LES FAITS
Sous l’œil de 200 journalistes, le procès d’Iwan «John» Demjanjuk s’est ouvert à Munich. L’apatride d’origine ukrainienne, 89 ans, est accusé d’avoir participé au meurtre de 27 900 Juifs entre mars et septembre 1943, alors qu’il était gardien au camp de Sobibor (aujourd’hui en Pologne). Se présentant inerte et sur une civière le premier jour d’audience, il pourrait ne pas survivre au procès, selon sa famille. Mascarade, dénoncent les quelques rescapés et parents de victimes du nazisme présents à Munich. Conjugué à l’absence de témoins directs, le silence de Demjanjuk rend toutefois l’accusation difficile. Son avocat dénonce un «double standard» en rappelant l’acquittement de deux responsables allemands de Sobibor, en 1966 et en 1975.
LES COMMENTAIRES
Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, ce procès est un signal au reste du monde de l’Allemagne, qui «prend, comme aucun autre pays, sa responsabilité historique au sérieux». Mais le quotidien reste prudent: «L’objection de la défense – pourquoi un exécutant devrait-il être jugé alors que les donneurs d’ordre ont été acquittés – attire l’attention sur le fait qu’il n’y a ici aucune réponse facile.» La Süddeutsche Zeitung admet que la justice allemande a été souvent trop clémente avec les coupables, mais rejette l’argument: «Il ne doit pas y avoir d’égalité de traitement dans l’injustice. Serait-il mieux alors de continuer à minimiser les crimes nazis, jusqu’à ce que le dernier gardien de camp meure paisiblement pendant sa retraite?» Pour le correspondant de Haaretz, «l’héritage de l’Holocauste n’a pas besoin de ce procès. La destruction des Juifs est ancrée profondément dans la conscience de l’humanité.» La visée du procès doit être plus large et faire du cas Demjanjuk «une contribution puissante au combat international contre d’autres crimes de guerre». «Le temps presse», rappelle Libération: «Les médecins ont décidé qu’il ne peut être entendu plus de deux fois quatrevingt- dix minutes par jour (...). Ce ne serait pas la première fois qu’un accusé meurt avant que la justice ne soit rendue.» La Tageszeitung estime qu’il «ne s’agit pas d’un nouveau procès Eichmann. Demjanjuk, s’il est bien coupable, n’était qu’un tout petit rouage dans la machine de mort nazie.»
À SUIVRE
Le procès devrait durer jusqu’en mai 2010.
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