Le soleil n’est pas encore levé ce jeudi 11 février 2010. Surgies des nombreux minarets plantés dans toute la Suisse, des voix appellent à la litanie. «L’argent est grand et la banque est son prophète.» Dès 7 heures, une sacrée bonne nouvelle se répand dans les cœurs, comme les graines d’un chapelet lumineux: Credit Suisse va bien. Ouf, nous sommes sauvés! La journée s’annonce radieuse. La veille, à la une des gazettes, les exégètes n’en menaient vraiment pas large. Il était question de secret bancaire en déliquescence. L’avant-veille, on glosait sur une UBS toujours plus désertée par ses fidèles. A moins que cela ne fût le jour d’avant. Ou le jour d’après. The Day after Tomorrow. Ma mémoire s’embrouille. Je devrais sans tarder accomplir mon pèlerinage annuel à Wall Street, penser à faire un don à la Croix-Rouge, déductible des impôts bien sûr, et aussi jeûner, nourri par cette conviction: «L’argent est grand et la banque est son prophète»… Non, c’était un rêve! Etirement. La voix n’était que celle transmise par mon réveille-matin, les exégètes n’étaient que des analystes financiers. Pas de minaret à l’horizon. L’invasion tant redoutée par certains en cachait une autre, omniprésente. Et mon âme, ce matin-là, n’était pas concernée, comme tous les matins d’ailleurs. Où s’en était-elle allée? Loin d’ici? Pourquoi avait-elle fui? Au vrai, elle était en quête d’une toute autre bonne nouvelle. Et pour la saisir, elle était partie se réfugier en poésie centrale…
L’ARGENT EST GRAND ET LA BANQUE EST SON PROPHÈTE
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