Le 28 septembre, le Conseil des Etats entérinera ou non, ou avec conditions, la sortie du nucléaire, décidée ce printemps par le Conseil fédéral et le Conseil national. Une étape que Hans Björn Püttgen suivra de près, lui qui «n’aime pas regarder en arrière».
Directeur de l’Energy Center de l’EPFL, il est devenu un expert incontournable des questions énergétiques, tant sous l’angle scientifique que technologique. Mais aussi économique – il est membre d’associations regroupant les industriels du secteur – et même politique, puisqu’il participe à diverses commissions cantonales, nationales et internationales. Ces multiples casquettes, cet homme de 63 ans les doit d’abord à ses compétences, à sa détermination et à son énergie.
Né en Suède et arrivé en Suisse avec sa famille à la fin des années 60, il est titulaire d’un double diplôme, d’ingénieur en électricité de l’EPFL et de HEC. Sa notoriété, il la doit aussi à sa longue carrière aux Etats-Unis, durant laquelle il a notamment été professeur au célèbre Georgia Institute of Technology (Georgia Tech), ce qui lui a permis de tisser un solide réseau international.
«Optimiste incurable», Teddy, comme l’appellent ses amis, est un être cordial et chaleureux dont ses collègues vantent le pragmatisme et les qualités humaines. Lui-même se définit comme un «homme de contact et de dialogue». On le croit volontiers.
Ses refuges
SA FEMME Ils se sont connus à 15 ans, mariés à 20 et sont «toujours ensemble». Son épouse Christine, «partenaire de toute sa vie adulte», est pour lui «une boussole» qui l’aide à «retrouver le nord dans les moments difficiles. Elle me tape sur la tête quand j’ai les chevilles qui gonflent et m’embrasse quand le besoin s’en fait sentir.»
LA VOILE Il a navigué sur de nombreuses mers du globe. «Le seul moment où je suis totalement décontracté, c’est lorsque je suis sur un bateau.» Il rêve «de faire le tour du monde sur un sloop de 40 pieds». En attendant d’en avoir le temps, il pratique le golf, qui est «un exercice de la vie, parce qu’il n’y a que vous à blâmer».
Ses bêtes noires
Cet «optimiste incurable» a choisi «d’ignorer (ses) ennemis». Toutefois, il précise qu’il «n’aime pas les gens qui croient tout savoir, qui refusent d’écouter, qui ne s’entourent que de collaborateurs qui abondent dans leur sens et qui décident en vase clos».
Ses inspirateurs
SON PÈRE Ingénieur et entrepreneur, Hans Hubertus Püttgen «regardait toujours devant lui, jamais derrière». De cet homme, «toujours très courtois avec tout le monde», son fils a appris «que chaque membre d’une équipe est important. Quand j’engage des gens, je leur dis que je travaille avec eux et qu’ils ne travaillent pas pour moi.»
JACQUES FAUDON Avec cet ingénieur français, à l’époque premier adjoint au maire de la ville de Metz, il a «imaginé, conçu et réalisé le Georgia Tech Lorraine», qui a été le premier campus international de l’institut américain de technologie. Il a été «profondément marqué par la vision de cet homme, sa très grande courtoisie, l’élégance de son langage, son respect des gens et sa droiture».
JACQUES ROGNON En tant que membre du Conseil des écoles polytechniques fédérales (EPF), l’ex-président du groupe énergétique neuchâtelois ENSA-GANSA a insisté, en 2003, pour «qu’il y ait une véritable coordination dans le domaine de l’énergie» au sein des deux hautes écoles. Il est donc à l’origine de la création de l’Energy Center de l’EPFL dont il préside l’Advisory Board. Hans Björn Püttgen est un «excellent connaisseur du domaine énergétique et de ses relations avec l’industrie, souligne Jacques Rognon. Il est un bon vulgarisateur et défend des positions réalistes dans un contexte souvent émotionnel.»
GEORGES MARSHALL Le général américain fut l’un des principaux conseillers et stratèges du président Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale. «C’est lui qui a conduit les forces alliées vers la victoire.» Après le conflit, il fut aussi à l’origine du célèbre plan qui porte son nom et qui a permis la reconstruction de l’Europe. Hans Björn Püttgen admire cet homme «totalement hors norme» et qui était «d’une extrême modestie».
Son réseau scientifique
WILLIAM SAYLE Ce professeur, aujourd’hui décédé, qui fut son collègue à Georgia Tech, est «la personne qui a le mieux compris ce que doit être la formation d’un ingénieur. En outre, il a su formuler ses idées et les communiquer aux dirigeants universitaires du monde entier.» Avec lui, il a élaboré des «programmes de double diplôme» d ’ ingénieur, amér icain et européen.
MICHAEL GRÄTZEL ET MINH QUANG TRAN Ces «éminents collègues» à l’EPFL sont «passionnés par leurs quêtes, centrées sur l’énergie qui nous vient du soleil». Michael Grätzel élabore des cellules photovoltaïques, alors que Minh Quang Tran est un spécialiste de la fusion thermonucléaire. «Etre “Monsieur Energie” au sein de l’EPFL est un défi sur tous les plans: ceux de la science et de la technique, mais aussi de la communication, souligne Minh Quang Tran. Il faut aussi avoir le talent de rassembler des personnalités fortes, ce qui revient à mettre ensemble des prima donna dans le même opéra!»
ALEXANDER WOKAUN Le directeur du département de recherche énergétique du PSI (Paul Scherrer Institut) travaille avec lui dans le cadre du comité de direction du Centre de compétence énergie et mobilité du domaine des EPF. «Hans Björn Püttgen cherche toujours des solutions efficaces, nécessitant un minimum de bureaucratie. En outre, il fait toujours preuve de bonne humeur.»
Son réseau politique
JEAN-MICHEL CINA Le président du Conseil d’Etat valaisan «a compris les opportunités que l’énergie représente pour son canton. Il a lancé un vaste programme de recherche et développement dont l’ambition est de positionner le Valais à la pointe du développement économique dans l’énergie.»
JACQUES BOURGEOIS Le président de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national «a, dans le domaine de l’énergie, un discours politique sobre, non émotionnel et qui tient compte des réalités», dit Hans Björn Püttgen. Jacques Bourgeois (PLR/FR) lui renvoie le compliment, en louant le «pragmatisme» du professeur de l’EPFL, un scientifique «avec qui il fait bon échanger».
LUC RECORDON Il «ne connaît pas bien» le conseiller aux Etats (Verts/ VD). Mais il «apprécie son discours écologique au sein duquel sa formation scientifique imprime un réalisme et une rigueur qui font de lui un interlocuteur constructif».
Son réseau industriel
PIERRE-ALAIN URECH Il rencontre régulièrement le CEO de Romande Energie, devenu «un ami», dans diverses commissions et congrès. «Nous nous voyons aussi en bilatéral pour échanger tant sur les options fondamentales concernant l’avenir énergétique de notre pays que sur des questions techniques, précise Pierre-Alain Urech. De nature chaleureuse, ce brillant scientifique sait expliquer de manière simple les enjeux du futur.»
JOHN ESTEY Il apprécie le CEO de S&C Electric Company à Chicago, un homme «très engagé dans sa compagnie, mais aussi dans sa communauté, notamment dans son église». Le CEO américain loue les compétences techniques et le sens de la vulgarisation de Hans Björn Püttgen; il le considère aussi comme «un véritable visionnaire dans le domaine de l’électricité».
KURT ROHRBACH Le directeur général de FMB (Forces motrices bernoises) et président de l’Association des entreprises électriques suisses est un homme «multifacette» avec qui il partage une passion pour l’opéra. «Lorsque nous nous voyons, nous parlons des spectacles que nous avons vus.»
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