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Michel Guillemin. 'En Suisse, la souffrance au travail est taboue'

Par Marie Maurisse - Mis en ligne le 12.08.2009 à 16:04

INTERVIEW. Michel Guillemin est cofondateur de l’Institut de santé au travail. Il dénonce le retard de la Confédération sur la considération des maladies professionnelles.

Quel bilan tirez-vous des 25 ans passés à la tête de l’Institut universitaire romand de santé au travail (IST)?
Nous avons eu de la chance car les cantons de Vaud et de Genève sont volontaristes en la matière. L’ensemble de notre équipe (médecins, hygiénistes, psychologues et ergonomes) fait des recherches de qualité sur la toxicité de nombreuses substances et de multiples matériaux.

Et la question du stress?
En ce qui concerne les aspects psychosociaux du travail, la tâche est moins facile...

Que voulez-vous dire?
En Suisse, la santé au travail n’est pas considérée comme une discipline scientifique. L’actuel démantèlement de certaines inspections cantonales (Genève, Neuchâtel) et la fermeture en 2006 de l’Institut d’hygiène et de physiologie du travail à l’EPF-Zürich, traduisent une ferme volonté politique de laisser la santé au travail confinée dans le secteur de l’assurance sociale et de la loi sur le travail – jugée excellente par les décideurs et les partenaires sociaux. Le refus de suivre les recommandations du BIT et de l’OMS sur le sujet viennent confirmer cela. En France et ailleurs, il y a une prise de conscience de la souffrance au travail. En Suisse, c’est tout le contraire.

Les Suisses souffrent-ils vraiment sur leur lieu de travail?
Depuis vingt ans, toutes les enquêtes tirent la sonnette d’alarme. En Grande-Bretagne, le professeur Michael Marmot a démontré que 20% des maladies cardiovasculaires proviennent du milieu professionnel. Je suis persuadé que les problèmes sont les mêmes en Suisse.

Mais avons-nous des données sur la question?
Le Fonds national de la recherche scientifique n’a jamais vraiment mis la priorité sur le sujet par manque de prise de conscience ou de volonté politique. Il y a une carence statistique gigantesque.

Pourquoi souffre-t-on au bureau?
Je dirais que notre culture considère le travail comme une activité liée à la souffrance. Le mot «travail» vient du latin «tripalium », qui était un instrument de torture. Si l’employé ne se consacre pas entièrement à sa tâche, il se sent coupable. En période de crise, cette tendance est à la hausse: la peur du chômage incite les salariés à travailler plus et à souffrir en silence. La personne qui «craque » et qui, peut-être, se suicide, sera considérée comme une personne inadaptée et dépassée par ses problèmes personnels. Pour moi, cette mentalité est une erreur absolue de gestion.

Et les médecins du travail?
Parlons-en! Il y en a moins de 100 dans toute la Suisse. Quant à la prise en charge des maladies liées au travail, elle est presque nulle. La Suva, la Caisse nationale d’assurance, s’occupe à 95% des accidents du travail. Les 5% restants concernent les maladies officiellement reconnues dont celles provoquées par l’amiante, le bruit et les maladies de peau. Pour le reste – maux de dos, problèmes articulaires, diminution de la vue, dépression –, il n’existe strictement rien. Mais la Suva ne fait qu’appliquer la loi. Le vrai problème vient des politiques.

Vous écrivez un livre sur ce thème. Un scoop?
Je veux démontrer l’immense importance du travail et son impact, non seulement sur la santé publique mais aussi sur l’environnement et l’économie. On m’a dit: «Tu vas te faire assassiner»…





Tags: Stress au travail, Michel Guillemin, santé,

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