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Mr. Nobody
Réalisateur : Jaco Van Dormael
Acteurs : Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger, Rhys Ifans
Sortie: 13 janvier 2009
Distributeur : Belgique

Métaphysique et peau de banane

Le réalisateur de «Toto le héros» a mis treize ans pour faire «Mr. Nobody». Il a eu les yeux plus gros que le ventre.

Difficile de résister à l’entrain de Toto le héros (1991) ou à l’humanisme réjoui du 8e Jour (1996), même si la fraîcheur des deux premiers films de Jaco Van Dormael se tempérait d’un rien d’optimisme gnangnan – l’amitié d’un trisomique en rupture de ban rend à un businessman stressé le sens de la vie...

Le réalisateur belge a mûri treize ans durant ce plantureux Mr. Nobody qui arrive sur les écrans paré de l’étiquette «chefd’œuvre garanti». Mais la trop longue gestation a engendré une sorte de monstre hybride. C’est le film du grand tout, le melting-pot dans lequel le cinéaste a mis toutes ses obsessions et ses passions.

Nemo Nobody (Jared Leto, joli mais fade), bientôt 100 ans, se souvient des existences qu’il a menées, car chaque décision change le sens de la vie. Il a été suicidaire auprès de Jeanne, terriblement malheureux auprès d’Elise la dépressive et follement heureux auprès d’Anna, perdue et retrouvée. Van Dormael propose de plaisantes variations sur le déterminisme en multipliant les genres et les influences, de la satire sociale à la science-fiction.

Marabout de ficelle. Il s’adonne aux joies du récit déconstruit comme le pratique Alain Resnais dans Mon oncle d’Amérique ou Smoking / No Smoking, sans hésiter à relancer le récit avec des parenthèses scientifiques. Il apprécie l’effet papillon, cette bénédiction des scénaristes primesautiers: comment l’œuf dur d’un chômeur brésilien efface l’adresse du grand amour... Il organise des enchaînements d’événements futiles débouchant sur des catastrophes, ce procédé marabout-deficelle- de cheval blanc d’Henri IV dont raffole Jean-Pierre Jeunet.

La référence la plus patente est Blind Chance, ce film dans lequel Kieslowski imagine les trois destins potentiels d’un étudiant qui essaie d’attraper un train. Ainsi, lorsque ses parents se séparent, Nemo, sommé de choisir, court derrière le wagon de maman.

Parfois encore, le film s’élève à la métaphysique confuse de Darren Aronofsky dans The Fountain (trois histoires d’amour emmêlées sur mille ans) ou adopte le principe de L’étrange histoire de Benjamin Button (la flèche du temps s’inverse pour le centenaire). Parsemé de surréalisme belge (les hélicos qui démontent la mer), panachant Daydream de Wallace Collection et Pavane de Fauré sur la bande-son, cet amusant écheveau de destinées s’avère bien embrouillé pour une morale un tantinet nunuche: tous les hommes sont mortels, mais il est important d’aimer...
 
Antoine Duplan


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