Ne l’appelez plus TransRUN mais RER
Qu’est-ce qui fait la richesse des nations? De l’Antiquité à nos jours, la prospérité naît le long des voies de communication. Si on ne les développe pas, le déclin, l’atrophie lente, se réalise à plus ou moins brève échéance. Pour s’en convaincre le 23 septembre, les Neuchâtelois, qui doivent se prononcer sur le projet de RER englobant le Transrun, n’ont toutefois pas besoin de relire l’histoire de l’Empire romain, ils peuvent juste lorgner sur Fribourg. Ce canton voisin – lui aussi parfois rabaissé au rang de «périphérique» par certains experts – a vu son activité économique et son attractivité dopées par le développement de l’offre en transports publics. Comme le dit Vincent Ducrot, directeur des TPF, «à Fribourg, on a dépassé le pour ou contre le RER, chacun souhaite le voir arriver chez lui». Trop longtemps, le Transrun, la liaison Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds, a monopolisé le débat. D’ici à deux semaines, c’est pourtant bien sur la création d’un Réseau Express Régional qu’il s’agit de se prononcer et pas seulement sur sa colonne vertébrale. L’enjeu est de relier le haut et le bas du canton, mais surtout d’irriguer toute la région en augmentant la cadence et les lignes de bus. Nombre d’investisseurs tirent la sonnette d’alarme. Il devient difficile de s’implanter dans le haut, malgré les friches industrielles à disposition, du fait de la carence en transports publics performants: impossible de recruter tant des cadres spécialisés – qui ont leurs exigences en matière de mobilité – que de la main-d’oeuvre féminine – qui ne peut pas perdre trop de temps dans le trajet entre le domicile et l’usine. Mais le besoin en mobilité ne touche pas que les activités économiques. Des liaisons plus denses et plus rapides renforcent l’accès à la formation pour les jeunes: grâce au RER, plus besoin de louer une chambre à Lausanne pour l’étudiant de l’EPFL, il pourra rester domicilié dans le Val-de-Travers. La circulation culturelle devrait elle aussi s’enrichir de nouvelles perspectives. Incroyable vu du reste de la Suisse: actuellement au départ de Neuchâtel en train, on est deux fois plus vite à Bienne ou à Yverdon-les-Bains qu’à La Chaux-de-Fonds ou au Locle! Le RER, en cassant en deux les temps de parcours, remettraensemble toutes les régions du canton. Au point, a plaisanté un élu lors d’un récent débat, de faire du Val-de-Ruz, le jardin de l’agglomération, une sorte de Central Park au coeur de New York. Un avenir plus riant, quoi qu’il en soit, que la gueule de bois qui ne manquerait pas de saisir le canton en cas de refus.v
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