Technologies
Ne raccrochez pas vous êtes filmés!
Grâce à FaceTime, se voir en parlant se généralise. Disponible sur les produits Apple, le logiciel séduira-t-il les utilisateurs? Ou les fera-t-il fuir?
Imaginez la scène. Un samedi matin, au lendemain d’un after work arrosé. Vous êtes réveillé par la sonnerie du téléphone portable. Malgré votre bouche pâteuse et votre tête douloureuse, vous répondez, machinalement. A l’autre bout du fil, l’ami avec qui vous aviez rendez-vous une heure plus tôt. Vous balbutiez des excuses, mais il vous raccroche au nez. Vous restez coi. Puis comprenez que s’il ne vous a pas cru, c’est qu’il vous a vu.
Impensable il y a quelques années, la mésaventure est désormais à la portée de tout possesseur d’un iPhone 4. Grâce au logiciel FaceTime, la visiophonie s’invite dans la vie quotidienne. Installé par défaut sur le dernier téléphone d’Apple – mais également disponible sur l’iPod Touch – FaceTime permet de se parler et de se voir, via le réseau wifi, tel un descendant de Skype et MSN.
«C’est l’illustration même de la technologie poussée par les technologistes», s’amuse Laurent Haug, fondateur de Lift à Genève. Selon lui, FaceTime est un bon argument marketing, mais ne devrait pas pour autant faire des émules. «Le succès des réseaux sociaux tient à la possibilité de choisir ce que l’on veut projeter de soi vers les autres. Ici, on ne contrôle plus l’image qui est projetée. Les petits mensonges arrangeants du quotidien disparaissent.»
Une analyse que partage Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne. «Si les systèmes traditionnels et fixes de webcam permettent d’aménager l’espace que l’on montre, ce n’est pas le cas avec FaceTime. Comme si on ne maîtrisait plus l’image que l’on donne de son appartement lorsque l’on ouvre la porte à un visiteur.»
A ce problème de contrôle s’ajoute un enjeu technique. Des études montrent que la visiophonie sert surtout à partager des moments de vie plutôt qu’à communiquer une information précise. Pas sûr que l’iPhone 4 ou l’iPod Touch parviennent à supplanter l’habituelle webcam. Car si la mobilité à ses avantages, elle a également ses inconvénients.
«A-t-on vraiment envie de tenir son téléphone durant tout l’échange? s’interroge Olivier Glassey. Tant pour des questions de fatigue que de stabilité d’image.» A tel point que pour le sociologue, le succès de Face-Time dépendra avant tout des ordinateurs. Si le logiciel est adopté, il vaincra. Et sinon, il pourrait s’éteindre. De quoi rassurer les after workers et les dormeurs occasionnels: votre téléphone n’est pas encore prêt à vous trahir.
Tags: FaceTime, iPhone 4,
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