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Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 18.11.2009 à 15:55 |
Michael Moore le déclare sans ambages: «Le capitalisme est une bête, qui a faim 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7. La bête doit mourir.» Pour l’abattre, le trublion à casquette fait flèche de tout bois dans Capitalism: A Love Story, un film qui relève moins de l’exercice documentaire que du pamphlet. Péplums à l’appui, le cinéaste tire des parallèles entre Jules César et George W. Bush, la gloire militaire des deux empires et la misère de leurs plèbes respectives. Il produit des documents montrant Ronald Reagan, comédien de seconde zone cachetonnant dans des pubs, puis cadre chez Merril Lynch, président des Etats-Unis enfin, libéralisant l’économie: «On va lâcher le taureau!» lancet- il en cow-boy réjoui. Ruée vers le profit à court terme: les bénéfices croissent, les salaires stagnent, les ventes d’antidépresseurs explosent… Trente ans plus tard, la bête a tout cassé. Michael Moore joue du contraste, opposant deux images de l’Amérique: une publicité charmante pour un produit de nettoyage contre, filmée de l’intérieur, une opération musclée de la police venant exproprier une famille ruinée par la crise. Caméra au poing, il interroge un petit fermier effondré: «J’ai tout essayé. Sauf braquer une banque.» Il s’inquiète du sort des pilotes d’avion, payés 20 000 dollars par année, vendant leur plasma pour nouer les deux bouts, auxquels les compagnies recommandent de «ne pas aller à la soupe populaire en uniforme». Il retourne à Flint, ville que les délocalisations opérées par la General Motors dans les années 80 ont ruinée et qui lui a inspiré son premier brûlot, Roger & moi. En compagnie de son vieux papa, il traîne ses bottes près du terrain vague où, dans les joyeuses sixties, bruissaient les ateliers mécaniques. Loups et moutons. Il se désole que tant d’étudiants préfèrent la finance à l’astronomie, à la biologie, aux mathématiques, à la médecine… Pourquoi? Parce qu’ils se sont surendettés pendant leurs études et que la banque permet de se renflouer plus vite. Il lance l’anathème contre ces florissants centres de détention privés, qui ne désemplissent pas grâce à la complicité intéressée des tribunaux. Pour des peccadilles, des adolescents sont enfermés pendants des mois. «En Pennsylvanie, le capitalisme a remplacé la justice», s’insurge le cinéaste. Michael Moore rappelle qu’aux Etats-Unis la ploutocratie a remplacé la démocratie. Ou, autrement dit, qu’actuellement «la démocratie c’est deux loups et un mouton qui choisissent le menu». Des prêtres expriment une même colère: «Le capitalisme est un péché. Il est le Mal, le contraire de ce qui est juste. Dieu va l’éradiquer.» A la ville, le discours de Michael Moore reste virulent. Il explique au Spiegel: «Le capitalisme aiguillonne toujours les bas instincts: bats ton prochain, montre-lui que tu es le plus fort! C’est pourquoi je pense que le capitalisme n’est pas réformable. Il doit être éliminé. Il est insensé de vouloir réformer quelque chose dont les fondements sont erronés». Ce fils de mécanicien ne prône pas pour autant une utopie basée sur le troc: «Je respecte les hommes qui veulent gagner de l’argent, qui travaillent dur et font bien leur boulot. Je n’ai de griefs que contre les gars qui gagnent du pognon en exploitant les autres. Quand dix types s’asseyent à une table et que l’un d’entre eux s’assure d’avoir neuf parts du gâteau, alors il y a quelque chose de faux qui devrait être combattu. Malheureusement, c’est ce que le capitalisme est devenu.» Eléphantesque. Dégoûté par l’impéritie et la malhonnêteté, déprimé par l’imminence d’une guerre entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, Michael Moore ressort finalement son nez de clown et renoue avec les provocations qui ont fait sa gloire. Il appelle Henry Paulson, secrétaire au Trésor, pour lui demander des comptes. A Wall Street, pachydermique sous son inamovible casquette, il entre dans le hall des banques tel l’éléphant proverbial dans un magasin de porcelaine pour procéder à l’arrestation du directeur. Mégaphone au poing, il harangue les traders planqués derrière les fenêtres de leur fort, avant de ceindre le siège de Goldman Sachs du ruban jaune «crime scene» qu’on voit dans chaque épisodes des Experts… Enfantillages, jugeront les docteurs en économie, occupés à faire croire que la crise est finie et le capitalisme moralisé. Mais l’Amérique et le monde ont besoin de gens comme Michael Moore. Car les bouffons disent la vérité. «LE CAPITALISME EST UNE BÊTE AFFAMÉE 7 JOURS SUR 7. LA BÊTE DOIT MOURIR.» |









