Ne partons pas fâchés

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 31.10.2012 à 11:30

Dimanche, l’idée m’a semblé bonne à défaut de briller par son originalité: aller au cinéma voir le film dont tout le monde parle, le coup d’éclat du vieux lion ressuscitant avant de mourir, le chefd’œuvre proclamé du cinéaste Michael Haneke auréolé d’une Palme d’or à Cannes, Amour. Il y a sans doute des occupations plus amusantes pour un dimanche mais on ne se refait pas.

A mon immense stupéfaction, me mettant en quête d’un compagnon de salle obscure, j’essuyai refus sur refus. Personne ne voulait voir ce film. «Tu plaisantes?» «Je ne suis pas maso!» «Quelle horreur, surtout pas…» J’aurais proposé une sortie familiale à l’occasion de la sortie de Jeunettes pour hommes mûrs avec la toujours douée Lana Fever ou les Teletubbies 3 à l’ado qui geeke toute la journée sous mon toit, que les réactions n’auraient pas été différentes.

Il faut se rendre à l’évidence: un film sur la maladie et la vieillesse dont l’acteur principal, qui pensait au suicide avant d’être recruté par Haneke et ne pense plus qu’à la mort désormais, avec scène d’euthanasie hard en guise de happy end, est un film extrême, Palme d’or à Cannes ou pas.

Résultat: ayant préféré la compagnie au film, je suis allée voir ce bon vieux James Bond, chefd’œuvre de consensualité cinématographique et ode aux quotas de tous bords: une dose d’action mais pas que – M arrive même à placer quelques vers d’Alfred Tennyson avant de tirer sa révérence –, du sexe mais à peine suggéré à travers la buée d’une douche, de l’humour mais pince-sans-rire, des gentils autant que des méchants. Du coup, des gens, dans la salle, il en débordait de partout.

Non, le vrai courage, cette semaine, s’appelle Nobody should die alone, soit Haneke revisité par Bastian Baker dans son nouveau clip: un très vieil homme, très fripé, très seul, seul à l’écran durant les quatre minutes d’images signées La Fine Equipe du 45, un collectif de réalisateurs et producteurs suisses qui sait parfaitement faire son Trintignant au comédien franco-suisse Jean-Charles Fontana. C’est courageux parce que le public de Baker, ce ne sont pas les critiques de cinéma mais les minettes qui craquent pour sa banane à la Elvis et ses rumbas avec Lorie. Et quand, sur les sites de commentaires de fans, on lit «C’est triste» entre dix «Qu’il est beau, Bastian», on se dit que ledit Bastian mérite bien sa palme à lui.

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