Economie
L’Azerbaïdjan mise sur Genève

Par Clément Bürge - Mis en ligne le 21.12.2011 à 15:11

En plein boom grâce à l’argent du pétrole, l’Azerbaïdjan veut devenir un acteur clé de l’approvisionnement énergétique mondial. Pour mener à bien cette stratégie d’expansion, ce petit Etat autocratique d’Asie centrale a choisi Genève comme tête de pont. Enquête.

Les automobilistes suisses ne le savent pas encore, mais Esso appartient au passé. D’ici à la fin 2012, l’ornement rouge de ses stationsservices aura été recouvert par le blanc immaculé de Socar, qui n’est autre que la société nationale de pétrole d’Azerbaïdjan. Une compagnie inconnue du grand public, mais que les traders genevois, eux, connaissent bien. Voici quatre ans, les Azéris ont établi leur siège mondial pour le négoce, Socar Trading, au bout du lac. Partie de rien, la société explose.

A Genève, les Azéris voient grand. Car il s’agit d’alimenter la maison mère, dont l’importance est cardinale pour le pays. Dans le sous-sol azéri gorgé de pétrole et de gaz, Socar – l’acronyme de State Oil Company of Azerbaijan Republic - emploie 80 000 personnes directement et 300 000 à travers ses filiales.

De par son statut de compagnie nationale, elle dépend directement du président Ilham Aliev, lui-même ancien vice-président de la société. Socar intrigue jusqu’à la secrétaire d’Etat américaine en personne, Hillary Clinton, qui a demandé, dans un câble diplomatique publié sur Wikileaks, une radiographie complète de l’entreprise.

Que cherche à faire Socar en Suisse ? Quels sont ses liens avec le clan Aliev? Quels sont les intérêts suisses à se compromettre avec ce régime, que beaucoup considèrent comme une dictature? Plongeon dans l’univers azéri genevois.

La conquête genevoise. Fin 2007, quatre Azéris s’installent au coeur de la Cité de Calvin, avec pour objectif de tisser leur toile. Ils rejoignent alors un Russe, Valery Golovushkin. Dans le milieu, la réputation de l’homme n’est pas à refaire, son expérience le précède. Plus de 25 ans de carrière, comme expert pétrolier pour l’URSS puis comme viceprésident chez Lukoil, le plus grand producteur russe de pétrole.

Le hub genevois lui est familier, tout comme les banques de la place, très actives dans le négoce. BNP Paribas, leader du secteur, finançait jadis près de 80% du négoce pétrolier soviétique.

L’idée de fonder une nouvelle société à Genève est née à Bakou. Rovnaq Abdullayev, le président de Socar en Azerbaïdjan et un intime du président Ilham Aliev, approche Valery Golovushkin, dont les connexions dans l’arc lémanique semblent indispensables.

Socar Trading est créée à Genève à la fin décembre 2007, détenue à 51% par la maison mère à Bakou, les 49% restants étant répartis entre les top-managers, dont Valery Golovushkin, qui détiendrait aujourd’hui 10% des parts. Objectif de la compagnie: vendre le brut produit en Azerbaïdjan, soit environ 1 million de barils par jour.

Et les résultats sont au rendez-vous. De 5 personnes au départ, la société en emploie désormais 86 à Genève. Tour à tour, elle rachète les étages de l’immeuble où elle s’est installée, rue de Villereuse 22. Aujourd’hui, elle en occupe 5 sur 7, dont l’ancien bureau du banquier Edouard Stern, assassiné en 2005.

Socar Trading s’étend aussi internationalement, ouvrant des bureaux à Singapour et Dubaï, employant au total 110 personnes. Et son chiffre d’affaires explose: de 19 milliards de dollars en 2010, il grimpe à 38 milliards en 2011.

Dans son bureau, Valery Golovushkin, cigare à la bouche, affiche ses ambitions dans la pleine puissance de son accent russe: «Nous voulons faire partie du Top 5 des sociétés de négoce dans le monde.» Parmi elles, se trouvent des compagnies déjà largement présentes en Suisse comme Trafigura, Vitol, ou Glencore, des titans aux chiffres d’affaires qui oscillent entre 75 et 200 milliards de francs.

Pour rejoindre la cour des grands, Socar Trading achète et vend de l’or noir de tous les horizons – 40% des revenus de la société proviennent aujourd’hui du pétrole non azéri. La société exploite au maximum les avantages de la place genevoise et se balade dans les autres sociétés comme dans un supermarché, débauchant les meilleurs traders.

Toute l’équipe de spécialistes en Afrique de l’Ouest d’Addax & Oryx est recrutée, tout comme celle en carburant de chez Total. «Ils savent ce qu’ils veulent. Ils y mettent les moyens, dit Alexis*, un négociant genevois proche de Socar. Leurs salaires sont parmi les meilleurs de la place.»

Les yeux et les bras de Bakou. Très discret jusque-là, le développement de Socar Trading prend une nouvelle dimension le 17 novembre 2011. Ce jourlà, un communiqué de presse annonce le rachat des activités suisses du géant américain Esso, qui incluent notamment 170 stations-services. Instantanément, l’entreprise rassure les 880 employés d’Esso en Suisse. Personne n’est licencié. Au contraire, les équipes seront renforcées. Vingt millions de francs supplémentaires seront même investis.

Dès la fin 2012, le logo de Socar sera placardé sur les routes helvétiques. Les stations s’annoncent luxueuses. Blanc immaculé, au look Apple, les iStations offriront tout type de services. «Une poste, un vrai supermarché, un espace réservé aux enfants, tout sera mieux», dit Zaur Gahramanov, 29 ans, le vice-président de Socar Trading et responsable de l’opération. Discret et réfléchi, ce dernier n’est autre que le fils de Tofiq Gahramanov, viceprésident de Socar, la maison mère en Azerbaïdjan.

Mais à quoi rime cette stratégie d’expansion fracassante? «Ces stations-monservices ne rapportent rien, ce n’est qu’une question d’image», lance Alexis. Mais Zaur Gahramanov justifie: «Socar a l’ambition de devenir la compagnie pétrolière principale entre Genève et Bakou.

Socar Trading est là pour l’assister. Ici, nous sommes les yeux et les bras de la société basée à Bakou.» En d’autres termes, Socar cherche à acheter et contrôler toute la chaîne de production, des champs de pétrole aux stationsservices, en passant par les raffineries. Après avoir racheté des stationsservices en Géorgie, Ukraine, Roumanie, Turquie et Suisse, ses yeux se portent sur le reste de la Méditerranée, Italie en tête.

Depuis quelques semaines, des rumeurs circulent sur un possible rachat par Socar du groupe libyen Tamoil et de sa raffinerie de Collombey (VS). Zaur Gahramanov refuse tout commentaire à ce sujet, avant d’ajouter que «de façon générale, toutes les opportunités sur le marché suisse nous intéressent». Philippe Cordonier, représentant romand de l’Union pétrolière suisse, estime qu’un tel rachat serait «un réflexe tout à fait logique».

En 2010, l’Azerbaïdjan était déjà le second fournisseur de brut de la Suisse pour un montant total de 1 milliard de francs (31,6% des importations de brut), derrière le Kazakhstan (33,3%) et devant la Libye (17,4%). En 2011, les livraisons de pétrole azéri ont fléchi. Mais en mettant la main sur une raffinerie comme celle de Tamoil – l’une des deux seules en Suisse, avec celle de Petroplus à Cressier (NE) – ce chiffre devrait augmenter à nouveau. «En reprenant Tamoil via Socar, l’Azerbaïdjan opterait pour une stratégie de contrôle sur toute la chaîne de production, similaire à celle que la Libye poursuivait à l’époque», ajoute Philippe Cordonier.

Dubaï de la Caspienne. Socar réussirat- elle à se convertir en un géant de l’industrie pétrolière? Ce n’est pas que le destin de l’entreprise qui est en jeu, mais celui d’un peuple entier. «L’économie azérie, c’est Socar», explique Toghrul, un Azéri qui travaille dans les matières premières à Genève. En Azerbaïdjan, la compagnie nationale pétrolière emploie plusieurs centaines de milliers de personnes et contrôle la majeure partie de l’économie du pays.

Historiquement, l’Azerbaïdjan est le berceau de l’industrie pétrolière mondiale, là où tout a commencé. Pilier énergétique dès le XIXe siècle, il produit près de la moitié de l’or noir de la planète au début du XXe. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’URSS y puise même 95% de ses ressources pétrolières, convertissant Bakou en cible prioritaire pour Hitler. Après une perte de l’importance de cette région à la suite de la découverte des champs sibériens, le pétrole, ce sang qui coule dans les veines des Azéris, s’est réchauffé ces dernières années.

Grâce à l’envolée du prix du baril dès 2003 – passant de 25 dollars à plus de 140 dollars en 2008 –, le pays s’est transformé en Dubaï du Caucase. Depuis 2004, le taux de croissance moyen du PIB est de 21% par an, avec un pic à 35% en 2006. «A Bakou, tout a changé», raconte Toghrul. Les hôtels cinq étoiles, restaurants de luxe et autres complexes délirants fleurissent. La ville s’est modernisée à une vitesse affolante. Des changements accompagnés d’une surdépendance aux hydrocarbures, qui représentent aujourd’hui près de 75% du PIB azéri, et 93% de ses exportations.

Gangréné par la corruption. Mais une tenace corruption a accompagné l’arrivée des pétrodollars. Dans son dernier classement, Transparency International place l’Azerbaïdjan 143e sur 182 pays. Selon l’International Crisis Group, les pots-de-vin y sont considérés comme «une simple taxe qui fait partie du coût de la vie».

Une situation d’impunité envers l’élite qui mène l’ambassade des Etats-Unis à affirmer dans un câble datant de janvier 2010 et publié sur Wikileaks: «L’Azerbaïdjan fonctionne aujourd’hui comme l’Europe au Moyen Age: un petit nombre de familles, toutes reliées entre elles, contrôlent des régions entières du pays et des pans complets de l’économie nationale.»

Dans un rapport pour la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, le Comité azéri pour les droits des travailleurs de l’industrie du pétrole écrivait en 2003 que Socar, en tant que compagnie d’Etat, serait «le pivot central de la corruption en Azerbaïdjan».

Sa filiale basée à Genève, Socar Trading, participerait-elle à des activités de ce type? Zaur Gahramanov balaie ces accusations d’un revers de main. «Aujourd’hui, notre société respecte le droit suisse et nous sommes soumis à des audits. Socar participe activement à la EITI - l’initiative pour la transparence dans les industries extractives – et rend publics tous ses revenus.»

"L’AZERBAÏDJAN N’EST CERTES PAS UN MODÈLE DÉMOCRATIQUE, MAIS CE N’EST PAS PIRE QUE LORSQUE LA SUISSE A COMMERCÉ AVEC LE RÉGIME DE L’APARTHEID." Guy Mettan, président du Grand Conseil genevois

La Suisse joue le jeu. A la fin octobre 2011, le conseiller d’Etat genevois Pierre-François Unger a emmené une délégation d’une quarantaine d’hommes d’affaires à Bakou, sous l’égide de la promotion économique genevoise. Rencontre d’entrepreneurs locaux, comme le président de Socar Rovnaq Abdullayev, cocktails, discussions, tout était fait pour resserrer les liens entre les deux régions.

«Au moment où la Suisse est dans une mauvaise passe et où ses partenaires traditionnels comme l’Allemagne ou la France nous lâchent, nous avons besoin de trouver de nouveaux alliés, explique Guy Mettan, président du Grand Conseil genevois et l’un des organisateurs du voyage. Ils installent une société avec un chiffre d’affaires de plus d’une trentaine de milliards de francs. Il faut leur faire comprendre que nous apprécions ce geste.»

Le renforcement des liens entre les deux pays se veut d’une logique réaliste implacable. D’une part, l’Azerbaïdjan exporte son pétrole vers la Suisse – environ 1 milliard de francs en 2010. D’autre part, les exportations suisses vers l’Azerbaïdjan ont explosé ces dernières années, progressant de 38% en 2010 et de 70% durant les dix premiers mois de 2011, selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Les principales marchandises exportées par la Suisse appartiennent à la catégorie «instruments de précision, montres et bijouterie», qui compte pour près de la moitié des quelque 200 millions de francs d’exportations vers l’Azerbaïdjan attendues en 2011.

Ces résultats sont le fruit d’un travail diplomatique intense. La Suisse a multiplié la signature d’accords bilatéraux (huit traités signés entre 2006 et 2010 contre trois entre 1992 et 2006), les visites présidentielles (Pascal Couchepin en 2008, Micheline Calmy-Rey en 2011) et a ouvert une ambassade à Bakou en 2007. Une relation que le DFAE qualifie d’«excellente», encore renforcée par la collaboration dans le cadre de l’Helvétistan, ce groupe de pays d’Asie centrale que la Suisse représente au conseil d’administration du Fonds monétaire international.

Certaines entreprises suisses sont aujourd’hui des acteurs clés de l’économie azérie, comme Holcim, qui a déjà investi 400 millions de francs et fournit actuellement près du tiers du ciment du pays. La société zurichoise EGL, une filiale d’Axpo, cherche à participer à la construction d’un gazoduc transadriatique au départ de l’Azerbaïdjan.

Mais les Helvètes ne sont pas les seuls à se précipiter dans la valse diplomatique. D’un côté, les Russes se battent pour conserver le contrôle de leurs anciens satellites, quitte à utiliser la force comme dans le cas géorgien en 2008. Pour renforcer cette maîtrise, Vladimir Poutine a annoncé son souhait de créer une union eurasiatique, incluant les anciens satellites soviétiques, comme l’Azerbaïdjan.

De l’autre, les Européens se précipitent pour gagner les faveurs du clan Aliev, alléchés par la perspective de diversifier leurs ressources énergétiques. Car, si le pétrole azéri risque de s’assécher d’ici à 10 ans, son gaz fait foison. Une fois le projet d’exploitation du champ gazier Shah Deniz II achevé en 2017, l’Azerbaïdjan fournira près de 10% du gaz européen. Quant aux pipelines azéris, ceux-ci permettent de faire transiter le pétrole des pays d’Asie centrale vers l’Europe sans passer par la Russie.

Comme Kadhafi? Quand les pays occidentaux fricotent avec des régimes autoritaires, ce n’est jamais dépourvu de risque: le printemps arabe a mis en avant ce jeu d’équilibriste. Car de nombreuses zones d’ombre entourent le président Aliev et sa famille, sa femme Mehriban et ses filles Leyla et Arzu.

Des journalistes du Washington Post ont découvert en mars 2010 des propriétés à leur nom d’une valeur de 75 millions de dollars (soit 330 fois son salaire), qui auraient par exemple été localisées à Dubaï. Selon Radio Free Europe/Radio Liberty, la famille posséderait plusieurs compagnies nationales, au travers de sociétés-écrans offshore. Un homme d’affaires suisse, Olivier Mestelan, figure comme administrateur de certaines de ces compagnies basées au Panamá, aux côtés des filles du président azéri (lire ci-contre).

Pragmatisme helvétique. Confronté à cette question délicate en lien avec l’Azerbaïdjan d’Ilham Aliev, le DFAE explique accorder de l’importance aux «questions touchant aux droits humains», thème qui serait abordé «régulièrement» lors des entretiens bilatéraux entre les deux pays.

L’heure est au pragmatisme pour les autorités suisses qui, à l’image de Pierre-François Unger, estiment que «les échanges avec l’extérieur permettront aux pays comme l’Azerbaïdjan de s’ouvrir et de se moderniser». Certains s’agacent des éternels clichés qui collent aux ex-républiques soviétiques. Alain Guidetti, ancien ambassadeur suisse à Bakou, questionne: «D’autres sociétés pétrolières de l’ex-URSS sont aussi en Suisse.

Pourquoi alors pointer du doigt Socar?» A Genève, Guy Mettan explique: «Socar est contrôlée comme toutes les autres sociétés en Suisse, je ne vois pas en quoi elle devrait être plus suspecte que les autres. L’Azerbaïdjan n’est certes pas un modèle démocratique, mais ce n’est pas pire que lorsque la Suisse a commercé avec le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud.»

Quoi qu’il en soit, l’avenir de Socar à Genève dépend aussi de facteurs politiques. En avril dernier, Bakou a connu un embryon de «printemps arabe», qui a vu des manifestants s’opposer au gouvernement d’Ilham Aliev. Ecrasées par les forces de l’ordre, près de 200 personnes ont été arrêtées, une vingtaine condamnées à plus de 10 ans de prison. Le mouvement s’est, depuis, affaibli. Alexis prévient: «Il est clair que si le régime s’effondre, tous les Azéris de la société quitteront Genève.»

Autre question en suspens: Socar vat- elle réussir à devenir un géant mondial de l’énergie, conformément aux ambitions de son président,Valery Golovushkin? Le pic de production pétrolière azéri devrait être atteint en 2015, et peu à peu se réduire, jusqu’à s’épuiser aux environs de 2025. En relevant le défi de l’expansion et en diversifiant ses sources d’approvisionnement, le pays mise sur un développement de son entreprise nationale.

Néanmoins, à Genève, les doutes pèsent sur son potentiel. A la corruption qui gangrène le pays s’ajoutent des problèmes d’ordre structurel. «Ils ont des énormes réserves financières, explique un connaisseur de la société. Mais la compagnie est bloquée dans une ère post-soviétique.

Le système est ultravertical, seules trois ou quatre personnes peuvent prendre des décisions, et Bakou donne énormément de directives. Sans modernisation, ils ne pourront pas atteindre leurs objectifs.» Un défi de taille, dont l’issue se jouera ces prochaines années sur les rives du Léman.

* prénom d’emprunt


Azerbaïdjan

ÉTAT AUTORITAIRE République de 8,3 millions d’habitants, l’Azerbaïdjan est dirigé par le président Ilham Aliev, qui a succédé à son père Heydar au décès de ce dernier en 2003. Sa réélection en 2008 aurait été entachée d’«irrégularités», selon l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 93,4% de la population est musulmane, dont environ 85% de chiites.

BOOM ÉCONOMIQUE Grâce à ses ressources énergétiques, son PIB a connu une croissance annuelle moyenne de 21% entre 2004 et 2010. Le gaz et le pétrole représentent 75% de son PIB de 90,8 milliards de dollars en 2010, et constituent 93% de ses exportations.

UN PARTENAIRE CLÉ POUR LA SUISSE L’Azerbaïdjan s’est récemment converti en un partenaire énergétique clé pour Berne, fournissant 31,4% des importations suisses de pétrole brut en 2010. De seulement 37 millions de francs en 2007, le montant des importations en provenance d’Azerbaïdjan (composées essentiellement de pétrole brut) est passé à près d’un milliard de francs en 2010. En outre, la Suisse a exporté pour 142 millions de francs de biens et services vers l’Azerbaïdjan en 2010, un chiffre en forte hausse ces dernières années. Près de la moitié de ces exportations font partie de la catégorie «instruments de précision, montres et bijouterie».

«HELVÉTISTAN» Sur le plan diplomatique, la Suisse et l’Azerbaïdjan collaborent dans le cadre de l’«Helvétistan», une coalition de pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale que la Suisse représente au conseil d’administration du Fonds monétaire international.


Le Suisse de l'ombre

Proche du clan Aliev, cet homme d’affaires intrigue.

Qui est ce mystérieux homme d’affaires helvétique? C’est la question que Hillary Clinton pose à son ambassade dans un câble diplomatique daté du 16 février 2010 et publié sur Wikileaks. La secrétaire d’Etat cherche à comprendre les liens et les rivalités entre les différents clans de l’élite azérie. Le Suisse figure en deuxième position d’une liste de 23 personnalités influentes, en compagnie par exemple de Ramiz Mehdiyev, un homme clé du régime surnommé le «cardinal gris», et de l’épouse d’Ilham Aliev, Mehriban Alieva.

Le registre du commerce genevois nous apprend qu’Olivier Mestelan se trouve à la tête d’une société financière nommée Privaxis, basée à Genève. Aucun site internet, ni d’autre information publique n’existe sur cette société.

Des articles publiés par Radio Free Europe/Radio Liberty le dépeignent comme un proche de la famille présidentielle, qui agirait comme conseiller financier. Son nom apparaît dans le conseil d’administration de trois sociétés basées à Panamá, dans lesquelles se trouvent également les noms des filles d’Ilham Aliev, Leyla et Arzu. Selon Radio Free Europe/Radio Liberty toujours, ces compagnies, Gladwin, Hughson et Grinnell, seraient propriétaires de la société azérie Azerfon, active dans les télécommunications.

Le magazine Baku, publié à Moscou par Leyla Alieva, fille du dictateur, présente Olivier Mestelan comme un collectionneur d’art, fondateur d’une galerie à Bakou. Contacté par L’Hebdo, l’homme d’affaires a expliqué que «de par la discrétion exigée dans le cadre de son activité professionnelle», il ne pouvait pas s’exprimer sur ses activités et sur ses liens avec la famille Aliev.

L’ambassade de Suisse à Bakou a refusé de répondre à nos questions concernant Olivier Mestelan, précisant que «la législation suisse ne permet pas aux représentations officielles à l’étranger de donner des informations sur des citoyens suisses».

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