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Politique européenne
Michel Barnier : "Avec la Suisse nous sommes très patients et très déterminés"

Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 02.02.2011 à 11:49

POLITIQUE EUROPÉENNE Le commissaire Michel Barnier ouvre les dossiers de la nouvelle architecture financière de l’UE, des relations avec la Suisse et de l’euro.

Dans son bureau du neuvième étage de l’immeuble de la Commission européenne à Bruxelles, juste en face de celui du Conseil des ministres et du Parlement, Michel Barnier est observé.

«ON NE VIENT PAS DANS L’UNION EUROPÉENNE EN Y ÉTANT CONTRAINT.» Michel Barnier, commissaire européen

Son bureau est placé sous le regard de quatre visages photographiés qui justifient et éclairent son engagement: d’un côté les fondateurs du projet européen Robert Schuman et Jean Monne; de l’autre ses premiers acteurs, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer.

Artisan d’une profonde réforme du secteur financier ainsi que du marché unique de l’Union européenne (UE), Michel Barnier a reçu L’Hebdo avant sa visite officielle en Suisse prévue le 1er mars prochain.

Le Conseil fédéral souhaite une approche globale et coordonnée en matière de politique européenne. La présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey plaidera pour un troisième paquet d’accords bilatéraux le 8 février à Bruxelles. Est-ce à vos yeux une formule acceptable?

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, rencontrera la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey cette semaine même à Bruxelles et cette question est à l’agenda.

Vous comprendrez donc que je ne peux pas préjuger de son résultat! Mais l’UE a déjà dit, et cela encore très récemment au Conseil de décembre 2010, que nous devons aller plus loin que l’approche sectorielle qui existe en ce moment dans nos relations avec la Suisse.

Plus précisément?

Nous aimerions de nouveaux accords basés sur quelques exigences institutionnelles: une possibilité d’adapter de manière plus dynamique les accords existants en fonction des évolutions, une interprétation homogène des accords, une surveillance indépendante et plus de facilité pour résoudre les différends, par exemple.

Nous pensons que ces éléments contribueraient de manière très utile au développement encore plus poussé de nos relations. Nous sommes prêts à discuter toute proposition provenant du Gouvernement suisse, en suivant le processus habituel.

En quoi consiste la nouvelle architecture financière que vous avez mise en place après la crise qui a durement frappé les économies en Europe?

Avec les autorités nationales, nous avons fondé trois autorités européennes de surveillance. Elles couvrent les activités bancaires, les assurances et pensions professionnelles ainsi que les marchés. Ce sont des écrans radars qui ont pour mission d’anticiper des crises, de diagnostiquer des risques assez tôt sur des marchés transnationaux.

Auparavant, nous avions bien des organes de surveillance mais, juxtaposés les uns aux autres, ils étaient sans lien, sans coordination. Au-dessus de ces trois autorités, comme une tour de contrôle, nous avons créé le Conseil européen des risques systémiques.

Avec déjà des résultats tangibles?

Oui. Ainsi, par exemple, l’autorité européenne des banques prépare activement le prochain stress-test de ce printemps, destiné à évaluer la capacité des banques à faire face à une crise grave.

En juillet 2010, plusieurs banques irlandaises sont passées sans encombre au travers d’un tel test avant de faire faillite. Etait–ce donc un échec?

Il y a clairement des leçons à tirer de l’exercice de 2010. C’est ce que nous faisons en ce moment même. Une année après l’autre, nous améliorons la méthode.

La Suisse est-elle associée à cette nouvelle architecture de surveillance européenne?

Nous souhaitons à ce sujet intensifier la coopération avec les autorités suisses. Je connais bien votre nouvelle présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, qui a été ministre des Affaires étrangères quand j’occupais moi-même cette fonction pour le Gouvernement français.

Qu’attendez-vous de la Suisse?

Nous regardons comment la Suisse va mettre en œuvre les recommandations de Bâle sur la capitalisation bancaire, réformes dans lesquelles ce pays a joué un rôle essentiel.

Nous nous sommes aussi beaucoup inspirés du régime suisse sur les entreprises d’assurances pour nos propres règles sur le sujet dit de «Solvabilité 2» (il s’agit d’une réforme européenne qui consiste à mieux adapter les fonds propres des assurances aux risques qu’elles encourent, ndlr).

Concernant la taxation bancaire et l’échange d’informations avec la Suisse, nous travaillons pour que ce pays reprenne à son compte un code de conduite auquel tous les pays de l’UE adhèrent. Nous avons maintes raisons de renforcer notre coopération avec la Suisse.

L’UE ne se lasse-t-elle pas d’une Suisse qui, par exemple, refuse tout échange automatique d’informations dans le domaine bancaire voulu par la Commission européenne, préférant la formule de l’impôt libératoire?

Nous n’avons aucune lassitude. Nous sommes à la fois très patients et très déterminés. Nous avons la volonté de construire en Europe un système de supervision et de régulation efficace et intelligent. Cela doit se faire avec la Suisse, même si elle n’est pas dans l’UE. Je pense que c’est dans son intérêt, comme dans celui de l’UE.

Je tiens le même langage avec tous les pays d’Europe, y compris Londres, la plus grande place financière européenne, en disant aux autorités britanniques: votre avantage compétitif sera d’être sur un continent où les bases de l’industrie financière sont saines.

Quel serait pour l’UE l’intérêt d’accueillir la Suisse comme nouveau membre?

L’unité européenne en serait consolidée, une force d’intelligence humaine de compétitivité économique et financière serait ajoutée aux forces actuellement rassemblées dans l’UE.

A contrario, l’UE pourrait-elle se satisfaire d’une Suisse qui jamais ne la rejoindrait?

C’est au peuple suisse de décider. On ne vient pas dans l’Union en y étant contraint.

Vous exercez votre fonction de commissaire depuis exactement un an le 10 février prochain. Avec toujours autant d’enthousiasme?

Déjà commissaire sous l’autorité de Romano Prodi de 1999 à 2004 où j’étais chargé des fonds régionaux et de la réforme des institutions communautaires, je souhaitais vivement retourner au sein de la Commission.

Je pense en effet que l’Europe vit des heures graves. C’est pour elle un moment de vérité. Voulons-nous être ensemble pour défendre notre modèle économique et social, nos idées, pour participer à un nouvel ordre mondial plus juste et plus sûr? Ou bien acceptons-nous d’être des sous-traitants, sous l’influence des Chinois et des Américains?

Pour répondre à de tels enjeux, je demeure très motivé et heureux de figurer au sein de l’équipe présidée par José Manuel Barroso.

«CE N’EST PAS L’EURO QUI A CRÉÉ LES DETTES FRANÇAISES, ESPAGNOLES OU GRECQUES.» Michel Barnier, commissaire européen

Les sérieuses crises de l’endettement frappant certains pays ne signent-elles pas un échec de la construction européenne?

Dans l’histoire, les secousses et les crises ont toujours fait avancer le projet européen. Concernant celles qui ont récemment touché la Grèce et l’Irlande, l’Europe et l’euro ont progressé.

Pourtant la monnaie unique accuse une faiblesse certaine, notamment en regard du franc suisse.

J’entends des observateurs s’inquiéter de la force de l’euro! Quoi qu’il en soit, une monnaie aussi jeune ne peut pas être jugée sur une si courte durée.

D’ailleurs, depuis que l’euro existe, son niveau actuel est plus ou moins à sa moyenne sur dix ans. Assurément, elle joue son rôle en empêchant des dévaluations successives au sein de la zone euro et en étant l’une des principales monnaies de la planète.

Que répondez-vous à ceux qui prônent la suppression de l’euro?

Il y a deux semaines devant le Parlement grec qui m’accueillait, un élu d’extrême gauche a critiqué l’euro. Je lui ai répondu: si votre pays renonce à la monnaie unique, que va faire la Grèce, toute seule avec ses dettes face aux Chinois, aux Américains et aux Russes?

Ce n’est pas l’euro qui a créé les dettes françaises, espagnoles ou grecques, ce sont les pouvoirs publics de ces pays! Peut-on bâtir une croissance durable sur des dettes? L’endettement, ce sont des impôts pour demain, pour la nouvelle génération. Il en est de même pour l ’écologie.

Consommer aujourd’hui sans précaution, c’est construire une société de privation. Ne jamais sacrifier l’avenir au présent nous disait Pierre Mendès France.

Vous dites que l’Europe a progressé. De quelle manière?

Nous avons enfin créé des outils de gouvernance, de coordination, de surveillance budgétaire qu’on aurait dû mettre en œuvre il y a dix ans, sur les recommandations de Jacques Delors. Mais à cette époque, fusionner nos monnaies exigeait déjà un grand effort.

Certes, nous avions bien un règlement de copropriété avec le pacte de stabilité et de croissance, mais nous ne nous étions pas dotés des outils nécessaires à son bon fonctionnement.

Nous commençons précisément à les créer: le semestre budgétaire européen, qui permet pour la première fois à la Commission européenne d’examiner les projets de budget des Etats membres; le Fonds de solidarité financière; la surveillance et la coordination des politiques fiscales.

Pourquoi avoir tant attendu?

On ne fait pas de la politique avec de la nostalgie. Souvenez-vous des conditions dans lesquelles l’euro a été créé, à quel point le référendum sur le traité de Maastricht voulu par François Mitterrand a été adopté de justesse; c’était aussi le début de la crise économique.

Il faut beaucoup de volonté politique, au plus haut niveau, pour tirer le projet européen. Aujourd’hui, encore une fois, j’observe que l’Europe et l’euro progressent. Et je souhaite que l’on aille plus loin encore.

C’est-à-dire?

Aller plus loin, c’est continuer le mouvement de mutualisation démocratique dans lequel se construit l’Europe, dans les domaines de la politique étrangère, de la défense, de l’économie, des politiques industrielles.

Faute de quoi, nous ne pourrons pas prétendre être une puissance, un acteur global, tout en respectant bien sûr la diversité des langues, des cultures et des traditions de chaque pays. On est encore loin du compte.

Faudrait-il donc procéder à une réforme institutionnelle majeure?

Ne refaisons pas l’erreur de mettre le moteur avant la politique. Pendant dix ans, on a tenté de répondre à l’inquiétude des citoyens, à leur colère, à leur incompréhension par des réponses institutionnelles.

On leur a dit: regardez le moteur, on va le réviser! Il convient plutôt de leur dire aujourd’hui pourquoi nous avons raison de cheminer ensemble sur cette route, aux côtés non seulement des Etats-Unis mais aussi désormais de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Russie.

Quelle est donc votre stratégie?

Elle est double: mettre les marchés financiers dont nous avons besoin au service de l’économie réelle et non le contraire, comme nous l’observons depuis quinze ans – c’est l’objectif des nouveaux outils que je viens de décrire – et mettre l’économie de marché au service du progrès humain.

Avant la fin de l’été prochain, j’aurai livré sur la table des ministres du Conseil européen et du Parlement la totalité des propositions de régulation et de supervision financières pour mettre en œuvre les accords du G20 en Europe.

De plus, je formule cinquante propositions pour la relance du marché intérieur avec les PME et les citoyens en vue de créer de la croissance.


Profil

MICHEL BARNIER

1951 Naissance à La Tronche (Isère).

1992 Organisateur des JO d’Albertville.

1993 Ministre de l’Environnement.

1995 Ministre délégué aux Affaires européennes.

2004 Ministre des Affaires étrangères.

2007 Ministre de l’Agriculture et de la Pêche.

2010 Commissaire européen au marché intérieur.



Dossier 'Politique européenne'
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Tags: Michel Barnier, Suisse, euro, Union Européenne,

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Réaction de Jean-Francois Morf
le 09.02.2011 à 20:50
Traders américains ruinent banques, ruinent PIIGS, ruinent Euro...
Réaction de Gribouille
le 07.02.2011 à 14:49
Pour en savoir plus sur Michel Barnier: Internet: L'UE et le...
 



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