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Par Olivier Grivat - Mis en ligne le 29.06.2011 à 10:51 |
Pas facile de diriger les hôtels de Tony Murray, le propriétaire de l’Eden Palace au Lac, du Grand Hôtel Excelsior, de la Villa Toscane, du Royal Plaza (ex-Hyatt) et de la clinique de revitalisation Biotonus Bon Port à Montreux. Et c’est le «roi de l’extincteur» qui met le feu au lac, un comble! Jacques Gaston Murray, dit «Tony», s’est lancé dans l’hôtellerie à Montreux après la Floride: «Mais il ne cherche que les profits, sans se soucier de la réputation de la Riviera», accusent plusieurs acteurs du milieu qui préfèrent toutefois l’anonymat. Cet ancien combattant de la Royal Air Force a dépassé les 90 ans, mais il adore se faire photographier avec de jolies filles lors des fêtes qu’il organise pour la jet set dans sa villa du quartier des milliardaires de Saint-Tropez. On dit que c’est le nouvel Eddie Barclay: «C’est plutôt lui qui a pris ma relève, conteste l’intéressé. Je suis arrivé à St-Trop’ en 1938! Les premières fêtes que Barclay a organisées, c’était pour moi. Je continue à le faire une fois l’an avec 800 à 1000 invités, de la musique, des feux…» En fait de feux d’artifice, conteste un concurrent, «il laisse ses hôtels dépérir, jette ses directeurs à la porte en les faisant condamner et rebaptise “palace” ou “cinq étoiles” des établissements qui ne le méritent pas. Cela nous cause du tort.» Depuis son arrivée en Suisse en 2003, le milliardaire franco-britannique en a viré au moins quatre, dont une femme et B. T., un conseiller communal qui dirigeait l’un de ses hôtels depuis vingt-deux ans. Il l’a fait condamner à 120 jours-amende (avec sursis) pour gestion déloyale, peine confirmée par le Tribunal cantonal. Murray a fait ensuite pression sur l’Association romande des hôteliers, dont B. T. était le trésorier, pour lui retirer la présidence des hôteliers de Montreux Vevey Riviera. Et ce mois-ci, rebelote. Il a fait mettre en prison préventive pour 20 jours H. E., le directeur du Royal Plaza. Que cache cette affaire révélée par 24 heures qui évoque une affaire de ristourne d’une société de nettoyage genevoise? On ne met pas quelqu’un en prison pour une ristourne. Il s’agirait d’une affaire immobilière (d’hôtels) avec de l’argent de provenance «mal définie», selon plusieurs sources. Le «hic», c’est qu’après avoir viré les trois autres directeurs du groupe, H.E. dirigeait seul les hôtels représentant 43% des nuitées 4 et 5 étoiles de Montreux. Il n’y a désormais plus de capitaine à bord à la veille du Festival de jazz. La situation consterne acteurs et promoteurs de la région: «C’est un Fukushima montreusien!, a écrit à la Municipalité un restaurateur qui dénonce le laisser-aller et le laisser-faire. Pourquoi bénéficie-t-il encore du soutien des autorités?» Le roi de l’extincteur. Mais qui est ce «bourreau» des étoiles? Nonagénaire aux cheveux teints, il est toujours dans les affaires, après avoir créé des compagnies incendie en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Autriche et en Suisse sous le nom de London Security. Il a été le propriétaire de Sicli en France, une société vendue à Lagardère en 1990: «Pendant la guerre, j’ai été navigateur dans la RAF avec 38 missions sur chasseur-bombardier Mosquito. J’ai rallié de Gaulle à Londres, à l’âge de 20 ans, en juin 1940», confiait-il dans une interview il y a quelques années. Partageant son existence entre St-Trop’ et Miami, Tony Murray est arrivé au bord du Léman avec un défi en tête: «Résister à l’érosion hôtelière de Montreux. Tous les propriétaires veulent transformer leurs établissements en appartements et faire de la spéculation. Moi, c’est le contraire, expliquait-il en 2007. Avant qu’un hôtel soit transformé en appartements, je cherche les moyens de le conserver. Il est clair que l’hôtellerie ne rapporte pas grand-chose. La condition sine qua non est de grouper les établissements sous une seule direction et réduire les charges.» Ce qu’il a fait avec les résultats que l’on connaît: «Sa stratégie de redresseur de l’industrie a ses limites. Dans l’hôtellerie, il y a le client. Si on le traite mal, il ne revient pas», constate Philippe Thuner, le président de l’Association romande des hôteliers. |









