CHRONIQUE DE CATHERINE BELLINI
Nellie, la première des infiltrées
Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 30.11.2011 à 14:50
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Nellie ne dit pas non quand son rédacteur en chef lui demande si elle veut bien passer pour folle. Mimant la névrose, elle se retrouve dans les couloirs glacés de l’asile psychiatrique pour femmes de Blackwell’s Island, New York, où elle passe des journées entières assise sur un banc, sans la moindre occupation, mais rythmées d’humiliations, de tortures psychiques, de bains froids. Il arrive que des surveillantes dépassées, cruelles, frappent les patientes ou leur maintiennent la tête sous l’eau.
Elle a froid. Elle a faim. Il le faut pour avaler le beurre rance et les quelques aliments sans sel, parfois avariés, que s’arrachent pourtant les pensionnaires. Nellie a sommeil. Les nuits passées sous une méchante couverture qui ne donne jamais chaud, sont interrompues à intervalles réguliers par le passage des gardiennes de nuit. Mais Nellie a une mission: elle observe ses compagnes, les questionne, décrit le travail des médecins et des infirmières. Dix jours. Dix nuits. Puis son patron la sort de là.
Elle décrit alors son immersion dans les colonnes du New York World. Nellie Bly devient une star. Son quotidien fait un carton bienvenu dans la compétition acharnée que se livrent les journaux. Avec elle naît la mode des stunt girls qui s’infiltrent dans les fabriques, les prisons, le milieu, pour en ramener des reportages. Nellie a 23 ans. Son patron s’appelle Joseph Pulitzer. Nous sommes en 1887. Son journal vient de voir son tirage grimper de 20 000 à 200 000 exemplaires en l’espace de quatre ans. The times, are they a-changin’?
Le récit de Nellie Bly sort en allemand: «Zehn Tage im Irrenhaus», Ed. Aviva.
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