Cécile B. a pris huit ans et six mois de prison pour avoir tiré quatre balles sur Edouard Stern. On en a beaucoup parlé. Personne n’évoque la condamnation à mort prononcée lors du même procès: celle de la combinaison de latex dans laquelle son amant a été retrouvé il y a quatre ans. Sa destruction ainsi que celle de l’arme du crime et des photographies compromettantes conservées par la meurtrière ont été ordonnées par la Cour d’assises de Genève. Sévère, la sentence. Et significative: la véritable coupable, celle qui méritait vraiment la peine de mort, c’est donc elle, cette combinaison en latex de couleur chair dont les parties ont passé leur temps à chasser l’évocation, sans succès, comme un scotch qui colle au bout des doigts, bien qu’on les secoue très fort. Couleur chair: c’est encore pire. La seconde peau de l’infamie. La honteuse exhibition du crime de chair. Parmi les reproches faits durant le procès par le procureur à Cécile Brossard, figure celui de «ne pas avoir pensé à retirer la tenue en latex» de sa victime après l’avoir tuée. Elle aurait dû penser à «sauvegarder la réputation» de son amant banquier. Incroyable: on reproche à l’accusée de ne pas avoir maquillé la scène de crime pour ne pas attirer l’attention de la presse sur l’objet! Mieux: lors de la reconstitution du meurtre, le policier qui jouait le rôle de Stern a refusé de revêtir une combinaison en latex. Il s’est retrouvé avec une combinaison blanche que portent les policiers des brigades scientifiques et une cagoule de coton blanc… Elle empeste, cette combinaison, elle pue tout ce qu’on voudrait cacher. Un banquier en latex, ça ne la fait pas. Difficile de nouer la cravate réglementaire par-dessus. On entendait voler très haut les questions que personne n’a posées. Ça s’enfile comment? Et le sexe? Hein, le sexe? Il dépasse? Il peut bander ou c’est trop serré? «Les fétichistes du latex se retirent à l’intérieur d’eux-mêmes, dans un monde qui les réconcilie avec les paradis perdus de l’enfance. Ils arrivent à planer par le seul pouvoir d’un vêtement qui leur permet de se sentir plus beaux, plus séduisants, plus puissants», explique Agnès Giard, auteur du Sexe bizarre. Autrement dit: l’argent ne fait pas le bonheur. Imparable. Inaudible.
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