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NAISSANCE, ÉCLOSION ET UTILITÉ D'UN HOMME D'ÉTAT

Mis en ligne le 18.06.2009 à 00:00

PASCAL COUCHEPIN. De Martigny au Département fédéral de l'intérieur, retour sur une carrière et une ambition politique hors du commun.

L'Hebdo; 2009-06-18

NAISSANCE, ÉCLOSION ET UTILITÉ D'UN HOMME D'ÉTAT

PIERRE-ANDRÉ STAUFFER

PASCAL COUCHEPIN.

De Martigny au Département fédéral de l'intérieur, retour sur une carrière et une ambition politique hors du commun.

Comment se construit-on conseiller fédéral, comment devient-on Pascal Couchepin, par quel chemin initiatique, au prix de quels efforts? Son père est mort en 1947, à la suite d'un accident cardiaque, alors qu'il payait ses galons de major. C'est là que bascule la vie du jeune Pascal, il avait 5 ans. A l'enterrement militaire auquel, selon la coutume de l'époque, ni sa mère ni ses sÅ“urs n'ont eu le droit d'assister, on l'a sévèrement mis en garde: «Tiens-toi droit et ne pleure pas.» Contrôler ses émotions: il n'oubliera jamais la leçon. Mais, surtout, la volonté s'affirme en lui de se prendre en charge au plus vite, «de sortir par le haut», selon son expression, de ne pas rester dans la moyenne. Adolescent, il détestera déjà la faiblesse de ceux qui prétendent lui donner des ordres. Au Collège de Saint-Maurice, il s'entend bien avec les profs «durs» ou ceux qui sont capables de lui répondre du tac au tac. Ainsi, ce prof de religion à qui l'élève Pascal s'adresse un jour, ironiquement: «Au fond, vous prétendez que Dieu est conservateur...» Réplique immédiate:«Oui, mon cher, car autrement le monde sombrerait dans un néant radical.»

Le socialiste valaisan Peter Bodenmann a dit du radical valaisan Pascal Couchepin: «Il n'y avait que deux hommes au Conseil fédéral qui faisaient vraiment de la politique: Blocher et Couchepin. Le premier a disparu en 2007, il n'en restait plus qu'un, mais, le 31 octobre prochain, le second s'en ira aussi. Il n'y aura plus personne.»

A la conquête de la Ville.

La politique, le citoyen de Martigny a toujours aimé. Etudiant, il serrait d'ailleurs avec ostentation les mains de ceux qu'il croisait à l'avenue de la Gare, avant de prendre son train. A un ami qui lui demandait pourquoi tant de prévenances, il aurait répondu, selon la rumeur octodurienne: «Ça peut toujours servir.»

Il n'a que 26 ans lorsqu'on lui demande si une élection au Conseil communal de sa ville natale l'intéresse. «Oui», dit-il sans hésitation. Mais cette réponse provoque une certaine irritation. Ce n'est pas, paraît-il, la bonne méthode. Il faut protester jusqu'au dernier moment de son innocence en jurant qu'on n'a jamais pensé recevoir pareil honneur. Ce n'est pas le genre Couchepin. Il ne minaude jamais. Il avoue franchement ses ambitions. Tant pis pour ceux qui seraient choqués par son aplomb. Bien avant 1998, il n'a rien caché des démangeaisons qui le titillaient d'entrer au Conseil fédéral. Yvette Jaggi, ancienne syndique socialiste de Lausanne et ancienne parlementaire fédérale, dit même qu'il a été «en campagne pendant des années». L'impatience du Valaisan était telle que Jean-Pascal Delamuraz, à qui il finira pas succéder, n'a pu résister à un bon mot d'humour noir: «Il y a deux personnes qui se soucient de ma santé, c'est mon médecin et Pascal Couchepin.»

Le pouvoir se conquiert durement, comme se gravissent les pentes raides que le marcheur Couchepin affectionne, mais, au sommet, quelle jouissance! Son premier sommet: la présidence de la Ville de Martigny, sa ville, celle qui fera l'objet de toutes ses attentions, mieux, de son amour. «J'aimerais que l'on puisse écrire de moi «né et mort à Martigny», a-t-il un jour confié. Tout de même, il devra attendre 1984 pour accéder enfin à cette présidence, convoitée par tout ce que la ville forteresse du Parti radical valaisan compte de militants actifs, habitués à s'entretuer joyeusement.

Après des études de droit à Lausanne, payées en partie au moins par un travail de journaliste (international) à la Radio suisse romande, Pascal Couchepin a ouvert une étude d'avocat et notaire à Martigny. Mais ce qui le passionne d'abord, ce sont les travaux publics dont il a la charge à l'exécutif. Sitôt élu président, il pourra s'en donner à cÅ“ur joie dans le domaine. On dessine un plan, on fignole un budget et, hop, on bâtit. N'est-ce pas sublime? Pascal Couchepin est particulièrement fier de la place publique du Manoir, une Å“uvre dont le caractère un peu démesuré rappelle irrésistiblement celui qui l'a fait construire A son goût, «une place publique constitue le sommet esthétique de la politique communale». Roi républicain de Martigny, comme on l'appelle dans un mélange d'affection et d'ironie, il a grandi dans le même quartier que Christian Constantin, le promoteur architecte, président du FC Sion, Pierre -Marcel Revaz, grand patron du Groupe mutuel et Léonard Gianadda, le promoteur ingénieur, créateur du musée du même nom. Pascal Couchepin s'est brouillé avec Léonard Gianadda, avec qui il est aujourd'hui réconcilié. Avec les deux autres, tout a toujours été pour le mieux dans le meilleur des mondes radicaux. Parfois, on les a même accusés de s'entendre un peu trop bien, comme le reconnaît un responsable de Santésuisse à propos de Pierre-Marcel Revaz. «Couchepin a été proche du Groupe mutuel, même si l'on a caricaturé cette proximité.»

Mais la Ville, les amis, les réseaux, ça va un moment. Pascal Couchepin nourrit des ambitions fédérales. Le Conseil national le tente. Elu en 1979, il va y entamer une carrière qui le fera entrer, dix-neuf ans plus tard, au Conseil fédéral. Un peu long pour une énergie comme la sienne. Il bouillait, il piaffait. Si on ne l'avait pas élu au gouvernement, il aurait renoncé au Conseil national. Et, fatigué de tourner en rond, mis fin à sa carrière politique.

Un trio de choc avec Steinegger et Bodenmann.

Pascal Couchepin est l'homme des longues marches. Il se lève tôt avant l'effort, il se couche tôt, après «un bircher et au lit!» dit-il volontiers. Jean-Marc Crevoisier, son chef de la communication au Département fédéral de l'intérieur, a fait «des centaines de promenades avec lui. De Martigny à Chemin, grosse ascension avalée en une heure quinze. Le Valaisan monte à son rythme de montagnard, constant. Il est toujours en tête de cordée... et ne regarde jamais en arrière pour attendre les suivants. Sur l'île Saint-Pierre, où il a pris l'habitude d'inviter la presse chaque année, ses hôtes s'épuisent à le suivre en trottinant. Il veut conduire la meute, quelle qu'elle soit.

D'où son insistance en 1989, alors qu'il n'était encore que parlementaire, à devenir président du groupe radical des Chambres fédérales. Problème: à l'exception de Philippe Pidoux, qui avait fait ses études de droit avec lui, les radicaux vaudois ne l'aimaient pas. C'est quoi, ce Valaisan, qui a le culot de venir brouter les platebandes réservées de droit divin aux Vaudois. C'est quoi ce président de ville moyenne, de ville sans importance, qui veut diriger le groupe pour briguer ensuite, on en est sûr, une place au Conseil fédéral. Les Vaudois lui opposeront, non pas un autre Vaudois, qu'ils eussent été bien en peine de trouver, mais un Neuchâtelois, le pétulant Claude Frey. La manÅ“uvre échoue: Pascal Couchepin est élu de justesse. Et Claude Frey se retrouvera contre lui, en 1998, lors de l'élection au Conseil fédéral. La mouche neuchâteloise du coche. Toujours à agacer le Valaisan dans les grands moments.

Avec l'Uranais Franz Steinegger, président du Parti radical suisse, et le Valaisan Peter Bodenmann, président du Parti socialiste suisse, Pascal Couchepin devient le champion des «compromis constructifs», comme les appelle Bodenmann. Les partenaires de gauche et de droite apportaient chacun quelque chose pour le repas de noces. Ainsi les socialistes disaient oui aux 40 tonnes, bien que ces camions leur fissent horreur et, en contrepartie, les radicaux oui à la taxe poids lourds pour financer les nouvelles transversales ferroviaires.

La montagne, c'est elle qui rapproche les trois hommes, surtout les deux Valaisans qui, chacun dans sa minorité, ont bousculé la majorité démocrate-chrétienne cantonale, l'un, Couchepin, allant même jusqu'à aider l'autre en mars 1997 pour le faire entrer au Conseil d'Etat.

Peter Bodenmann ne restera que deux ans au Gouvernement valaisan. Couchepin, lui, ne s'y est jamais intéressé, ni au Grand Conseil d'ailleurs. Il a sauté directement de la commune à la Confédération, ignorant un canton où les démocrates-chrétiens étaient trop forts pour qu'on pût y espérer une place au soleil. Lutter sans espoir de résultats: à quoi bon. Ou, alors, il faut se compromettre avec la majorité, baisser la tête dans l'espoir, toujours déçu, d'arracher quelque chose. Pour un esprit orgueilleux comme Pascal Couchepin, c'est impensable.

Le pire ennemi du Valaisan, au sein de sa section cantonale, est comme par hasard conseiller d'Etat. La campagne de 1991 pour le Conseil national voit s'affronter les deux radicaux dans un combat où tous les coups bas sont permis. Surtout que Couchepin est présumé appartenir à l'aile droite du parti, alors que son adversaire est plutôt de gauche. Les deux finiront par être élus. Assis l'un à côté de l'autre au Conseil national, ils ne se sont pas parlé pendant des mois. Et, lorsqu'ils ont cessé de se détester, ils ne se sont pas aimés pour autant. EcÅ“uré par la réussite de son rival, Bernard Comby basculera bientôt dans les oubliettes.

Sacre au ministère de l'Economie.

Enfin, Pascal Couchepin est élu au Conseil fédéral. Le 11 mars 1998 il arrive au bout de ce chemin qu'il foule depuis tant d'années. Le ministère de l'Economie, dont il reçoit la charge, n'est pas le plus passionnant, loin de là. Avec Couchepin, il devient pourtant source de curiosité. Le nouvel arrivant crée le fameux Seco (Secrétariat d'Etat à l'économie) dont l'influence ne cessera de grandir, grâce à un essaim de jeunes économistes qui bourdonnent comme en un champ de coquelicots. On ne voit plus qu'eux. Leur travail: forcer au besoin les portes des ministères, réceptifs ou récalcitrants peu importe, pour y distiller la bonne parole libérale. Leur mot de passe: «transversalité», qui semble valoir surtout pour les affaires traitées à l'extérieur du département.

Premier ministre.

Le Département de l'économie est un vêtement trop étroit pour ses larges épaules. Alors, Pascal Couchepin regarde ce qui se passe ailleurs. Il lance ce qu'on qualifie assez vite de «ballons d'essai», propositions reçues avec angoisse dans les autres ministères.

Sans égards excessifs pour ses collègues qu'il brutalise avec la tranquille assurance de celui qui est toujours sûr de bien faire. Adolf Ogi et ses chars grenadiers, Moritz Leuenberger et sa privatisation postale cahoteuse, sont ses cibles favorites. Les deux hommes s'indignent de ces incursions couchepiniennes sur leur terrain d'exercice. L'envahisseur se hâte alors de les rassurer, puis il recommence en toute innocence, comme si de rien n'était. La ronde tournoie de plus belle: proposition inquiétante, apaisement, proposition inquiétante, apaisement... Tout cela dans le but d'allumer la discussion, et pourquoi pas? - la dispute avec ses collègues. Et finalement avec le pays tout entier.

«J'ai contribué à modifier le style du Conseil fédéral», se flattait le Valaisan en 2002. Il est vrai que ses collègues ministres se sont mis eux aussi à faire de la politique, donc à se mêler d'autre chose que de leur propre département. Trop souvent jusqu'alors, on avait préféré l'esprit de famille à l'affrontement des opinions. Pour bien montrer qu'on était du même monde, qu'on savait vivre, les conseillers fédéraux se hissaient à la hauteur de l'image apaisante qu'ils étaient réputés incarner. Ils adoptaient, gênés peut-être mais subjugués, la morale de leurs collègues plus anciens, leur manière édifiante de s'exprimer, de voir des autres. On craignait d'être grossier, d'avoir des pensées louches. Pascal Couchepin a malmené ces magnifiques vertus. Tout de suite, il a dit ce qu'il pensait, il avait même l'air de penser ce qu'il disait.

Jouer cartes sur table, affirmer ses éventuelles divergences, pousser au vote s'il le faut, c'est permettre des relations humaines saines, sans faux-semblants, selon le radical valaisan. Christoph Blocher, qui entrera au Conseil fédéral en 2003, parachèvera l'Å“uvre, tout en la détruisant.

Donner son grain de sel chaque fois lorsqu'on le peut, et même quand on ne lui demande rien, volupté délicieuse pour Pascal Couchepin. L'homme est partout, toujours là où on l'attend, et plus volontiers où l'on espère qu'il ne viendra pas. Un véritable chef de gouvernement. En même temps une décontraction provocante.

Un côté rugueux.

Il se fait un devoir civique, et même un devoir tout court, de ne jamais exposer ses sentiments, de bannir l'émotivité et même l'émotion dans ses interventions publiques. Mais en privé, ou en petit comité, il laisse volontiers exploser sa colère. Quand une question l'importune, il balafre l'interrogateur d'un coup de griffe. Le ton devient acide, aigu. On sent une jouissance, une revanche, on ne sait trop. En tout cas, des sentiments mêlés où la jubilation de l'agression est si forte qu'elle balaie toute prudence. Les journalistes qui l'indisposent en font volontiers l'expérience. Ainsi, Alain Rebetez, aujourd'hui correspondant à Berne de la TSR, et que le grand Couchepin, en 2004, a traité de «petit merdeux». Président de la FMH, Jacques de Haller a lui aussi pâti de la mauvaise humeur de son concitoyen valaisan lors d'une interview débat réalisée pour la NZZ. Exaspéré, Pascal Couchepin a soudain tapé du poing sur la table et hurlé: «De Haller, bouclez-la».

Les entretiens avec Couchepin se sont souvent déroulés «de la même manière», dit Jacques de Haller. Il commence par vous agresser, puis on passe à un semblant de discussion tendue et on finit par parler des vignobles valaisans». Comment retrouver le vrai Couchepin là-dedans? Pour Biaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, Couchepin est «très intelligent» mais parfois «intolérant envers ceux qui n'arrivent pas à suivre sa pensée» Un homme «granitique», à la fois «dur et très sensible, cultivé et carré». Pour Pascal Gentinetta, directeur d'economiesuisse, «il a une vraie autorité naturelle, une prestance qui me rappelle de Gaulle». Et un art consommé de «taquiner ses interlocuteurs». Il s'est montré longtemps désagréable avec les femmes. «Abrupt et parfois cassant, c'est son côté viril valaisan», dit Nello Castelli, Valaisan lui aussi et membre de la direction de Santésuisse. Avec le temps, Pascal Couchepin s'est pourtant adouci. Beaucoup moins froid et beaucoup plus paternaliste. Aujourd'hui réconcilié, ou à peu près réconcilié avec Micheline Calmy-Rey, il lui arrive même de vanter les vertus des trois conseillères fédérales. «Elles sont remarquables», confie-t-il à qui veut l'entendre, «mais on ne peut pas dire qu'elles incarnent la tendresse maternelle». Et, souligne-t-il, «je dis cela avec admiration». Avec peut-être aussi, une ultime touche de perfidie.

Le fanfaron débarque au DFI.

Ce plus que sexagénaire a décidé en 2003 de quitter ce qui faisait son confort, le Département de l'économie, pour entrer à l'Intérieur dans un but bien défini: mettre en pratique ce à quoi il avait toujours cru pour assainir et, donc, pour renforcer les assurances sociales. La plupart de ses propositions ont mal tourné, mais ni les vexations qu'il a endurées, ni les moqueries, les revers ou les coups ne l'ont détourné de son dessein.

Intraitable, il a toujours été sûr d'avoir raison, fût-ce contre les médecins, contre les malades, contre les socialistes, contre les futurs retraités, contre la presse, et parfois contre son propre parti. Il croyait pouvoir balayer ce que Ruth Dreifuss, avant lui, avait tenté de construire, il n'aura pas beaucoup plus de succès. Une victoire spectaculaire pourtant, le non massif à la caisse unique en 2007. Et une baisse temporaire de la hausse, si l'on ose dire, des primes d'assurance maladie. Aujourd'hui, Santésuisse lui reproche d'avoir «trop écouté les sirènes politiciennes en automne dernier, qui se plaignaient de primes et de réserves trop hautes, refusant aux assureurs les augmentations nécessaires». Pour Nello Castelli, «on n'en serait peut-être pas là aujourd'hui si Pascal Couchepin avait agi différemment».

Sa proposition la plus spectaculaire, hausse de l'âge de la retraite à 67 ans, une idée lancée sur l'île Saint-Pierre en 2003, provoque colère et réprobation jusque dans son propre parti. Et pourtant, tout le monde sait qu'il a plus ou moins raison. Mais craignant de jeter encore de l'huile sur le feu, il n'en reparlera plus, sauf ici ou là au détour d'une phrase. Au Conseil fédéral, il a pourtant officieusement gagné. Une majorité de ses collègues est convaincue aujourd'hui que cette hausse, assortie d'une flexibilisation, est pratiquement inévitable.

L'homme d'Etat face à Blocher.

Pascal Couchepin, c'est la politique purifiée de toute forme de sentimentalité. Il est de ceux qui souhaitent qu'intelligence et bon sens suffisent à vous faire élire. C'est dire si Blocher l'a tout de suite profondément indisposé. Au Conseil fédéral, c'est tout naturellement le radical valaisan qui met le plus de cÅ“ur à préserver les institutions face au populisme blochérien. Et c'est lui qui fera échouer la révolution conservatrice que prêchait l'UDC zurichois.

Jusqu'en 2005, les journalistes parlaient volontiers de la «banque des quatre», censée conduire à bien cette révolution au sein du Conseil fédéral. Mais sitôt Blocher élu, Couchepin préfère jouer le rôle d'arbitre, et finalement de rempart contre les ambitions de son nouveau collègue. C'est lui qui dira que Blocher peut devenir «un danger pour la démocratie». C'est lui encore qui déstabilisera l'UDC zurichois au Conseil fédéral en faisant nommer un jurisconsulte externe chargé d'évaluer le rôle de Blocher dans l'affaire Roschacher. Et pourtant, il n'a pas cru à l'éviction de Blocher le 10 décembre 2007. Quand il l'apprend, elle serait plutôt de nature à l'inquiéter. La première tâche qu'il confie à ses collaborateurs est de modifier son discours de président de la Confédération du 1er janvier. Il veut y ajouter une note patriotique à l'adresse des 28% d'électeurs restés fidèles à Blocher. Pour le radical valaisan, dit l'un de ses proches, «c'est un signe de respect des institutions». Pour Peter Bodenmann, Pascal Couchepin a poursuivi depuis 2003 deux buts politiques majeurs. 1) Mettre Blocher hors d'état de nuire au Conseil fédéral. 2) L'éliminer de la vie politique. Mission accomplie, Pascal Couchepin peut penser à autre chose.

Avec l'économie: un lent divorce.

Lors de son élection au Conseil fédéral en 1998, la gauche considérait volontiers Pascal Couchepin comme «l'homme de l'économie». Protestation de Biaise Matthey, patron des patrons romands: «Pas du tout, c'était un homme indépendant, au service du public. Jamais il n'a obéi aux ordres de l'économie.» Il y a vingt ans, c'était pourtant le favori des organisations patronales, le relais sur lequel, espéraient-elles, elles pourraient compter. Mais si Pascal Couchepin, selon ses propres termes, puise dans la pensée libérale «l'acide critique qui permet de se demander si telle tradition est encore justifiée», il n'a jamais été «un libéral hiératique et hors du temps». On ne peut pas, au nom de la société idéale, ignorer le sort concret des victimes de l'évolution économique. Le radical valaisan a même reconnu que «sans assurances sociales», il n'aurait «probablement jamais pu faire d'études». En bon radical valaisan, Pascal Couchepin a toujours été doué du sens de l'Etat. En bon libéral, il ne l'a jamais fait basculer en religion d'Etat.

Le Romand.

On parle volontiers du «Filz» (copinage) valaisan mis en place par Pascal Couchepin. Des Valaisans, il y en a certes au Département de l'intérieur, et auparavant au Département de l'économie, mais si «Filz» il y a, il est avant tout Romand. Pascal Couchepin était fatigué d'une administration qui ne «pensait qu'en allemand». Aussi a-t-il installé le Fribourgeois Yves Rossier à la tête de l'Office fédéral des assurances sociales, le Neuchâtelois Jean-Frédéric Jauslin à celle de l'Office fédéral de la culture, le Genevois Nicolas Bideau à la section cinéma. Et un Tessinois, Mauro Dell'Ambrosio pour remplacer Charles Kleiber au Secrétariat d'Etat à la science et l'éducation. Un Haut-Valaisan bilingue, Pascal Strupler, vient d'être nommé à la tête de l'Office fédéral de la santé publique. Mais le coup de maître de Pascal Couchepin, c'est d'avoir imposé Jean-Pierre Roth à la présidence de la Banque nationale.

Le ministre ambitieux de la Recherche.

Pour Pascal Couchepin, la Suisse doit impérativement rester un haut lieu de la formation et de l'éducation. C'est la seule manière de tenir le coup, à terme, dans la compétition économique mondiale. Le Valaisan n'oublie pas non plus que dans le même temps où ses ancêtres radicaux fondaient la Confédération en 1848, ils ont créé l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Une institution que Couchepin aurait voulu rapprocher davantage encore, jusqu'à la fusion peut-être, de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Faute d'appuis dans les cantons, il a dû y renoncer.

En novembre 2002, il a proposé d'augmenter les crédits à la recherche de 6%. Le taux sera ramené ensuite à 4%, ce qui n'est déjà pas si mal en pleine période d'économie budgétaire.

Le visionnaire.

L'idée était déjà en l'air, lancée par un autre Valaisan, le PDC Raymond Lorétan, mais en octobre 2007, dans une interview accordée à l'Hebdo, Pascal Couchepin l'affirme haut et fort, pressé par l'urgence de la situation. Pour faire face au danger biochéri en, il prône la création d'un centre unique et puissant, où se réuniraient PDC, libéraux et radicaux.

Deux ans plus tard, on n'a encore rien vu venir, sinon la fusion plus ou moins réussie entre libéraux et radicaux. Et encore, pas dans tous les cantons. Avec les démocrates-chrétiens, on est loin du compte. Surtout depuis que l'envie les a pris de piquer un siège de conseiller fédéral aux radicaux.

L'Européen.

La carrière de Pascal Couchepin peut être vue, d'une certaine manière, comme un lent cheminement vers l'Union européenne. Certes, il était pour l'EEE en 1992, mais depuis l'échec en votation populaire, «il a bien fallu gérer la montée de 1UDC», rappelle un proche de Couchepin. Autrement dit, mieux valait mettre la pédale douce. Et provisoirement au moins, insister sur les accords bilatéraux. Il se mouille à fond dans l'histoire, allant même jusqu'à faire taire economiesuisse, trop pressée de signer un accord sur la fiscalité et l'épargne. Une précipitation qui aurait pu nuire à la suite des négociations bilatérales.

Pascal Couchepin est-il aujourd'hui pour l'adhésion? Des proches ont, disent-ils mystérieusement, leur «petite idée», mais pas question de la dévoiler. Peut-être après le 31 octobre.

Une chose est sûre : Pascal Couchepin a su tisser son réseau européen. Ainsi, il a invité Jose Manuel Barroso, secrétaire général de la Commission, à l'ouverture de l'eurofoot. Le 19 juin 2008, les deux hommes sont intronisés membres de la Confrérie du Porto. Côte à côte pendant une heure, ils ont tout le temps de discuter et décident de se tutoyer. Au fil des minutes, la discussion se transforme en une sorte de sommet informel entre la Suisse et l'Union européenne. On ne sait pas ce qu'ils se sont racontés, mais presque sans y prendre garde Pascal Couchepin est devenu un peu plus europhile.

ASIE

Lors d'un voyage au Tibet en octobre 2004, à plus de 3000 m d'altitude, le Valaisan avale la route à grandes enjambées. La caravane diplomatique le suit, à bonne distance.

1947

Avec son frère aîné Jean-Jules au sommet des Prelayes.

1947

Peu avant la mort de son père. «J'ai dû choisir de sortir par le haut.»

1979

Vice-président de Martigny depuis trois ans, le jeune Couchepin accède au Conseil national. Maisil lui faudra patienter encore cinq a ns pour présider la Ville (1984-1998).

1991

Le socialiste Moritz Leuenberger sera plus rapide que lui: il sera conseiller fédéral en 1995.

1998

Le 11 mars, le grandissime favori Pascal Couchepin est enfin élu au Conseil fédéral.

2004

Surle plan personnel, les relations avec Christoph Blocher étaient plutôt bonnes. Pas sur le plan politique.

2006

Ministre de la Culture et chef de bande, Pascal Couchepin a toujours privilégié une relation virile avec son entourage. Et il préférait les Romands. Avec Jean-Frédéric Jauslin, chef de l'Office fédéral de la culture, et Nicolas Bideau, chef de la Section cinéma, au Festival de Locarno.

2003

Le sommet du G8 se tenait à Evian. Et Chirac comme Couchepin ont la même horreur des détails.

2003

Président de la Confédération pour la première fois, il a été le seul à participer à un Sommet du G8.

2003

Audience privée au Vatican, avec Jean-Paul II. Couchepin est un croyant discret mais fervent.

2005

Avec le président indien Abdul Kalam et Patrick Aebischer, président de l'EPFL et ami.

2008

Président de nouveau, il a multiplié les contacts. Commeavecla chancelière allemande Angela Merkel à Berne.

2005

Lors d'un voyage à Jérusalem, Pascal Couchepin se recueille dansla Ville sainte.

LE POUVOIR SE CONQUIERT DUREMENT, MAIS, AU SOMMET, QUELLE JOUISSANCE!

IL CRÉE LE FAMEUX SECO AVEC UN ESSAIM DE JEUNES ÉCONOMISTES BOURDONNANTS.

INTRAITABLE, IL EST TOUJOURS SÛR D'AVOIR RAISON.

De 1993 à 2008, cinq couvertures de «L'Hebdo»

En 1993 déjà, Pascal Couchepin fait la une de L'Hebdo comme candidat à la succession de Jean-Pascal Delamuraz. Il devra attendre encore cinq ans. En 2007, il commente les élections fédérales. Un an plus tard, comme président de la Confédération, il signe le plan de sauvetage de l'UBS.

4 NOVEMBRE 1993

22 JANVIER 1998

12 MARS 1998

11 OCTOBRE 2007

23 OCTOBRE 2008





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