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BODENMANN-LEVRAT: MATCH NUL
A l’heure où le Parti socialiste (PS) accumule les défaites électorales, l’ancien président Peter Bodenmann a allumé une grosse polémique dans la lettre ouverte qu’il a adressée à Christian Levrat (L’Hebdo N° 11/2009). Sous la Coupole, la grande majorité des camarades prennent fait et cause pour l’actuel président... en concédant que l’ancien n’a pas tout tort. On connaît Peter Bodenmann. Après son départ du Conseil d’Etat valaisan, le Haut-Valaisan n’a jamais pu se contenter d’être hôtelier à Brigue. Pour le grand bonheur de la presse, qui y a trouvé un chroniqueur de talent, un homme de gauche indépendant d’esprit, n’hésitant jamais à enfoncer les dogmes de l’idéologie. «Il a souvent raison, mais il est trop brutal, incapable de faire preuve d’empathie», résume le Zurichois Andreas Gross. Cette fois encore, Peter Bodenmann a blessé ses camarades, d’autant plus que la presse nationale a abondamment relayé ses propos. Même les membres du «dream team» d’alors – ses compagnons de route de l’éclatante victoire électorale de 1995 – prennent leurs distances. L’ancien secrétaire général André Daguet, l’ex-porte-parole Jean-François Steiert et le Grison Urs Haemmerle ont tous trouvé cette attaque «déplacée», voire «superficielle». Le PS a-t-il négligé les questions sociales et environnementales? Christian Levrat balaie ce reproche. Depuis un an, il a recentré le message sur la sécurité sociale, le pouvoir d’achat et l’environnement. «Cela fait six mois que nous sommes en pointe sur la crise bancaire pour demander plus de contrôle étatique sur les grandes banques», souligne-t-il. Deuxième reproche de Peter Bodenmann: la direction du parti laisse en place deux conseillers fédéraux qui sont soit usés, soit invisibles, sur les thèmes que doit incarner le PS. Là, le front des élus socialistes se lézarde: «On ne peut pas nier que notre base estime qu’il faudrait du changement au Conseil fédéral. Mais nous n’avons aucune marge de manœuvre sur ce plan», admet l’un des vice-présidents du PS, le Valaisan Stéphane Rossini. L’homme usé dont on parle, c’est surtout Moritz Leuenberger, le ministre de l’Environnement. «Son bilan est bon. C’est lui qui a initié la politique du transfert de la route au rail», plaide Urs Hämmerle. «Mais encore?» demandent d’autres camarades. Moritz Leuenberger devrait être l’homme du new green deal en Suisse, ce qu’il n’est pas. «Il faudrait un programme de relance de 5 à 10 milliards de francs, dont 60% pour les énergies renouvelables. C’est à Moritz Leuenberger d’incarner cela», conclut le président des Jeunes socialistes Cédric Wermuth.
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A la veille de l’annonce d’une profonde réforme de structure de la SSR, le ministre de la Communication s’est exprimé sur l’avenir de l’audiovisuel. Mais aussi sur le plan anticrise et la fin du secret bancaire.
Le 18 mars, le conseil d’administration de la SSR devait décider du rapprochement radio/TV. A quoi faut-il être attentif lors de sa mise en œuvre?
Il faut en premier lieu veiller à respecter les régions linguistiques: une convergence par-delà le röstigraben est hors de question. Deuxièmement, il faut respecter les diversités culturelles à l’intérieur des régions linguistiques; car la Suisse alémanique ne se résume pas à Zurich et la Suisse romande ne se limite pas à Genève. Enfin, la spécificité de chaque média – radio, télévision – doit être garantie. Il faut éviter une télévisualisation de la radio.
Le but de l’opération est tout de même de faire collaborer les équipes radio et TV...
Dans un premier temps, j’ai songé aux risques d’une telle opération. Mais ce projet recèle aussi des opportunités. Il faut utiliser les possibilités de synergies, en particulier dans les domaines techniques et dans l’affectation des bâtiments. Il y a également des synergies possibles dans le domaine éditorial.
Un seul site pour la production des émissions d’information à Genève, est-ce acceptable?
Je ne suis pas Romand, mais je constate qu’il y aurait dans ce cas un risque de concentration des médias à Genève. Si l’information radiophonique était transférée au bout du lac, cela briserait un certain équilibre.
C’est pourtant ce qui pourrait se passer. Car transférer les studios du téléjournal à Lausannne revient plus cher... C’est à la SSR d’en décider. Je ne peux que faire part de mes réserves. Il y a quelques années, la Poste m’avait présenté un modèle avec trois centres de tri du courrier. C’était l’option la plus économique, mais il y a eu une discussion politique et on a opté pour un modèle 3+6. Pour des raisons de cohésion nationale.
En vingt ans, la SSR a augmenté son offre, passant de 3 à 9 chaînes TV et de 8 à 18 radios. Doit-il y avoir une fin à cette expansion?
Oui, la fragmentation qui a eu lieu ces dernières années m’inquiète. La SSR devrait mettre l’accent sur les programmes principaux et traiter de tous les sujets sur ces canaux. Bien sûr, des chaînes particulières peuvent être nécessaires. Mais cette évolution connaît des limites, déjà du point de vue financier.
Où se situe cette limite?
Je ne veux pas donner de nombre maximal de chaînes. Je crois juste que la tendance actuelle ne doit pas se poursuivre.
Que pensez-vous de la création d’une chaîne TV culturelle, où l’on traduirait les meilleures émissions de chaque région?
C’est une idée séduisante au premier abord. Mais il faut l’étudier en détail. La culture ne devrait pas non plus se retrouver cantonnée dans un canal secondaire. En tant que ministre des Infrastructures, j’ai aussi beaucoup de bonnes idées concernant le rail ou la route, pour lesquelles l’argent me manque. Je peux comprendre qu’au sein de la SSR, il y ait d’abord eu une réaction de rejet pour des raisons financières.
Cela ne coûterait pas beaucoup plus que la formule 1...
C’est vrai? Ils ne l’ont pas déjà supprimée?
Le directeur de la SSR a menacé de la biffer, mais ne l’a pas fait. Je dis juste que du point de vue du contenu, c’est en principe une bonne idée.
La F1!?
Non, évidemment que non. La chaîne culturelle!
La SSR veut augmenter la redevance en 2011. Acceptable?
Le contexte conjoncturel n’y est pas favorable. Je ne suis pas non plus un fan de l’augmentation des tarifs aux CFF: ils y ont renoncé. A ce stade, nous ne connaissons pas encore les besoins de la SSR. Mais lorsqu’elle nous les aura annoncés, j’examinerai très précisément le bien-fondé de la requête.
Faut-il supprimer Billag, comme le souhaite Monsieur Prix?
Croire que l’on pourrait économiser 55 millions de francs par an est simpliste. Il y a eu un appel d’offres, avec deux autres concurrents, et Billag a remporté le marché. L’alternative serait que l’Etat prélève cet argent. Mais faire le tri entre ceux qui regardent la TV et ceux qui ne le font pas au moment de la déclaration d’impôt coûterait aussi.
Et si tout le monde payait via l’impôt fédéral direct?
Un tel système est également critiqué parce qu’il oblige ceux qui ne regardent pas la télévision ou la radio à payer également. Il n’est pas sûr non plus que la Confédération ait la compétence de le faire. L’encaissement ne serait pas gratuit non plus. Les cantons reçoivent actuellement 17% des recettes de l’impôt fédéral direct pour l’encaissement de cet impôt! Mieux vaut d’abord décider qui paie la redevance et ensuite seulement du système d’encaissement. Le Conseil fédéral présentera des solutions à la fin de l’année.
En France, les chaînes publiques ne peuvent plus faire de pub après 20 heures. Un modèle?
Non, ça ne fonctionnerait pas en Suisse. Notre grande concurrence réside dans les fenêtres pub à l’étranger, comme M6 par exemple. L’essentiel de l’argent dont on priverait la SSR irait chez eux.
Au contraire, l’interdiction de la SSR de faire de la publicité sur l’internet doit-elle être levée?
Selon moi, on pourrait en discuter. Mais les éditeurs vont s’y opposer fortement. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle?
Peut-on envisager une subvention croisée, où la SSR reverserait aux autres ces recettes?
Non. Les radios et télés locales reçoivent une part de la redevance parce qu’elles remplissent une fonction de service public local. Il ne s’agit pas de subventionner des médias privés.
Internet va finir par tuer la presse imprimée. Non?
Je le conteste. Se balader avec L’Hebdo dans la main, c’est comme porter un bijou très précieux. Aussi longtemps que ce sera un symbole de statut social et tant qu’on pourra écraser une mouche avec son journal, la presse imprimée existera. Avec l’internet, on n’a encore jamais réussi à supprimer une mouche.
Les tortionnaires de mouches se satisferont du «20 minutes».
Peut-être, mais l’Etat n’a rien à faire dans cette lutte entre entreprises privées, tant que le service public et la diversité de la presse sont sauvegardés.
Le rachat d’Edipresse Suisse par Tamedia vous inquiète-t-il?
On risque de mettre en danger la diversité culturelle. Mais l’Etat n’a aucun moyen de garantir que cela ne se produise pas. J’en appelle donc à la responsabilité des propriétaires de Tamedia. Avec une organisation adéquate, je sais qu’il est possible de veiller au respect des diversités culturelles. Je ne suis pas certain que les garanties auraient été meilleures si le repreneur avait été un groupe étranger.
Vous voulez que la Poste puisse accorder des crédits. Pourquoi?
La Poste dispose de 60 à 70 milliards d’argent déposé et ce montant augmente constamment. Les 50% de cette somme sont placés à l’étranger. C’est un risque pour la Poste et aussi pour ses clients. Je préfère qu’elle investisse en Suisse. En plus, de nombreuses petites et moyennes entreprises pourraient avoir des difficultés à trouver rapidement et simplement un financement en raison de la crise. Pour ces deux raisons, le moment est venu de permettre à la Poste d’accorder directement des crédits et des prêts hypothécaires.
Vous avez déjà essayé de créer une banque postale à plusieurs reprises. Comment y parvenir?
L’idée est d’inclure cela dans le troisième paquet de mesures conjoncturelles. Cela pourrait aller assez rapidement.
Après quatorze ans au Conseil fédéral, vous avez enterré le secret bancaire, du moins la distinction entre fraude et évasion. Satisfait?
Oui. Nous avons pris une bonne décision, même si j’aurais préféré agir par solidarité plutôt que sous la contrainte née des agissements d’une banque. Il y a trente ans, j’ai participé au lancement de l’initiative sur les banques, qui visait déjà cet objectif. En tant que ministre des Infrastructures, je sais à quel point l’Etat a besoin d’argent. Je suis donc sensible au fait que le fisc puisse encaisser ce que les citoyens lui doivent.
La Suisse n’a jamais été aussi isolée. Comment y remédier?
Il faut faire en sorte que les banquiers suisses se comportent correctement, en ne se faufilant pas dans telle ou telle faille juri-dique. Entre pays démocrati ques, nous devons nous montrer solidaires et ne pas chercher à profiter de l’évasion fiscale d’autres pays.
Faut-il relancer le débat sur l’adhésion à l’Union européenne?
Ce n’est pas demain qu’il sera relancé, mais je m’en réjouirais. Cela ne doit pas être un tabou. J’ai toujours déploré que nous ne soyons pas dans l’UE.
Comment expliquez-vous les mauvais résultats du PS?
Sans me prononcer sur des situations cantonales que je ne connais pas dans le détail, je trouve que dans l’ensemble, le Parti socialiste fait un excellent travail. Les sensibilités sont cependant différentes des deux côtés de la Sarine. En Suisse alémanique, les électeurs du parti attendent de leurs représentants qu’ils défendent non seulement des positions claires mais surtout constructives, démontrant la volonté de résoudre les problèmes concrets du pays. En Suisse romande, c’est aussi essentiel mais on est peut-être plus sensible à une autre forme de communication plus offensive.
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