Livre
Mortelle poussette
La cinéaste et écrivaine suisse Dominique de Rivaz publie, avec «La poussette», un conte cruel entre folie et maternité.
Une jeune fille court avec une poussette. La roue avant se prend dans une grille, le bébé vole dans les airs, atterrit sur le béton devant la grille. La jeune fille n’aura jamais d’enfant mais dans son cœur et son corps germe une douce folie qui la rend à la fois stérile, experte en landaus et obsédée par les bébés au point de commander par la poste sa poupée réaliste Newborn qu’elle fait passer pour son enfant auprès de ses collègues de travail.
Finalement, elle enlève un vrai poupon dans la rue et tout cela se termine forcément mal.
Cinéaste, photographe et scénariste d’origines valaisanne et italienne, née à Zurich en 1953 et vivant aujourd’hui entre Berne et Berlin, Dominique de Rivaz n’a jamais perdu le goût de la littérature cultivé lors de ses études de lettres à l’Université de Fribourg.
Après un monologue pour le théâtre, Tache, paru en 2002, elle convainc de suite avec son premier roman Douchinka, paru en 2008 aux éditions de l’Aire et plongeant dans le chaos de la Russie actuelle, puisqu’il est primé par le prix Découverte de la Fondation Schiller et sélectionné parmi les coups de cœur Lettres frontières en 2009.
Conte tragicomique raconté à la première personne, La poussette plonge dans les marécages émotionnels d’un traumatisme de jeunesse jamais guéri, jamais résolu et qui, tel le nénuphar qui pousse dans le poumon de la Chloé de L’écume des jours de Boris Vian, se développe, s’épanouit, se nourrit de la vie et de ses émotions. Discipliné et sobre, le récit épouse le regard décalé, ironique et indifférent de l’héroïne du livre. Qui, dans sa terrible vraisemblance, nous met joliment mal à l’aise.
«La poussette». De Dominique de Rivaz. Buchet-Chastel, 112 p.
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