OUI
ISABELLE FALCONNIER RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE
Quelle femme! Voilà Superwoman qui a réponse à tout, confiance en elle et nous balance à nous pauvres humains ses conseils pour nous aussi, trouver le bon mari et vivre riches et heureux. C’est infiniment admirable. Volontaire, pragmatique, légère, Nadine de Rothschild livre ses conseils à la hussarde, sans précautions doucereuses, sans mode d’emploi redondant, sans délayage inutile, et quel régal. Rien de gentillet ni d’édulcoré dans ses phrases, aucune nunucherie, mais une cavalerie de pensées à l’emporte-pièce qui jaillissent dans tous les sens avec la précision vigoureuse d’un feu d’artifice du 14 Juillet sur les Champs-Elysées.
Qu’elle ait tout juste, avec même une pointe d’humour – «Le veuvage? Peut-être la fin du début, mais certainement pas le début de la fin», «J’avais une vie vivable, je me suis fait une vie vivante», «Mon secret de beauté? La peinture au pistolet», «Les hommes ont l’air plus hommes quand ce sont les femmes qui dirigent» – ou qu’elle ait tout faux – «La gratuité, c’est vulgaire», «On ne devrait jamais faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime, cela abîme tout», «Plus j’avance en âge, moins je crois à l’amitié entre femmes» – c’est une badineuse en chef qui a pour elle l’outrecuidance des parvenus et l’énergie des femmes de pouvoir. Autant dire que lire cette postféministe virulente, pour qui prend cette peine sans ranger Nadine sur l’étagère des potiches inutiles, est une forme poussée d’électrochocs à répétition: qu’elle dise tout haut, dans un lâcher de sarcasme tranquille, ce dont tout le monde est persuadé tout bas - «J’ai été pauvre, j’ai été riche, et finalement riche c’est quand même mieux» – ou qu’elle profère quelques stupéfiants raccourcis, que l’on ait envie de l’embrasser ou de la gifler, l’effet est autant stimulant qu’énergisant. Que demande le peuple?
NON
CHANTAL TAUXE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE
Elle le dit elle-même à la page 147: «Qui ignore, assassine.»
Il faudrait donc dans l’espace imparti ici laisser un grand blanc, et ne pas consacrer une ligne à l’opuscule.
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Remixant la philosophie dans le boudoir du divin marquis, destiné à l’éducation des demoiselles, Nadine de Rothschild entreprend de nous livrer sa «philosophie», ses «carnets intimes», des dizaines de petites phrases qu’elle veut subtiles, faussement coquines et frappées au coin du bon sens. Un mélange de comtesse de Ségur pour grandes filles du XXIe siècle et de gouaille d’un titi parisien. Un petit monde clinquant de clichés éculés. Où les femmes se pâment de désir pour les chéquiers des banquiers. Où elles n’ont rien d’autre à faire que de jouer les séductrices avisées, ou supporter avec stoïcisme d’être trompées. Où «le mensonge est un mal qui peut faire du bien». Où «la beauté est un pouvoir injuste et éphémère». Et où le féminisme est une atroce faute de goût.
Ainsi apprend-on que «la réussite d’un homme est un puissant aphrodisiaque pour une femme», mais que «l’inverse n’est pas vrai». Compagnons fiers du succès de votre partenaire, débandez!
Cent soixante-neuf pages au total pour exalter cette devise de salon, condescendante et cynique: il vaut mieux être riches et en bonne santé que pauvres et malades! Car sachez-le, manants, «L’argent fait le bonheur», titre du chapitre 7.
On aurait tout aussi bien pu rééditer un almanach de conseils aux oies blanches des années 50. Mais la liberté d’opinion est une saine vertu démocratique, on ne saurait en priver les baronnes. L’élégance de se taire, l’humilité devant un destin chanceux restent des vertus individuelles.
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