L'Hebdo;
2005-01-06 Miyazaki au pays des merveilles
Dessin animé L'enchanteur de «Chihiro» lance un nouveau sortilège, «Le Château ambulant». Toujours plus loin, toujours plus beau.
La grande fille est sortie du cinéma les yeux pleins de lumière. Elle s'est pourtant sentie obligée de demander: «Est-ce que les enfants vont comprendre?». Elle faisait allusion à la complexité des thèmes, des symboles et de la narration caractérisant Le Château ambulant. Elle oubliait que l'imaginaire des enfants n'est pas sclérosé comme celui des adultes. Ils croient encore à la magie. La métamorphose, qui est une des lois fondamentales de l'univers de Miyazaki, leur semble très naturelle. Bien sûr qu'ils vont comprendre, chère amie, comme ils ont compris et adoré Princesse Mononoke (17 millions d'entrées) ou Le Voyage de Chihiro (22 millions). Le cinéaste japonais est un magicien qui parle une langue universelle. Il a d'ailleurs conçu son film «pour les jeunes filles de 60 ans».
Les enfants adoreront le château ambulant, ce conglomérat steam punk d'encorbellements, de pistons, de cheminées, d'agrès, de poutrelles et de soupapes formant un gros scarabée planté sur quatre pattes de poulet. Cet insecte brinquebalant traverse des paysages grandioses en exhalant ses jets de vapeur, se déglingue, finit en échassier bancal. Ils aimeront Calcifer, le démon du feu, qui fait tourner les machines, mais risque de mourir, se ratatine et se cramponne à sa dernière bûche, et Navet, l'épouvantail sautillant sur sa hampe, et Hauru le jeune premier qui se change en oiseau de nuit. Ils frémiront lorsque la Sorcière des Landes, cette diva goitreuse, jette un sort terrible à Sophie: la vieillesse. Passant de 18 à 90 ans, l'héroïne va devoir trouver un sens à sa vie.
Avec leur bagage culturel, les spectateurs plus âgés noteront que Miyazaki adapte Le Château de Hurle, un roman anglais de Diana Wynne Jones, qui donne au film sa tonalité européenne. Ils relèveront que le maître a de nouveau déployé dans le ciel ces machines volantes qu'il aime tant (voir Porco Rosso, Le Château dans le ciel). Ils observeront qu'à la manière du Munchhausen de Terry Gilliam, Sophie rajeunit parfois, quand la joie ou l'espoir descendent sur elle; que Hihn, le canidé à look de chenille, doit être cousin avec le Pollux du Manège enchanté; que les soldats ont l'air échappés du Pepperland, jadis exploré par les Beatles à bord de leur sous-marin jaune...
Deux étoiles à Paris Petits et grands se retrouveront, éblouis par tant de grâces et d'inventions. Ensemble, ils iront à Paris, où Miyazaki a opéré sa jonction avec Jean «Moebius» Giraud. Le choc des titans: Totoro rencontre Blueberry, Nausicaä découvre l'Incal... Le demi-dieu de l'animation japonaise et la superstar de la bande dessinée française se vouent une admiration mutuelle. Miyazaki a ressenti un grand choc avec Arzach, qui a influencé toute son oeuvre depuis 1980, il pense qu'une «étoile filante est tombée» sur Moebius... En exposant leurs dessins, les deux maîtres montrent qu'en dépit des milliers de kilomètres qui séparent la France du Japon, ils appartiennent au même pays. Celui des merveilles, dont Lewis Carroll nous a légué la clé. |Antoine Duplan
Le Château ambulant. De Hayao Miyazaki. Japon, 1 h 59.
Paris. Hôtel de la Monnaie (11, quai Conti). Jusqu'au 31 mars. www.miyazaki-moebius.com
Le château Ambulant Un gros scarabée pour séduire petits et grands.
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