Cette semaine, pour la sixième fois depuis 1995, Ridge épouse Brooke. Cette semaine, pour la sixième fois depuis 1995, plus de 120 000 Romandes et Romands ont essuyé une larme émue devant l’épisode 5473 de leur feuilleton préféré. A l’heure où, de Weeds à Californication en passant par 24 heures chrono, les Experts, Dexter ou Desperate Housewives, les séries cartonnent en affichant d’insolents et saugrenus scenarii pour rester dans la course, Top Models, né en 1987 aux Etats-Unis, diffusé deux fois par jour, à 18 h 20 et à 8 h 45 sur la TSR, fascine par sa simplicité pérenne.
La mythique Friends? Du pipi de minet avec ses petits 237 épisodes étalés sur dix ans. Il y a bien les Simpsons, Lassie ou Dr. Who qui font mieux avec plus de 500 épisodes, mais même Dallas s’est arrêtée à 350 épisodes.
Car qu’est-ce qui est plus fort que les séries? Les soaps, ces récits courts inventés pour remplir l’espace radiophonique entre deux publicités pour des produits de lessive («soap»...). Trois règles de base: peu de personnages, mais des beaux et des puissants, une dose de vingt minutes tous les jours, de préférence en journée pour capter les oisifs au cœur à prendre, et des passions piochées à la pelle dans Shakespeare, Racine ou Sophocle. Top Models, ou Les feux de l’amour, son soap concurrent, c’est toujours la même histoire: je t’aime je te hais, je t’épouse je te quitte, je te loue je te déshérite, ton enfant n’est pas le mien et ton royaume sera le mien. Top Models, en réduisant les enjeux narratifs à leur plus simple expression, se lit comme de la quintessence de série, du haïku télévisé. Certes, les héros couchant tous les uns avec les autres, et Ridge ayant non seulement épousé Brooke six fois mais également Taylor quatre fois et Caroline une fois, il n’est pas aisé de prendre la saga en cours de route. Il y a quelques années, la TSR avait changé l’heure de diffusion de Top Models: dans certains EMS, il y avait eu des grèves afin que l’heure du repas soit adaptée à l’heure du feuilleton. Dans Journal intime de Nanni Moretti, Gerardo, après avoir passé dix-huit ans à étudier Ulysses de James Joyce, tombe d’un coup sous le charme du feuilleton, se met à courir de télé en télé pour ne pas en manquer une seconde et finit par écrire au pape pour lui demander de ne pas excommunier les soaps. Amen, et vive les mariés.
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