Ainsi, la Suisse a battu la championne du monde de football. Un à zéro. Bon. On se console comme on peut. Cela dit, je n’oublierai jamais cette soirée du 16 juin quand la Nati l’a emporté sur la Roja. Ce n’est pas tant le match qui m’a impressionné (pardon aux fanas du ballon rond) mais la liesse populaire qui s’est alors emparée des villes suisses. Des gens qui ne se connaissaient pas se parlaient, riaient, chantaient. Il n’est donc pas indispensable qu’un vaisseau d’Extraterrestres atterrisse sur la place Saint-François à Lausanne pour que les langues se délient et les regards se croisent avec bienveillance. Partout flottaient des drapeaux rouges à croix blanche. Les jours qui ont suivi, bien d’autres drapeaux ont été agités au fil des rencontres, à finir par celui or et rouge de l’Espagne victorieuse. A l’heure de la globalisation et de l’uniformisation, le football ferait-il entrer par la pelouse ce que d’aucuns ont cru pouvoir évacuer par la fenêtre: la nation? «Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible», écrivait Charles de Gaulle dans ses Mémoires d’espoir. Je n’imaginais pas que le partisan de «l’Europe des nations», un demi-siècle plus tard, pouvait à ce point avoir raison. Reste à espérer que le sentiment national, même exprimé de manière un tantinet fruste et dérisoire à propos du football, ne soit plus le vecteur de la haine mais de la rencontre et de l’unité dans la diversité. Les arbres les plus grands et les plus nobles ont les racines les plus profondes.
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