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Mis en ligne le 25.07.2012 à 15:56 |
En dix minutes, dimanche soir, j’ai rempli cinq sacs poubelles version 110 litres d’habits vieux-et-moches mais-attachants tirés de mes armoires. Moi qui pensais ne pas aimer jeter, j’ai été sur-prise par la jouissance quasi orgasmique que m’a procuré le fait de remplir ces sacs, les tasser dans le coffre de la voiture puis les pousser dans le container à habits. En dix minutes, dimanche soir, j’ai aussi appris que je ne jetterai jamais: un bouton tombé de la robe de mon mariage et resté au fond de mon sac à main. Le portefeuille de mon frère mort dans lequel il y a une photo passeport de: 1. Lui et sa fiancée. 2. Sa fiancée toute seule. 3. Mon fils alors âgé de 8 mois posé sur un canapé les yeux écarquillés. Une petite maison en pierre représentant un trullo des Pouilles ramenée de là-bas lorsque j’avais 11 ans et qu’une maison ronde en pierre, lorsqu’on vient du pays des chalets, c’est le comble de l’exotisme. Le CD d’un musicien appelé Many R. qui m’avait abordée sur le quai de la gare de Vevey et avait composé une chanson portant mon prénom – je ne savais même pas qu’on pouvait m’écrire une chanson. Une statuette africaine de femme achetée dans la crypte d’une église écossaise d’Aberdeen qui est le symbole incompréhensible de mon amour pour Virginia Woolf, que je découvrais en lisant Une chambre à soi. Le bracelet en cuir cassé que portait un amant de passage – il était boulanger à Toulouse –, le reste s’est envolé.Un livre de poche de L’ombilic des limbes d’Antonin Artaud déchiré en témoignage du bon temps où entre homme et femme, l’on se battait pour un livre d’Artaud et non pour une pension. Ma bague de mariage que je ne mets jamais parce que je la préfère dans sa boîte plutôt qu’à mon doigt. Le carton à chaussures où j’ai rangé les lettres de mes amoureux et que j’ouvre tous les cinq ans pour vérifier que j’ai toujours le cœur qui bat en les relisant. Une robe offerte par un homme il y a dix ans, si moulante que je ne la mets jamais, mais qui indique qu’il me voyait bien roulée et ça n’a pas de prix. Une photo de ma mère jeune fille que j’ai collée dans l’album de mes 13 ans avec la légende: «Maman en 1966 avant de se marier», comme si je pressentais qu’il y avait un «avant» et un «après» et que quelque chose sur son visage devait m’éclairer sur ce secret que tôt ou tard j’allais découvrir. |









