Nul doute qu’elle va attirer l’attention des visiteurs du Forum suisse de l’innovation qui se tiendra à Bâle le 5 novembre. Avec son allure de cigare, ce minuscule véhicule intrigue. Partout où elle passe, la BioMobile fait un tabac. Même le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, qui l’a découverte au Salon de l’auto de Genève en mars dernier, en a été «ébahi», à en croire Michel Perraudin, responsable du projet à l’Hepia (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève).
Non sans raison. Car, au-delà de ses dimensions – 3 mètres de long, 50 centimètres de large et de haut –, cette voiture expérimentale est révolutionnaire. Elle est la seule du monde à rouler uniquement avec de la bioessence fabriquée à partir de déchets végétaux, provenant essentiellement de restaurants. De quoi redonner de nouveaux débouchés à ces 300 000 à 400 000 tonnes annuelles de résidus qui servaient auparavant à fabriquer des farines animales et dont on ne sait plus que faire. Dépassant la fiction, la BioMobile semble rouler sur les traces de la fameuse DeLoreane du film Retour vers le futur, dont le réservoir était rempli avec le contenu d’une poubelle...
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bioessence n’est pas un biocarburant comme les autres: alors que ces derniers sont des carburants de substitution, elle est «l’équivalent de l’essence qu’on trouve à la pompe», précise le professeur HES. Elle est d’ailleurs utilisable dans n’importe quel moteur, non modifié.
Moteur de débroussailleuse. Fabriquée sous la houlette de Michel Perraudin par des étudiants de l’Hepia, la BioMobile a considérablement évolué depuis le démarrage du projet en 2005. Le modèle 2010 est toujours équipé d’un moteur de débroussailleuse, mais plus petit qu’auparavant (25 cm3). La transmission est en revanche entièrement nouvelle, tout comme le système de gestion électronique du moteur.
Ces nouveaux composants ont été testés lors du dernier Ecomarathon Shell, organisé en août à Rockingham en Grande-Bretagne. Dans cette compétition, où le gagnant n’est pas le véhicule le plus rapide mais le moins gourmand en carburant, la voiture genevoise a parcouru 800 kilomètres avec 1 litre de bioessence! Elle ne pouvait pas être classée au palmarès, car elle ne roulait pas, comme le veut la règle, avec de l’essence fabriquée par l’organisateur de la compétition – mais à «l’essence des Suisses», comme ses concurrents qualifient ce produit qui ne sent pas très bon. Elle n’en est pas moins arrivée, «virtuellement» en tête. Preuve que la BioMobile «tourne comme une horloge... suisse bien entendu», constate en riant son concepteur.
Minivéhicule urbain. Soutenue par plusieurs sponsors, au nombre desquels figure le TCS, la BioMobile pourrait, à terme, évoluer vers un «mini-véhicule urbain» utilisable par tout un chacun. Mais elle reste avant tout, souligne Michel Perraudin, une «vitrine technologique». Un accélérateur pour l’innovation. «En fixant aux entreprises partenaires des cahiers des charges très exigeants, on les fait avancer.» C’est ainsi que l’entreprise Futec à Selzach (SO) est parvenue à créer un châssis en fibres de carbone et aluminium ne pesant que 2,5 kilos. Ou que le spécialiste de matériel pour vélos, Mavic, à Annecy, a construit des roues de hautes performances. «Si la BioMobile ne prélude pas les voitures du futur, les technologies mises au point pour sa fabrication préfigurent celles qui seront utilisées demain.» A l’instar de Togodo, ce dispositif de suivi et d’analyse de la trajectoire développé par l’Ecole d’ingénieurs et d’architecture de Fribourg «facilement implantable sur des voitures et qui pourrait même équiper des sportifs lors de compétitions».
Une voiture «très légère, très performante et très écologique»: tel était le défi des concepteurs de la BioMobile. Ils ont déjà réussi leur pari.
www.biomobile.ch