Ne partons pas fâchés. La Chronique d'Isabelle Falconnier
Paléo 2009? RAS . Anaïs a fait la fofolle, Charlie Winston le clodo bobo, Peter Doherty la souillasse dépressive et Beth Ditto la punkette grassouillette. Contrats honorés. De toute manière, les billets étaient tous vendus depuis longtemps, et la pluie a comme d’habitude à peu près épargné l’Asse. CQFD: RAS. C’est ailleurs que ça se passait, cette année à Paléo: non pas sur la scène mais au bout d’un labyrinthe de baguettes de saule, dans une piscine de boue. Oui, de boue, préparée et mouillée chaque jour à partir de terre fournie par un agriculteur local. La piscine de la Woodstock-nostalgie, quarante ans après. Une idée des étudiants de la Haute Ecole spécialisée de Genève. J’ai campé devant. C’était fascinant. Le petit jeu des «j’y vais? j’y vais pas?» avait de quoi tenir en haleine une armada d’ethnosociologues contemporains. Les uns y trempaient un orteil, dégoûtés. Les autres un mollet en retenant leur respiration. Quelques héroïques s’y vautraient entièrement avant de se ruer sur les festivaliers qui reculaient, effrayés. La plupart crevaient d’envie de toucher mais restaient sagement devant la piscine en triturant la ficelle de leur gobelet consigné écolo autour du cou. Cette année à Paléo, la transgression n’était pas sur scène, n’était pas musicale – même Julien Doré pouvait chanter «Un jour, j’irai pisser sur tes hanches» devant des gamines de 10 ans sans que personne ne cesse de sourire béatement. Non, la transgression était dans la boue. Mieux que le LSD, mieux que la baise en public, mieux que la casse de guitares sur les amplis: se salir! Se rouler dans la boue! Plaisir primitif, transgressif, jouissif! Paléo n’est pas Woodstock, loin de là: cette ironique piscine de boue est venue le rappeler avec un poil d’humour sardonique. On a les festivals que l’on mérite. Mais aussi les nostalgies que l’on mérite: ce que l’on regrette de Woodstock, nous narguait ce tas de boue, c’est moins la musique, l’art, que le cochon qui sommeille en nous et qui, fantasme-t-on aujourd’hui, avait pu se réveiller trois jours durant pour 500 000 personnes en ce joli mois d’août 1969 dans un patelin de l’Etat de New York. Et dans le cochon, tout est bon.
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