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Musée des beaux-arts.

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 20.11.2008 à 06:00

Le sort du musée cantonal se joue le 30 novembre dans un climat émotionnel. Les enjeux en sept questions.

•Les Vaudois ont-ils besoin d’un nouveau musée?
Le Musée cantonal vaudois des beaux-arts est menacé d’asphyxie: sur ce point, opposants et partisans du projet de nouveau musée à Bellerive ne sont pas en désaccord. Le principal problème est le manque de place pour entreposer et surtout exposer les 8000 œuvres de la collection du musée, de niveau européen, et les collections qui n’attendent qu’un lieu adéquat pour être données à l’Etat de Vaud: les collections Dubois et Planque, notamment, qui comprennent des Cézanne, Van Gogh, Degas, Dubuffet, Hodler ou même Picasso pour une valeur de plus de 100 millions de francs. Inadéquates également: les conditions techniques d’accueil et d’exposition, la lumière, la sécurité ainsi que l’impossibilité actuelle de faire du musée un lieu de vie à part entière comme le public, friand de tourisme culturel, conçoit aujourd’hui les musées.

•Le projet architectural est-il moche?
Pourtant subjective et relative, l’esthétique est l’un des arguments principaux des opposants au référendum. Le projet Ying Yang du bureau zurichois Berrel, Kräutler et Wülser a été choisi sur 249 autres au terme d’un concours lancé en 2004. De forme polygonale, largement vitré, ses parois en béton lissé sont travaillées par l’artiste plasticienne Carmen Perrin. Sur trois niveaux, dont deux d’exposition, il est composé d’une surface de 6000 m2, dont 3000 m2 d’exposition. La grande baie vitrée de la façade sud qui «encadre» le paysage rappelle l’architecture du Palais de la culture et des congrès de Lucerne de Jean Nouvel.

•Pourquoi construire au bord du lac?
Huit ans après la décision du Conseil d’Etat, en 1991, de maintenir à Rumine la Bibliothèque cantonale (BCU) et les autres musées cantonaux, et donc de chercher un nouvel emplacement pour le Musée des beaux-arts, dix-sept sites ont été étudiés – dont ceux du Flon, de Sébeillon et de Bellerive – de manière approfondie. Bellerive a été choisi en raison de sa situation, de sa constructibilité et de son accès facile par transports publics. Le sol est un terrain vague issu d’un remblai de l’Expo 64 situé entre la piscine de Bellerive et le dépôt de la CGN, utilisé principalement pour l’Open Air cinéma et les caravanes du cirque Knie – activités qui seront relogées non loin. Malgré cette procédure, l’emplacement est le principal motif de désaccord entre les deux camps. C’est d’ailleurs pour cela que Franz Weber a donné son soutien aux anti-Bellerive. Question transports, la mise en service du métro lausannois a mis Rumine et Bellerive sur pied d’égalité en matière d’accès.

•Le musée coûte-t-il trop cher?
Le projet total est devisé à 66 millions de francs. La moitié à la charge des contribuables, l’autre à celle des mécènes et partenaires privés, dont la Loterie romande et diverses fondations. En comparaison, la Tate Gallery de Londres a coûté 300 millions de francs, le Guggenheim de Bilbao 237 et le Centre Paul Klee de Berne 125. Les auteurs du référendum avancent que leur solution ne coûtera en rien plus cher que Bellerive, alors que les autorités avertissent que le Grand Rumine proposé par les opposants serait entièrement à la charge du contribuable.

•Pourquoi les Vaudois ne sont-ils pas plus enthousiastes?
Un mélange de méfiance naturelle valdo-congénitale pour les projets gouvernementaux et pour les projets tout court, de climat écolo forcené et de mauvaise communication a abouti à ce référendum contre le deuxième crédit d’étude de 390000 francs demandé par le Conseil d’Etat, accordé par le Grand Conseil en mai. Le dossier a traîné, confiné à la classe politico-culturelle et perçu comme élitaire autant que lausanno-lausannois.

Et encore: ce n’est que le 10 septembre que la Municipalité de Lausanne s’est officiellement engagée en faveur du nouveau musée. La communication a longtemps été laissée à la seule Anne-Catherine Lyon avant que les milieux culturels et, finalement, les partis ne se mouillent. En toute incohérence: c’est un Vert, Philippe Biéler, qui a été à la tête du concours d’architecture, et c’est un autre Vert, Pierre Santschi qui mène la fronde. Les fronts rassemblent du coup un mélange hétéroclite et peu lisible: du côté des référendaires, on trouve aussi bien Jacques-André Haury, député Ecologie libérale, l’ex-conservateur de l’Art brut, Michel Thévoz, que la libérale Eliane Rey ou le traiteur Daniel Manuel. De l’autre sont rassemblés les milieux culturels en général: Pierre Keller, le Conseil d’Etat avec, en tête, Anne-Catherine Lyon et le Vert François Marthaler, le syndic Vert Daniel Brélaz, Jean-Marie Surer, député libéral de Bière, le syndic d’Yverdon Rémy Jaquier, l’UDC Guy Parmelin, le directeur du Centre patronal ou, encore, le directeur de l’Office du tourisme.

•Le musée videra-t-il le centre-ville?
De crainte que le projet ne vide la Riponne, les opposants à Bellerive proposent un Grand Rumine, soit la construction d’espaces annexes sur la place. Mais le cœur culturel et touristique de la ville de Lausanne n’est, depuis longtemps, plus seulement au centre-ville: le Théâtre de Vidy, l’université et l’EPFL, les Musées olympique et de l’Elysée, le quartier d’Ouchy contribuent à ce que les Lausannois se déplacent au bord du lac autant qu’au centre. Les autorités prévoient, elles, de moderniser les musées scientifique et historique de Rumine et d’installer un centre de compétences sur les changements climatiques et la biodiversité en réseau avec les grandes écoles, le Jardin botanique ou le WWF International.

•En acceptant les collections Planque et Dubois, le musée se privatise-t-il?
Le spectre de la privatisation plane sur la donation à l’Etat de Vaud des collections Planque et Dubois, qui mettent comme condition la réalisation du projet de Bellerive – condition inacceptable pour les référendaires. C’est une fondation de droit public qui sera créée pour diriger le musée, avec une majorité de représentants de l’Etat dans le conseil d’administration, et un budget de fonctionnement de 6 millions de francs couvert à 100% par ce même Etat. Ce mode de fonctionnement est une pratique courante des institutions culturelles. A Lausanne, l’Elysée, Vidy, le Béjart Ballet ou l’Opéra fonctionnent de cette manière, sans problèmes. •

Soutenir le Musée des beaux-arts?
A la fin du mois, les Vaudois devront voter sur leur nouveau Musée des beaux-arts. Les politiques sont presque unanimement pour. Mais les opposants restent nombreux.
 
 
Ce serait un musée réussi, au bon endroit, au bon moment, et pas cher: 30 fois moins que le M2. Mais les arguments rationnels n’ont hélas plus rien à voir avec ce dossier. Le chœur des sceptiques et autres docteurs yaka s’est mis en route comme la grêle après la vendange avec sa cohorte de doutes et d’additions mesquines, son aquoibonisme conservateur. Beaucoup sont contre juste parce qu’ils pensent que la population dira non: ils veulent être avec les gagnants, ceux qui auront raison puisque les votes ont toujours raison. Je m’imagine dans dix ans, encore sur ce terrain vague, à côté de cette usine de gravier usée. Sans un promeneur: le lac, on le voit mieux ailleurs. Rien n’aura changé, Rumine sera toujours poussiéreux, et Lausanne en train d’attendre son musée parfait comme une vieille fille aigrie qui rêve toujours à l’homme idéal. Ou je me vois dans cinq ans, dans ce lieu de vie et de culture, les pieds dans l’eau, le regard au large. A regarder un tableau de Cézanne. Sûr que, alors, on lui disait que les gens avaient d’autres soucis que de regarder une montagne plate sur une toile. Comment s’appelait-elle déjà, cette montagne? Ah oui: Sainte-Victoire.
 
Au fond, l’argument est simple: faut-il défendre un projet que tout le monde, même ses défenseurs, trouve architecturalement d’une banalité confondante? Autrement dit vaut-il mieux un projet raté que pas de projet du tout? La paresse, le manque d’ambition, la facilité incitent à répondre par l’affirmative. Quitte à se retrouver devant un de ces furoncles qui font la réputation de Lausanne loin à la ronde, comme cette place de la Riponne que le monde entier nous envie, ou le quartier du Rôtillon.
L’argument «si on laisse passer cette occasion, elle ne se représentera plus» ne tient pas la route. Personne ne conteste ni la nécessité d’un véritable musée cantonal, ni son financement (les finances publiques sont saines, elles le resteront encore quelques années).
Alors, pour une fois, du courage! Osons relancer un concours architectural avec ambition et originalité comme mots d’ordre. Certes, le projet sera retardé de deux ou trois ans, mais depuis le temps qu’on l’attend, ça ne changera pas grand-chose. Et ça nous évitera de regretter ce nouveau musée pendant quarante ans.





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Réaction de MDL
le 21.11.2008 à 18:20
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Réaction de RIVES PUBLIQUES
le 21.11.2008 à 10:15
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Réaction de Florence
le 21.11.2008 à 09:57
"De forme polygonale, largement vitré..." C'est bien là le problème. S'il...
 
Réaction de voixdupauvre
le 21.11.2008 à 07:45
Dans tout les cas ce (musée) au bord du lac...
 
Réaction de Pemesanio
le 20.11.2008 à 16:26
Contrairement à votre appréciation, ce n'est pas l'architecture de la...
 
Réaction de Parti pris
le 20.11.2008 à 11:58
La situation centrale du Palais de Rumine lui donne vocation...
 
Réaction de Belle Rive
le 20.11.2008 à 08:25
Vos avis manquent d'objectivité: Vous savez que les collections ne...
 



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