Nous avions déjà, dans le hit-parade des sujets capables de vous gâcher n’importe quel repas entre amis: la corrida, l’allaitement au sein et le mariage gay. J’en tiens un nouveau, et des plus efficaces: le nom de famille des femmes mariées. Depuis que, l’hiver dernier, le Parlement suisse balayait un projet de réforme proposant de laisser le choix aux couples, tant pour leur nom de famille à eux que pour celui de leurs enfants, tout semblait aller parfaitement dans le meilleur des mondes helvétiques. Les fiancés sourient sur leurs photos de mariage, les officiers d’état civil font leur travail sans que jamais personne ne leur casse la figure, les femmes ajoutent gentiment un nom à leur nom de naissance, avec ou sans tiret. Mais ce calme est trompeur. Une guerre larvée et invisible se joue chaque jour sous nos yeux. C’est au fromage qu’elle est devenue officielle chez moi samedi dernier. Protagonistes: les maris et leurs épouses. Donc, après trente-cinq secondes de discussion, les hommes contre les femmes. Arguments des uns: «De quoi vous plaignez-vous? Vous pouvez garder votre nom et même en gagner un autre! Quelle preuve d’amour, non? L’important, c’est le nom des enfants, de toute manière, pas celui des femmes.» Arguments des autres: «Quoi? Notre nom n’est pas important? Comment pouvez-vous-même penser quelque chose d’aussi scandaleux! Pourquoi sont-ce les femmes qui doivent réfléchir à chaque mariage quel nom adopter? Vous, les hommes n’avez jamais, à aucun moment de votre vie, à vous poser cette question!» Il a fallu arriver au dessert pour que, enfin, l’argument principal, mais absolument non dit et silencieux, se fasse discrètement connaître. «Il paraît que 20% des enfants qui naissent ne seraient pas de leur père officiel, quand même...» Enfin. L’inconscient collectif des mâles avait parlé. «Les femmes donnent la vie, les hommes le nom. Il faut bien nous laisser quelque chose!» Le nom comme un doudou compensatoire, un roudoudou parce que les femmes sont méchantes et parfois mentent à leur mâle officiel? Les hommes jouent aux grands enfants: un peu de douceur dans un monde de brutes, un sirop, et ça repart. En infirmières de luxe, leurs femmes. En intraveineuse, leur propre patronyme. Je ne suis pas certaine d’avoir cet uniforme dans ma panoplie.
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