Ne partons pas fâchés

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 08.08.2012 à 12:21

Refermer le coffre sur les valises, s’engager sur l’autoroute qui remonte au Nord, appuyer sur l’accélérateur, tourner le dos au Sud. Dans sa tête, chanter «On dirait le Sud / Le temps dure long-temps»… Depuis que les congés payés ont décidé que le bonheur s’incarnait dans une pinède avec des vagues en fond sonore et du rosé au frais, cette simple succession de gestes (fermer le coffre, appuyer sur l’accélérateur) s’est transformée en expérience métaphysique – le cœur déchiré, nous refermons littéralement à ce moment la parenthèse enchantée du bonheur.

Sans aucun hasard, c’est en été et très perfidement que les magazines inondent les kiosques de leurs numéros spécial bonheur – «Tout pour être heureux», «Le bonheur, valeur refuge», «La bataille du bonheur», etc. C’est facile, c’est habile. Ils nous prennent lorsque nous nageons dans (ce que nous prenons pour) le bonheur autant que dans la grande bleue. L’automne venu, la vie subie reprend ses droits, avec son lot d’horaires, de dossiers et de métros. L’été, nous nous réinventons. La sieste, c’est quand je veux, où je veux. Le bonheur, nous le voyons au bout du tunnel du Grand-Saint-Bernard.

Malheureux qui croyons oublier que les vacances d’été sont aussi la preuve la plus éclatante de la relativité du même bonheur: mon bonheur n’est jamais celui des conjoints, amis, enfants qui m’accompagnent, vous aurez remarqué. Si l’apéro met tout le monde d’accord, le reste de la journée n’est qu’une longue tentative de consensus autour de ce qui rendra les uns et les autres heureux. Cette semaine, dans ma pinède, j’ai tout eu sous le même toit: des lève-tôt qui se shootent aux musées, des lève-tard qui n’imaginent pas une vie au-delà de la piscine, des affamés de 18 h et des noctambules, des fadas de climatisation et des enrhumés chroniques. Et comme chacun exige sa dose de bonheur estival personnelle, les négociations s’avèrent aussi sans pitié que les moustiques des uns qui ne piquent jamais les autres. Personnellement, enchaîner trois châteaux et cinq églises me rend euphorique, mais l’imposer à mes chéris me rend parfaitement malheureuse. Epicure, au secours! Tant pis pour le Sud. On était pourtant bien.

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