Dans Sukkwan Island, un homme divorcé emmène son fils de 13 ans passer un an avec lui sur une île sauvage du sud de l’Alaska. Mais l’aventure vire au drame sans la moindre pitié. Son auteur, David Vann, 44 ans, a lui-même grandi en Alaska. Il avait 12 ans et vivait en Californie avec sa mère, lorsque son père, resté en Alaska, lui demande de l’accompagner sur une île. David refuse. Quinze jours plus tard, son père se suicide. Sukkwan Island, récit terrible et beau écrit des années plus tard lors d’une traversée en bateau entre la Californie et Hawaii, lui permet de passer malgré tout cette année avec son père.
Le héros de Indian Creek, signé Pete Fromm, passe un long hiver seul au cœur des Montagnes-Rocheuses. A peine sorti de l’adolescence, il se confronte au froid, à la nuit, aux animaux, à la faim et à la fatigue. Indian Creek est le premier livre de Pete Fromm. Récit initiatique autobiographique, paru en 1993 aux Etats-Unis et devenu très vite culte, drôle et émouvant, il a permis à Fromm de construire une belle carrière d’écrivain avec plusieurs dizaines de romans et de recueils de nouvelles à son actif, dont Avant la nuit, qui paraît chez Gallmeister en même temps qu’une réédition poche de Indian Creek.
De Walden à Harrison. Rencontrés sous le soleil de Montpellier, en pleine tournée française, David Vann et Pete Fromm sont beaux. Les yeux bleus, les pieds bien plantés dans le sol. Un zeste de brusquerie. Normal: ils passent plus de temps à remonter le courant des rivières qu’à refaire le monde au Café de Flore. Ce sont les nouveaux chouchous des lecteurs francophones – en deux mois, Sukkwan Island s’est vendu en France mieux qu’en deux ans aux Etats-Unis – et les plus récents représentants d’une tendance de fond venue de l’Ouest: le Nature Writing, héritage direct de Walden, ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau et qui réclamait en 1854 de gagner les bois pour «n’affronter que les actes essentiels de la vie» et «vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie».
Depuis que Edward Abbey, écrivain génial et écologiste radical, s’est enfoncé dans le désert de l’Utah pour n’en plus sortir, livrant un mythique Désert solitaire en 1968, la vague n’a pas faibli. Si les femmes sont peu représentées, c’est pourtant La consolation des grands espaces, le beau titre du livre de Gretel Ehrlich, une scénariste de Hollywood atterrie au Wyoming pour faire le deuil de son compagnon dans les années 70 et jamais repartie, qui résume le mieux cette attirance. Qu’ils s’appellent Jim Harrison, Rick Bass, Doug Peacock, Dan O’Brien, Thomas McGuane, Annie Proulx, James Galvin, Elwood Reid, Rob Schultheis ou John Gierach, tous cherchent dans les bras du big sky un accomplissement ineffable. Le Nature Writing est la dernière lie du mythe de la «frontière», l’incarnation moderne d’un fantasme nommé Far West.
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