chez elle, nous passions aux Moulins de Brent chercher l’huile de noix, ramassions les herbes du jardin, ajoutions le vinaigre qu’elle préparait elle-même. C’était extraordinaire. Rien que d’y penser, j’en salive encore, ce goût de toujours, ce goût jamais retrouvé vraiment.

Le moment fort de l’année familiale, c’était Noël. Mon père ramenait toujours un sapin beaucoup trop grand, il fallait le couper de moitié. Un jour, à la veille de la fête, j’ai trouvé des sardines en boîte dans le frigo. Et je les ai prises pour les manger secrètement au lit, éclairé d’une bougie sous le duvet. Le duvet s’est mis à flamber, évidemment. J’ai réussi à l’étouffer, puis à cacher les cendres sous la couette, mais l’odeur était épouvantable: je me suis fait attraper dès le matin. Mon premier incendie, bien avant le casino. Je suis Verseau ascendant Verseau, il paraît qu’ils poursuivent sans cesse leurs rêves. J’ai cru très longtemps au père Noël, parce que c’est une très belle histoire, celle d’un traîneau heureux fonçant dans le ciel.

Mon frère et ma sœur étaient des enfants sérieux, disciplinés, studieux en classe. J’étais un sauvage, turbulent, qui se soûlait de nature et accumulait les bêtises. La forêt, la montagne, les champs, les branches cassées sur les chemins: tout était mystères et secrets, aventures. J’aime encore tant ces odeurs de mousse, de champignons, l’herbe couverte de rosée, le bois mouillé, l’écorce sèche de l’été. Je me rappelle des combats que je menais contre la force de l’eau. Petit Claude contre l’eau de la montagne. Je montais des barrages contre les torrents minuscules. D’abord les grosses pierres, puis les moyennes, tenir. Moi, debout contre le courant. On dirait le chemin d’une vie, si on veut faire le psy de bazar.

J’ai aussi relu une rédaction que j’avais dû faire à l’école: «Un jour de vacances au chalet». Ce qui m’a frappé, c’est à quel point elles semblaient longues, interminables, ces heures ensoleillées de l’enfance; il ne semblait pas y avoir de fin ni de frein à tout ce que l’on pouvait faire d’un matin. Vous savez: on dit que c’est vers 16 ans qu’existe un point de bascule dans la perception du temps. Avant on trouve que les journées sont longues, après que le temps passe de plus en plus vite. Je crois que c’est vrai. Avec mes copains, vers mes 12 ans, on faisait les idiots dans les hôtels abandonnés, sautant sur des matelas entassés dans le hall, dévalant les escaliers en chaise roulante. On s’est fait attraper aussi, j’ai dû payer une amende de 80 francs, aller passer quelques dimanches aprèsmidi à la prison de Montreux. C’était juste à la fin de la guerre. On ne jouait pas vraiment: nous pensions nous entraîner pour aider les soldats à vaincre l’ennemi.

Mon père achetait des disques au kilo, parmi lesquels de nombreuses faces de jazz. Il y avait aussi une radio à la maison. Quand j’avais 4 ou 5 ans, je me mettais devant lorsque passait de la musique, des cuivres, j’agitais les bras à la façon d’un chef d’orchestre. Il n’y a pas de hasard. Ou alors peut-être quelques ironies des vies et destins, des signes que l’on ressent ou qui vous dépassent, que l’on réinvente sans doute un peu. Mais mon papa me surnommait «Duke Ellington». Je jure que c’est vrai.

 

«J’AI CRU TRÈS LONGTEMPS AU PÈRE NOËL, PARCE QUE C’EST UNE TRÈS BELLE HISTOIRE.»
Claude Nobs

 

Avec ma mère, ils ont eu le temps de voir le festival se développer. Papa est mort en août 1981, à 81 ans, maman l’a suivi peu de temps après. Il avait travaillé au-delà de 70 ans. Il m’est arrivé souvent de débarquer à la boulangerie à l’aube avec les musiciens du festival, prendre les croissants. Ça lui faisait plaisir, il riait, on blaguait. A la fin, mes parents étaient à l’EMS de Burier, vers Clarens. Mais les règlements de l’époque interdisaient qu’ils soient dans la même chambre et ça me faisait de la peine. Le plus triste, ce fut quand mon père est mort, qu’il a fallu amener maman en chaise roulante dans sa chambre pour le voir une dernière fois. Dans les souvenirs lumineux que j’ai avec eux, il y a cependant le moment où je suis venu avec Champion Jack Dupree à Burier, l’ancien boxeur de la Nouvelle-Orléans, qui joua blues et boogie pour les pensionnaires et mes parents. Ce fut poignant et magnifique.

La musique

La musique a toujours été là. Les disques, les radios, les concerts, les trois discothèques montreusiennes lorsque je débutais à l’office du tourisme au début des années 60. J’avais d’abord fait une formation de cuisinier, été élu meilleur jeune cuisinier suisse, travaillé en Suisse allemande, Spiez, Bâle. Puis j’avais brièvement passé par la banque, avant que Raymond Jaussi ne m’engage à Montreux. Il m’aimait bien, il m’a toujours soutenu, toute ma vie. Monsieur Jaussi: je l’ai appelé Monsieur Jaussi jusqu’au bout. Il m’a souvent dit cette phrase décisive comme l’envie de faire les choses: «Allez-y, monsieur Nobs.» Et son épouse aussi, qui m’écrivait tout le temps en commençant ses lettres par «Cher Ourson», référence à mon totem scout, Ourson Bavard. Une femme incroyable, qui me conseillait d’écouter Zappa, Pink Floyd ou la musique contemporaine qu’elle avait entendue sur France Musique. Je leur dois beaucoup.

Raymond Jaussi est mort ce printemps, à 97 ans. Je suis allé le voir deux jours avant qu’il parte. Nous nous vouvoyions encore, et m’indiquant le corridor, il a fait: «Vous voyez cette porte, monsieur Nobs. La mort est là qui m’attend. Je suis prêt.» C’était très beau et j’ai osé lui demander: «Monsieur Jaussi, j’étais indiscipliné, toujours agité, sans horaires, bordélique à souhait, alors pourquoi m’avez-vous engagé? J’étais l’exact inverse de vous.» Il a répondu: «Monsieur Nobs, je l’ai fait exactement pour ça.» L’Office du tourisme de Montreux, ça voulait dire la Rose d’or, et c’est dans le cadre de ce spectacle télé que j’ai pu organiser mes premiers concerts, connaître les premiers artistes. En 1963, je suis allé à Londres, rencontrer un jeune groupe qui débutait: oui, c’était les Beatles.

Dans un petit bureau de Carnaby Street, je leur ai sorti mes prospectus, montré ce qu’était cette Rose d’or, où la BBC avait remporté une récompense l’année précédente. Ils étaient tous là, John, Paul, Ringo qui est l’un des hommes les plus drôles du monde, et George qui irradiait comme un ange. Avec Brian Epstein, leur manager, ils ont dit OK, nous venons. De retour en Suisse, le responsable des divertissements de la Télévision romande a refusé: «Les Beatles? Ils ne sont pas assez connus.» Ils sont tous passés par là ensuite, séparément. Mais l’année suivante, les Stones ont joué à Montreux.

«JE SAIS D’OÙ SONT LES MUSICIENS: DE QUELLE DOULEUR, DE QUELLE AMBITION OU FUTILITÉ.»
Claude Nobs

 

Je crois que le culot qu’on m’attribue pour les convaincre, pour forcer les portes, ce fameux Nobs is impossible, s’est construit sur le désir et la naïveté. Je les admire, les musiciens, les chanteurs. Je les respecte. Je sais d’où ils sont: de quelle douleur, de quelle ambition ou futilité, je devine leurs mensonges et leurs vérités, et je comprends les deux. Je me dis que ce sont des types comme moi, qu’il suffit le plus souvent de leur parler normalement.

Nina Simone était miraculeuse et en colère, elle a voulu me tuer une nuit avec un couteau pour une sombre histoire de droits de télévision en Suède, je voudrais encore la serrer dans mes bras. Ray Charles était intimidant comme s’il voyait tout sans voir, j’entends sa voix dans mon cœur. Quincy me considère comme son «frère d’une autre mère». Miles Davis était magnifique comme un guerrier, on se baladait dans les restos d’Evian ou d’ici, c’était un seigneur fascinant qui adorait les montres de luxe. Juste avant de monter sur scène, il choisissait celle qu’il voulait dans un coffret où il en conservait une trentaine. George Harrison a frappé un matin à la porte de ma chambre, à Paris, pour m’apporter mon petit-déjeuner. Aretha Franklin a fait un concert historique en lâchant son orchestre pour se mettre au piano, et au matin, elle a chanté sur le quai devant le lever du soleil. Je pourrais en raconter mille, passant d’un amant pour Joan Baez à un cycliste en tenue qui s’avéra être Bob Dylan, ou au kimono sublime que m’offrit un jour Freddie Mercury.

Etrangement, celui qui me manque le plus n’est pas mort. C’est Bowie. Un matin, il est arrivé à Territet, où j’avais mes bureaux. «Mon nom est David Bowie, on m’a dit que tu pouvais m’aider.» Il avait une liste: trouver une maison, un avocat, une banque, une école, un médecin, etc. Le lendemain, je lui donnais des adresses et il est resté plus de dix ans dans la région. Je le voyais au moins une fois par semaine, c’est quelqu’un de magnifique, intelligent, raffiné, cultivé, curieux de tout. Je me souviens d’un 31 décembre où j’étais seul. Lui aussi. Et il me passe un coup de fil, je lui dis de passer boire un peu de champagne, manger un morceau de foie gras. Vers onze heures, il a trouvé que nous étions des égoïstes, et nous sommes partis en voiture à la recherche de SDF dans les rues de Montreux et Vevey: c’était une autre époque, nous n’en avons pas trouvé, et c’est dommage, nous avons passé toute la nuit à regarder des films qu’il adore, Nosferatu, M le Maudit, ce genre de choses. C’est un étrange et sublime souvenir, je voudrais voir David plus souvent.

L'amour

J’ai eu plusieurs petites amies, Marie-Claire ou Pascale, qui ont compté vraiment. J’ai même songé à me marier, mais je n’avais pas de situation, comme on disait alors. Il n’y avait rien de sexuel cependant, c’était impensable à l’époque. Monsieur Jaussi me demandait quand j’allais me marier. Et puis il ne l’a plus demandé. Je crois qu’il a été le premier à comprendre, à savoir, bien avant moi peut-être.

Ressentir cette attirance pour les hommes n’a jamais été un problème lourd, ou un questionnement pénible. Je me souviens, je devais avoir 16 ans, je donnais rendez-vous à un garçon qui avait un voilier pour partir sur le lac, au lieu d’aller au catéchisme. C’était un tout petit secret, mais j’imagine qu’il y avait déjà une attirance, je ne sais pas comment c’est arrivé, même si mes premiers amants véritables sont venus beaucoup plus tard. Je peux aimer de façon très platonique. Cela s’est fait progressivement, sans éclat ni drame, même quand mes parents l’ont su, tout s’est très bien passé.

J’ai rencontré Thierry par un de ses copains qui n’aimait pas la montagne. Il nous a présentés à Paris, et un jour je l’ai invité à venir à Caux. Je me souviens du trajet en train, et nous sommes arrivés au Picotin. Il a ouvert les volets, regardé par la fenêtre, puis pris le téléphone pour appeler sa mère: «Je déménage, j’habite avec Claude à Montreux maintenant.» Il est là depuis vingt-cinq ans. Je crois que cela tient aussi à notre liberté réciproque. Lui aussi est l’inverse de moi, méticuleux et calme, attentif à tous les détails. Il est désormais très investi avec l’EPFL et l’Unesco dans le travail d’archivage de toutes les vidéos du festival.

Le festival

Je crois que je ne lâcherai jamais le festival, tant que j’aurai la force et que je me sentirai utile: trouver un jeune artiste, découvrir Adele il y a trois ans, croire en un groupe inconnu, décrocher le concert dont je rêve. Oui, je n’ai pas réussi à faire venir Sinatra et je rêve tout le temps de Barbra Streisand ou Stevie Wonder à Montreux. J’ai encore mangé avec Stevie et Quincy dans Little Italy il y a quelques jours et oui encore, chaque fois que je le vois, nous en parlons et j’espère à nouveau. Oui, je sais qu’il viendra. Je le promets. Je me le promets.

 

«J’ESPÈRE QUE LE PARADIS, S’IL EXISTE, N’EST PAS REMPLI D’ANGELOTS, CE SERAIT L’ENFER.»
Claude Nobs

 

J’organise des concerts ici depuis 1962, cela fait 50 ans cette année. Plusieurs fois, le festival a failli s’arrêter et nous avons trouvé des solutions. Après l’incendie du casino, en 1971, il aurait suffi d’un rien pour que ça ne reparte plus. L’accident mortel en moto de Jean-Jacques Keck, un des fondateurs, lors d’une des premières éditions, m’avait aussi terrassé. Mais Montreux est désormais un trésor et un héritage. Une marque aussi grâce aux Montreux Jazz Cafés, qui pourront devenir une source de revenus importante dans l’avenir. Il y a eu tant de concerts incroyables ici. Mais l’important, ce n’est jamais hier, ce sont les concerts de maintenant et de demain. Les structures sont solides, et l’équipe aussi: Mathieu Jaton est formidable de calme, de compétence musicale et de capacité de gestion de cette entreprise qu’est devenu le MJF. Avec lui, je suis tranquille.

Le paradis

Dans ma chambre à Caux, il y a une petite vitrine avec plein de récompenses remportées à travers les années. Je sais bien qu’elles n’ont guère que l’importance qu’on leur porte, ou conservent l’émotion que j’ai pu ressentir alors. Elle fut cependant prenante le 17 mai dernier. J’étais à l’Apollo de New York. C’est là, dans ce lieu mythique absolument, où Ella débuta, où James Brown devint un géant, que se tient annuellement A Great Night in Harlem, un fantastique concert de bienfaisance au profit des musiciens nécessiteux. J’y ai reçu une récompense des mains de Quincy, j’étais le premier non-Américain honoré et c’était incroyable. Le petit Claude à l’Apollo, c’est quand même un sacré parcours, vous ne trouvez pas?

Il y a aussi ce jour de 1985, au Brésil, où j’avais participé à l’organisation de Rock in Rio qui dura trois jours. James Taylor chantait sur scène quand il est venu me prendre par la main en coulisse. Il y avait 400 000 personnes devant moi et il a entonné You’ve got a friend, et cette fois-là, les larmes sont venues, il suffit que j’y repense pour que ça me pique les yeux encore: peut-être est-ce là mon plus précieux trophée.

J’ai 76 ans, je me couche tard, je me lève vers 9 ou 10 heures, je sors les chiens, j’ouvre les fenêtres pour faire entrer la lumière. Sérieusement, j’espère que le paradis, s’il existe, n’est pas trop rempli d’angelots ailés, parce que, alors, ce serait l’enfer. Je voudrais l’après façon Hellzapoppin, ce film génial des années 40 avec folie ahurissante, musique tout le temps et la fête partout. J’aimerais que Slim Gaillard joue et fasse l’idiot, que Sinatra soit là pour la classe. J’aimerais qu’il y ait de la nature et des riffs de cuivres, Nina Simone, James Booker, Miles, tout le monde. Et puis, j’irais voir papa et maman. Je leur jouerais un morceau d’harmonica pour leur dire que la vie est belle et la musique un partage.»

Festival de Jazz de Montreux: du 29 juin au 14 juillet. Programme et billets sur www.montreuxjazzfestival.com
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