Que ceux qui voient dans la 22e édition de l’ancien Festival du rire, du 1er au 5 décembre prochains, une simple foire à la «poilade» passent leur chemin. Car le Montreux Comedy s’impose plus que jamais dans le monde (très sérieux) du rire. Il tend d’ailleurs à devenir Le rendez-vous de la branche, une sorte de Festival de Cannes du comique.
«Je veux que le Montreux Comedy soit à la pointe de l’humour et présente ce qui sera grand public dans cinq ans», explique son toujours bouillonnant président fondateur Grégoire Furrer. «J’aurais pu, sans trop me fatiguer, faire une semaine de festival avec Jamel et Gad Elmaleh rejouant le spectacle qu’ils donnent partout ailleurs; ça aurait bien marché» ajoute-t-il.
Le nouveau comique n’est plus constitué uniquement de sketchs au théâtre; la télévision et le web jouent un rôle immense et le Montreux Comedy n’a pas l’intention de rater cette tendance: «Nous sommes les premiers à reconnaître l’importance et le talent de la comédie sur le Net», déclare Grégoire Furrer, que l’on appelle désormais «l’ami du web».
Applaudira-t-on des comiques virtuels sur grand écran au Montreux Comedy? Non. Grégoire Furrer ne cherche pas à placer ces nouveaux talents sur scène, mais souhaite «attirer ces créateurs, ainsi que leur public, dans le festival, tout en préservant leur mode d’expression».
Récompenses. Au programme, une cérémonie de remise des prix à l’américaine pour des productions humoristiques multimédias internationales, soit les Montreux Comedy Awards: meilleur sketch-show (les Scènes de ménages, nominées), meilleure sitcom (dont Friday night dinner et T’es pas la seule!), meilleur programme spécial, meilleure comédie sans parole, meilleure comédie online, meilleure série web française (Norman fait des vidéos, Hugo tout seul, 10 minutes à perdre, notamment).
En plus des Awards, le rôle de web resident, sorte d’invité d’honneur du festival, a été attribué à l’équipe de Palmashow, connue pour ses parodies de films cultes.
«Les créateurs humoristiques du Net, se sentant reconnus par le Montreux Comedy, parleront du festival sur leur site ou via leurs réseaux sociaux», relève Grégoire Furrer, flairant le bon coup de pub. On regrette tout de même que le Montreux Comedy, qui souhaite être une référence en matière d’humour web, ait loupé la série Bref de Kyan Khojandi, qui cartonne sur Canal+ et sur l’internet depuis la rentrée.
Marché au rire. A l’ombre du grand public, la partie business: le Montreux Comedy Market. Ce forum réunira «toutes les personnes s’intéressant à la création professionnelle et à la diffusion de comédies», et promet des «opportunités de business» juteuses. Un modèle qui s’inspire du marché des films qui réunit chaque année des milliers de professionnels sur la Croisette à l’occasion du Festival de Cannes.
Des créateurs de contenu (aussi bien des artistes que des réalisateurs ou des concepteurs) serreront la pince à des producteurs, qui plaisanteront avec des diffuseurs (la TSR, France 4, Orange, Dailymotion, YouTube seront présents), tandis que des sociologues et des analystes définiront les tendances de l’humour et du marché. En tout, 400 professionnels de l’humour y sont attendus.
Grégoire Furrer est convaincu du succès du Comedy Market: «Globo TV, les producteurs brésiliens de The Bold Buddies, se déplacent à 27. Je ne crois pas qu’ils prendraient la peine de venir si nombreux s’ils ne pensaient pas que les enjeux étaient importants.»
Les innovations de cette 22e édition du festival sont loin d’être l’aboutissement du Montreux Comedy. Grégoire Furrer est enthousiasmé par la perspective d’un rayonnement international. Il évoque déjà les trois prochaines étapes du festival: une scène anglophone, une catégorie cinéma incluse dans les Montreux Comedy Awards et des screanings, soit tous les programmes web et TV du festival visibles sur grand écran.
Mais que les adeptes de la scène défroncent les sourcils: ils pourront applaudir de leur fauteuil les nouvelles graines de comédiens que sont Noman Hosni, Arnaud Tsamère, Chris Esquerre ou encore Olivier de Benoist, ou quelques pousses moins fraîches comme Chantal Lauby, Jean-Luc Lemoine et les Chevaliers du fiel, lors des soirées de gala, également retransmises à la télévision.
Au programme
Les coups de coeur
ONE MAN SHOW 2 décembre: Noman Hosni, Sortez de ma tête. Le comique mi-tunisien mi-irakien qui incarne la swiss attitude, à savoir remercier d’un petit signe de tête le chauffeur poli qui le laisse traverser au passage piéton, raccourcir les phrases et, surtout, «rester cool».
AVANT-PREMIÈRE 4 décembre: projection des deux premiers épisodes de la série TV des Têtes à claques, ces personnages au fort accent canadien qui se sont fait connaître sur l’internet. On se souvient du fameux «Willy Waller two thousand six, éplucheur à patates».
SUR L’INTERNET Come fly with me, une sitcom qui prend le ton du documentaire et tourne en dérision tous les métiers d’un grand aéroport, comme Thommy, qui ambitionne de devenir pilote mais n’arrive pas à tiper «cheeseburger» sur la caisse de son fast-food.
Les webséries de ces comiques de 20 ans qui braquent une webcam sur leur chambre en désordre et font la satire des mecs qui portent des chemises (Norman fait des vidéos), de l’affection d’un coloc (Hugo tout seul) ou, encore, composent un rap pour clasher un détracteur web (Cyprien).
www.montreuxcomedy.ch/
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