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A l’effondrement de l’apartheid, en 1990, le monde regardait l’Afrique du Sud avec beaucoup d’espoirs. Vingt ans plus tard, se sont-ils réalisés?
Quelques-uns, mais pas beaucoup. Nous étions naïfs. Les Noirs comme les Blancs. Lorsqu’on lutte contre un phénomène aussi important que l’apartheid, personne ne prend le temps de réfléchir à ce qui vient après. La seule chose que nous voulions, c’était abolir l’apartheid. Aux premières élections démocratiques de 1994, nous avons fait une énorme fête, comme à Berlin à la chute du Mur. Une fête est suivie de la gueule de bois. Nous nous sommes réveillés avec de terribles maux de tête. Ils sont toujours là.
Pourquoi ne vous en êtes-vous toujours pas remis?
Notre plus grand problème est le chômage. Nous n’avons pas été capables de tenir la promesse de donner à chacun une maison convenable, avec l’eau courante et l’électricité. Et il y a encore trop de gens en Afrique du Sud qui n’ont pas pu bénéficier d’une formation digne de ce nom.
Votre roman le plus connu, «July’s People», date de 1981. Vous y décrivez l’Afrique du Sud comme un pays qui sombre dans les troubles raciaux et la violence. Pourquoi votre prophétie ne s’est-elle pas réalisée?
Lorsque j’ai écrit le livre, nous étions au bord du gouffre. C’est en premier lieu à Mandela que nous devons de ne pas y avoir été précipités. A cela s’ajoute le facteur économique. Les Français ont soutenu l’apartheid, de même que les Britanniques, les Américains et les Suisses. Tous, à l’exception des Scandinaves, qui nous ont aidés, ont accordé au régime des crédits importants.
A la fin des années 80 s’est produite une réorientation. Les banques américaines, surtout, ont refusé de repousser le remboursement des dettes si des réformes politiques n’étaient pas entreprises rapidement. Une chose était claire pour ceux qui détenaient le pouvoir: s’ils ne changeaient rien, ils s’appauvrissaient. Et, avec eux, tout le pays. Le régime de l’apartheid s’est retrouvé le dos au mur.
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