Avec trois de ses sept élus figurant dans le peloton de queue du classement, la députation neuchâteloise actuelle est la plus faible de tous les cantons romands. Ce n’est pas vraiment étonnant: ces vingt dernières années, elle s’est régulièrement étiolée.
Les années 90 avaient été marquées par des politiciens d’exécutifs qui pesaient de tout leur poids sur la scène fédérale: Francis Matthey, le socialiste élu conseiller fédéral le 3 mars 1993, mais contraint de renoncer sous la pression de son parti; Claude Frey, influent jusqu’à Zurich dans les milieux économiques; ou encore les sénateurs Jean Cavadini et Thierry Béguin.
Les années 2000 ont vu émerger Jean Studer et Didier Burkhalter, tous deux très en vue au Conseil des Etats.
Mais depuis que le premier est parti au Château pour éviter le naufrage financier du canton et que le second a accédé au Conseil fédéral, la députation ne compte plus de poids lourds à Berne.
Inquiétant, car Didier Burkhalter n’aura plus le temps de veiller à la progression des dossiers neuchâtelois dans sa nouvelle fonction de ministre de l’Intérieur.
Double mandat impossible. Le mieux classé est encore Yvan Perrin, policier à mi-temps. En tant qu’un des cinq vice-présidents de l’UDC, sa réputation dépasse les frontières cantonales, mais de moins en moins la Sarine.
Lorsqu’il a critiqué le slalom de son parti dans l’accord fiscal avec les Etats-Unis pour régler les problèmes d’UBS, il s’est même fait carrément insulter par un collègue alémanique.
Et lorsque Yvan Perrin se bat au sein de son parti pour des projets d’infrastructure romands, il est rarement écouté par sa centrale à Berne.
Doyen de la députation, puisqu’il siège depuis 1995 sous la Coupole, le socialiste Didier Berberat s’est fait l’avocat infatigable des intérêts de l’arc jurassien, faisant avancer le projet d’agglomération neuchâteloise et celui de la future ligne ferroviaire Transrun.
Mais il est bien seul. En raison de sa charge de conseillère d’Etat durant deux ans, Sylvie Perrinjaquet a surtout brillé par ses absences, très remarquées en 2008.
Elle a raté 43% des votes en été et même 45% en automne: un terrible constat d’échec pour le double mandat! Celui-ci n’est clairement plus possible aujourd’hui alors qu’il constituait la force des Neuchâtelois voici vingt ans!
Neuchâtel a incontestablement un grave problème d’appauvrissement de son personnel politique, que l’on a déjà pu constater lors des élections au Conseil d’Etat en 2009.
Le manque de concurrence a ainsi permis à Claude Nicati et à Frédéric Hainard d’y accéder quasiment sans la moindre expérience politique.
Revaloriser la fonction. «Le canton doit absolument revaloriser la fonction politique au niveau du Grand Conseil déjà», souligne un haut commis de l’administration à Berne.
Dans les partis de droite, les cadres de l’économie qui pourraient percer en politique préfèrent se consacrer totalement à leur entreprise.
A gauche, le problème est différent. Brillant politicien, le socialiste Laurent Kurth ne veut pour l’instant pas quitter l’exécutif de La Chauxde-Fonds alors qu’il aurait le format pour devenir rapidement un leader de la députation.
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